27 novembre 2008
Le sens de la délicatesse
Une histoire délicieuse trouvée sur yahoo news :
« Un papillon retrouvé blessé dans l'Etat de New York a pu se rapprocher de son lieu naturel de migration, le centre du Mexique, grâce à la générosité de bons samaritains qui lui ont confectionné des attelles et l'ont conduit vers le sud.
Jeannette Brandt avait découvert un papillon monarque à l'aile brisée lors d'une promenade en vélo et l'a ramené chez elle. Avec son conjoint Mike Parwana, elle l'a nourri à l'aide de poires en décomposition, d'eau et de miel. L'insecte a grossi mais son aile était toujours cassée.
En cherchant sur Internet, le couple a découvert une vidéo diffusée par une association dédiée aux papillons monarques expliquant comment fabriquer des attelles pour une aile de papillon cassée: un peu de colle, de minuscules bouts de carton et le tour est joué.
Mais le petit patient "était encore faible" et a eu besoin d'encore une semaine de convalescence avant de pouvoir voler, a expliqué Mme Parwana au quotidien "Post-Star".
Le couple a ensuite décidé d'aider le papillon à effectuer son grand voyage après une baisse des températures dans la région. Ils l'ont emmené chez Scotty's, un établissement fréquenté par des routiers, cherchant une bonne âme qui pourrait le prendre en stop vers le sud.
"Tous les camionneurs ont regardé leurs chaussures", a raconté Mme Parwana au journal. Mais finalement, un routier de l'Alabama, en route vers la Floride, a levé la main. Mardi, il a appelé le couple pour leur annoncer qu'il avait rendu le papillon à la liberté en Floride. »
J’avoue que je suis capable de ce genre de chose. Il m’est parfaitement impossible d’envisager de causer directement la mort d’un organisme pluricellulaire. Je confesse par contre humblement que les levures qui cuisent avec mon gâteau dans le four ou les bactéries que les antibiotiques assassinent m’indiffèrent totalement.
Mais une plante, un insecte, un poisson ou un petit mammifère sont inclus dans mon impératif catégorique de protection de la vie. Dernier exemple en date, comme dans beaucoup d’immeuble parisien, à fortiori près du métro et d’une gare, nous avons des souris au bureau… Ces minuscules rongeures agiles se font discret mais les services techniques ont installés des pièges, dont certains sous la forme de plaque de glue. Le service nettoyage les tuait ou les jetait tel que. Le process a changé : je récupère les animaux en questions.
Jusqu’ici ce n’est arrivé qu’une fois mais à n’en pas douter l’expérience se renouvellera. Je me suis enfermé dans les toilettes avec un souriceau collé latéralement à sa plaque de glue. Avec de l’eau tiède, de la patience et de la délicatesse j’ai pu le libérer, l’enfermer dans une petite boite et le conduire jusqu’au square le plus proche à quelques rues de là.
Evidemment, c’est stupide. Concernant le papillon monarques qui vivent en grand nombre ou un souriceau aux innombrables comparses l’effet environnemental du sauvetage d’animaux à la vie brève et fragile semble dérisoire, et anti citoyen concernant ma souris quand toute la ville cherche à s’en débarrasser.
Pourtant, comment et de quel droit puis-je laisser un membre de cette espèce commensale introduite en Gaule par les Romain souffrir inutilement ?
Ce sens éthique étendu est aujourd’hui marginal, mais l’Histoire nous a montré qu’en matière d’éthique la sensibilité d’aujourd’hui est la généralité de demain. Habermas montre bien comment le domaine de l’éthique s’étend des citoyens à tous les humains, puis aux animaux domestiques, aux bêtes sauvages et enfin aux environnements. (Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Cerf, Paris, 1992, p.199 et suivantes).
Gageons que demain, l’éthique de la Terre répandue dans tous nos habitus transformera suffisamment notre rapport au monde pour inverser la tendance de notre emprunte écologique.
22:25 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : environnement, éthique, nature, insecte, papillon, habermas, philosophie
26 novembre 2008
L’eau du robinet : la responsabilité aux bouts du tuyau
photographie : Olivier Martin Delange
On a tendance à considérer comme naturel le fait d’ouvrir son robinet et de voir de l’eau couler. Ce n’est pas moins de 4,5 milliards de m3 qui sont passés par les tuyaux d’eau potable de France en 2006 (rapport BIPE/FP2E 2008) et ça n’a rien de naturel !
Si l’enjeu de santé publique d’accès à l’eau potable, qui doit rester sous une attention constante, semble maîtrisé en France (en quantité et en qualité) il n’en demeure pas moins que de très importants enjeux restent à mieux prendre en compte, et pas qu’en France d’ailleurs, loin s’en faut !
Alors sans parler de la protection des points de captage d’eau potable, ou même des masses d’eau qui sont autant d’objectifs réglementaires, qu’il est très difficile de protéger des pollution diffuses (perturbateurs endocriniens, pesticides, nitrates etc…) la gestion des eaux pluviales d’une part et de l’assainissement le sont tout autant.
Pensez que certaines habitations en France ne sont pas raccordées au réseau d’assainissement et pas même à une fosse sceptique. Leurs eaux usées sont directement rejetées dans le milieu naturel. Si elles n’apparaissent pas dans les statistiques je pourrais pourtant en citer une dizaine d’exemples. Encore bien des investissements s’avèreront nécessaires. Mais plus encore peut-être, la gestion à la source s’impose : responsabilité des producteurs de polluants de l’eau qui produisent eutrophisation, modifications sexuelles etc…
Evidemment tout cela a un coût. Mais ce coût est aussi une occasion de rappeler que l’eau n’est pas un bien uniforme et mondial, mais relatif à un écosystème, chaque fois différents. D’une commune à l’autre le prix change, parce que la nature de la ressource, la géographie du site, ou la quantité d’eau change. Par ailleurs, les méthodes de gestion de l’eau les plus en pointe (nano filtration par exemple) sont aussi plus chères évidemment. Alors parfois entre le prix du service et la qualité la question peut se poser.
Finalement la facture d’eau est bien l’une des seules à nous rappeler que nous vivons dans des lieux différents et si le prix de l’électricité ou même des aliments nous donne l’impression inverse, nous devons nous souvenir que les mêmes habitudes de consommation dans des environnements différents n’ont pas les mêmes impacts.
Dernier point qu’il semble bon de rappeler : on ne paie pas l’eau. L’eau est un bien commun et elle est gratuite. Mais alors, se dira-t-on, qu’est ce qu’on paie avec sa facture d’eau ? Et bien c’est le coût du service de l’eau : le captage et la distribution de l’eau potable, la collecte et le traitement des eaux usées.
D’ailleurs c’est un vrai problème parce que le mode de facturation ne reflète pas cela. La facturation est encore indexée aux volumes consommés alors que comme tout « service en réseaux (télécoms, énergie…), l’activité des services d’eau et d’assainissement génère des coûts fixes, qui représentent entre 80 et 95 % des frais de fonctionnement. » écrit Catherine Barucq, experte du BIPE dans l’étude FPE2/AMF/BIPE. Ces coûts c’est la construction et le fonctionnement des réseaux, des usines d’eau potable ou d’épuration par exemple. Alors pourquoi facturer aux volumes au lieu de payer un forfait ? D’une part, pour instaurer une certaine proportionnalité parmi les abonnés, mais aussi pour inciter à limiter ses consommations.
Mais cette baisse de la consommation rencontre un tel succès que le prix du m3 doit être parfois révisé à la hausse pour que le coût fixe total soit encore couvert… cet aspect est mal perçu par l’usager, mais peut être et surtout parce qu’il est mal expliqué ?
Pour approfondir les questions que posent une facture d’eau voir :
L'économie des services publics de l'eau et de l'assainissement

00:06 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eau potable, eau, prix, environnement, service public, économie, coûts
23 novembre 2008
Le pot aux roses
photographie : Olivier Martin Delange
Les médaillés des Jeux Olympiques de Londres 2012 pourraient se voir offrir des plantes en pots à la place des traditionnels bouquets de fleurs coupées. En effet, les organisateurs ont proposé d'offrir aux sportifs des plantes en pots produites sur place plutôt que des bouquets de fleurs coupées, souvent importées de l'étranger. Cette opération vise à réduire le bilan carbone des Jeux Olympiques de 2012.
Toujours pour répondre à l'agenda durable des futurs JO de 2012, les plantes devraient non seulement être cultivées en Angleterre mais également être emballées dans des matériaux naturels comme du raphia ou du papier recyclé. La Royal Horticultural Society a pour sa part déclaré que des plantes telles que les marguerites, les tournesols ou les roses pourraient aisément remplacer des plantes tropicales comme les orchidées. Comme le soulignait l'un de ses membres, la présentation devra être étudiée car les sportifs brandissent souvent les fleurs à bout de bras. La décision finale concernant le type de fleurs utilisées devrait être connue fin 2011. Les organisateurs songent également à une flamme olympique alimentée par du bois de récupération.
L’événementiel, qui peut paraître bien futile à certains regards, est fortement producteur de GES. On se souviendra de la coupe du monde de rugby en France qui prétendait à la neutralité carbone en compensant ses émissions, mais aussi, pour la première fois, en appliquant quelques règles simples pour réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre liées à l’événement.
Concernant le choix des plantes pour 2012, si l’affaire peut faire sourire, c’est toutefois riche en symbole et pas si ridicule que cela en y réfléchissant. Les critiques ne manqueront pas de remarquer que dans le bilan global des jeux, les fleurs représentent une part infinitésimale des émissions de GES dont le poste principal d’émissions, à n’en pas douter, sont les transports (avions pris par les organisateurs, participants et le public) et probablement les émissions dues à la fabrication des nouvelles constructions spécialement amorcées en vue des jeux.
Toutefois, les plantes n’ont pas qu’un impact « changement climatique », mais aussi sur l’autre grand aspect de la crise environnementale que nous avons encore tendance à omettre : l’érosion de la biodiversité. Les cultures de plantes ornementales sont gourmandes en eau et en produits phytosanitaires polluants (dont certains sont interdits en Europe mais utilisés sur les lieux de culture en Asie ou en Afrique) et les serres sont chauffées au fioul lorsque les plantes sont cultivées en Europe. Ces cultures sont en concurrence quant à l’occupation des sols avec les cultures vivrières (indépendance alimentaire limitée) et surtout avec les écosystèmes naturels. Enfin, petit point qui à l’unité représente peu, mais vu les volumes échangés cela devient significatif : acheter des plantes c’est acheter de l’eau. En réalité, des milliards de litres d’eau quittent leur pays, contenus dans les fruits, légumes et plantes, alors qu’ils sont issus de zones déjà en stress hydrique.
En somme, le choix stratégique pour des plantes locales en pot (elles durent plus longtemps) n’est pas une facétie symbolique, mais peut-être que les organisateurs des jeux devraient mieux expliquer les raisons de ce choix éminemment judicieux.
16:54 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, nature, environnement, fleur, changement climatique, biodiversité, co2
20 novembre 2008
Combien coûte un ticket de métro ?

Répartition du financement du fonctionnement des transports collectifs (7,01 milliards d’euros en 2006) –
Source : STIF
Dans le cadre de la promotion des transports en commun, lorsque des lignes sont disponibles pour nos trajets, on évoque régulièrement leurs avantages écologiques et citoyens. Les bus, trams et plus encore train, RER et métro sont moins émetteurs en gaz à effet de serre que les voitures… encore que ces résultats sont un peu différents selon les taux d’occupation des véhicules et les trajets effectués. Mais globalement, il est indéniable que l’avantage est aux transports en commun.
Ce qu’on dit moins, et je me demande pourquoi, c’est que les transports en commun sont aussi un choix économiquement rationnel. En effet, on les paie déjà !
Le financement des transports en commun en IDF par exemple, n’est concerné qu’à hauteur de 39 % par les achats de titres de transport. Cela signifie simplement que les 61% restant sont payés par nos impôts ou nos activités aux seins des entreprises qui nous emploient.
On paie déjà 61% du prix de son ticket avant de l’acheter… ça veut dire que le coût total d’un billet n’est pas le coût facial de 1,60 € pour les zones1-2 mais de 4,10 € environs !
En appliquant ainsi l’analyse systémique, comme en écologie, on change de point de vue. Il paraît totalement stupide de ne pas profiter de cet argent déjà versé en négligeant les transports en commun au bénéfice de la voiture !
Et même en termes de budget global, si on appliquait un simple raisonnement un peu cavalier, en comparant ce chiffre au coût global d’un déplacement en voiture comprenant l’achat du véhicules, l’entretien et l’assurance ainsi que l’essence (je vous invite à le faire, manque de temps pour ma part) il revient très certainement bien moins cher de prendre les transports en commun à tout point de vu…
Bien sûr, selon nos localisations et la nature de nos déplacements, il n’est pas possible à tout un chacun d’opter systématiquement pour les transports en communs et les recommandations d’usage sur les véhicules restent de rigueur (véhicules performant, moins émetteurs, bien entretenu, avec une conduite mesure, des trajets optimisés).
21:36 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : coût, transport, métro, stif, écologie, analyse systémique, coût global
18 novembre 2008
Les choux et les carottes

photographie : Olivier Martin Delange
Qui n’a pas entendu cette phrase dans un cours élémentaire de mathématique : on ne mélange pas les choux et les carottes… et ben en fait si !
Une des merveilles de la physique est que l’ensemble de la biosphère est concernée par un flux majeur de matière : le CO2. Toutefois, d’autres molécules ont des propriétés de gaz à effet de serre, comme le méthane. Mais le pouvoir de rétention de l’énergie solaire de ces gaz n’est pas la même. En convertissant les tonnes de méthanes selon leur pouvoir de réchauffement global (PRG) on peut l’exprimer en tonne équivalent CO2 (comprendre capacité de réchauffement équivalent à celui d’une tonne de CO2). Cette mesure si pratique s’écrit teq CO2. Et voilà qu’en additionnant les émissions de méthane dues à la digestion comme le CO2 émis par le transport, on peut comparer le poids « changement climatique » en teq CO2 d’à peu près n’importe quoi. En teq CO2 on peut additionner les choux et les carottes. Autant pour mon horripilante prof de math de 6em !
1 t de CO2 équivaut à :
1 t de bois
100 arbres du sahel
La production et le transport de 3 630 œufs
222 kg de poisson surgelé
181 kg de poulet
166 kg de porc
74 kg de mouton
42 kg de bœuf
La production de 312 kg d’acier
94 kg d’aluminium
1 111 kg de ciment
2 500 kg de béton armé
L’élevage de 0,5 bovin
4 Moutons
3 Chèvres
1 Cheval
2 Mules et baudets
1 Porc
200 Volailles
Sources
Carbon data base
ONF
New tree
Eco emballage
ADEME
Mission Climat
22:50 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mathématique, écologie, calcul, teq co2, prg, nature, comparaison
17 novembre 2008
L’accumulation pour principe
Photographie : Olivier Martin Delange
Les champigons participent à la décomposition de biomasse pour boucler des cycles biogéochimiques des matières qui nous composent.
A Grimsby en Angleterre, la maison de Merv Jones, 73 ans, a été nettoyée par le personnel de la ville. Les ouvriers ont déblayé pas moins d'une centaine de tonnes de déchets du domicile du vieux monsieur.
Ce dernier avait rempli toutes les pièces de sa maison avec des détritus et des monceaux d'objets récupérés et accumulés du sol au plafond durant des décennies. Dans l'incroyable quantité de choses retrouvées chez M. Jones, on peut notamment citer six squelettes de chiens, de vieilles carabines, des munitions, des bidons de produits chimiques et des épées, perdus au milieu d'un nombre incalculable d'objets plus communs tels que des poupées, des équipements électriques, des jouets, des livres...
Cette anecdote n’est pas un fait isolé mais le symbole du poids de nos comportements. En France comme ailleurs la quantité de déchets rejetés chaque année augmente continuellement. Ces déchets sont souvent de plus en plus complexes et potentiellement nocifs, comme les téléphones portables ou les déchets dangereux diffus (produit chimique d’entretien, de bricolage etc.). Les déchets, une des problématiques du Grenelle, sont aussi un facteur majeur de nos impacts environnementaux et le symbole de l’inefficacité de notre relation à la biosphère.
La production de déchets municipaux par habitant en France
En kg/hab
Source : IFEN
Contrairement à ce qui peut être dit souvent, nous ne sommes pas la seule espèce à générer des déchets. Par exemple les fourmis des bois ont bien une « décharge » à la sortie de leur montagne-fourmilière où elles déposent les détritus divers de leurs services de déblaiement et les cadavres. Toutes les espèces rejettent des détritus organiques du seul fait de leurs digestions…
Mais la seule espèce à produire autant de déchet en quantité et en diversité de nature, c’est nous ! Voilà peut être même le propre de l’homme ?
Cet état de fait pose deux problèmes de fond, au moins :
1. les capacités épuratoires et le flux de matière… le principe de base d’un écosystème qui fonctionne est que, au moins pour la plus grande partie, la matière rejetée soit réintégrée au flux de matière. L’exemple le plus connu est le carbone. Base du vivant, le carbone se retrouve dans l’atmosphère sous forme de C02 principalement, et dans la biomasse sous diverses formes. A la mort d’une masse organique, le carbone peut être libéré dans l’atmosphère sous forme de méthane (CH4) ou de dioxyde de carbone (CO2) ou consommé par la biomasse (microbes, charognards etc.) mais ce carbone continue à circuler dans les flux de matière entre biomasse et matière non organique. Le problème est qu’une partie importante de nos déchets sort de ces flux et la matière première peut commencer à manquer dans certains environnements (phosphore par exemple), où d’autres matières sont en concentration toxique, elles aussi issues de nos déchets (cyanure par exemple). Si nous ne bouclons pas la boucle des cycles biogéochimiques les bouleversements des environnements que cela peut entrainer à longs termes seront terribles.
2. mais quand bien même nous bouclerions la boucle, quand bien même nous mettrions en place une capacité de recyclage suffisamment importante pour absorber nos montagnes de déchets, un autre problème demeure. On dit « une montagne » de déchet, et on n’exagère pas, parce que l’humanité est devenue une force tectonique ! Imaginez ce que deviennent après notre passages, nos forages et exploitations minières les jolies stratifications géologiques qui retracent le temps ? Que deviennent les terrains, carrières et lœss homogènes ? labourés, fertilisés, chargés de décharges etc… nous changeons la nature des sols, leur PH, leur population (édafaune dont microbes etc…) nous retournons la terre à grande échelle et déplaçons des quantités de matières telles que nos transformations sont plus rapides que la tectonique des plaques… Le travail lentement effectué par les fleuves qui charrient le limon, les vents qui déposent des lœss etc… sont entravés par nos barrages, concurrencés par le BTP etc… et nous laisserons une trace indélébile… alors que d’habitude les foraminifères (petits êtres marins à coquille calcaire) déposent au fond de l’océan une couche uniforme qui se comprime pour former du calcaire ou du marbre, pendant que nous faisions notre révolution industrielle nous débutions une nouvelle couche géologique non plus de calcaire pure mais de micro pastilles de plastique qui s’accumulent sur le plancher océanique…
La dernière grande extinction a pu être datée et identifiée grâce à une fine couche géologique noirâtre de suie consécutive au cataclysme d’un astéroïde de bonne taille ayant percuté la Terre dans l’actuel golfe du Mexique, notre propre extinction de masse sera identifiée par les archéologues du futur grâce à une couche géologique de plastique. De quelle épaisseur aurons-nous le temps de la faire ?
20:26 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : déchets, recyclage, cycle biogéochimique, nature, environnement, philosophie, développement durable
16 novembre 2008
Tribune : responsabilité et humour

source : agence Lowe GGK Warsaw, Pologne
Comme souvent avec les sujets graves, et surtout en ces temps ampoulés et d’(auto)censure perpétuelle, on ne plaisante pas avec la crise écologique… et bien c’est un tort ! Cette question a notamment été soulevée dans la dernière étude ADEME BVP sur la publicité et le développement durable, sans pour autant être tranchée. Il serait bien présomptueux de proposer une réponse ferme ici, mais à la manière de Montaigne dans ses Essais (disponibles gratuitement ici ) on peut exposer les fils de la problématique.
La tonalité encore habituelle des discours sur l’écologie reste dramatique, apocalyptique ou culpabilisante. C’est une tonalité « naturelle » au vue de l’extrême gravité des sujets, mais comment y réagit-on ? Principalement sous la forme du rejet, du ressenti de la contrainte sous le coup de la culpabilité, ou pire : du découragement. Ces messages risquent donc d’être contre-productifs. A l’inverse, l’humour sur ces sujets n’est pas admit.
source : (je cherche toujours le nom de l'agence qui a réalisé cette affiche)
On songe à l’exemple cité dans l’étude ADEME BVP : une publicité pour Mc Donald qui met en avant la climatisation de ses restaurants alors que cet équipement est un facteur de renforcement du changement climatique, mais avec humour. Provocation particulière certes, mais comment admettre ces jeux de mots ?
Evidemment il faut distinguer des niveaux de discours différents, l’humour pour un message à contenu développement durable, qui se joue du sujet comme dans cette publicité où superman s’écrase au sol, étouffant sous les affres de la pollution , et les messages qui tournent en dérision la crise écologique elle-même. Lorsqu’il ne s’agit pas de mentir sur la qualité environnementale ou sur les comportements, mais bien de faire de l’humour, cela ne tombe pas sous le coup de la tromperie, de même que la représentation de la violence n’est pas l’apologie du crime.
Ici on ne touche pas à une question spécifique au développement durable ou de simple responsabilité mais de son corolaire : la liberté. On parle d’entreprise responsable, de consommateur responsable, de communication responsable, et en même temps on nie la liberté la plus élémentaire des individus, ce qui est impossible, la liberté étant la cause de la responsabilité… Spécifiquement avec l’écologie on parle de risque de dérive totalitaire qu’on aimerait autant éviter vu les précédents historiques, et pourtant une des marques de la pensée totalisante c’est le refus de l’humour… et de la liberté.
Les arguments exposés contre l’humour sur le développement durable, comme sur tout autre sujet politiquement sensible, sont les mêmes que ceux relatifs à la représentation de la violence. Le présupposé de ces arguties est que ces représentations influencent nos comportements, banalisent les comportements non responsables et sapent l’efficacité de la sensibilisation. En disant cela, non seulement on fait fi de l’effet cathartique de ces représentations (Cf. Aristote), mais surtout on sous-entend un degré de mimétisme irréfléchi exagéré. Si les individus n’ont pas la capacité de recul, d’autodétermination et de distinction entre la représentation et le réel, alors ils ne sont pas libres de leurs actes et en ce sens ils ne sont pas responsables… à force de citer l’influence de la télévision et autres représentations comme circonstances atténuantes des sordides crimes adolescents, entre autres, ce qui est alors nié, c’est notre liberté.
En choisissant au contraire une définition radicale de la liberté, comme celle proposée par Sartre et qui fait le pari de l’autonomie humaine, on est obligé d’accepter également une responsabilité radicale.
Alors quelle conception de l’humanité préférez-vous ? Celle qui doit veiller à ne pas donner de mauvaises idées ou celle qui a la capacité de s’autodéterminer ?
Evidemment, en défendant la responsabilité individuelle on fait le pari de l’intelligence, certains ne sont pas prêt à prendre ce risque et ressortiront les bons vieux arguments distinguant liberté positive et liberté négative (Cf. Isaiah Berlin )… je les renverrai au prix Darwin http://www.darwinawards.com/francais/ et à l’existence des codes juridiques : on ne peut pas s’attendre à ce que tous adoptent des comportements exemplaires, et la responsabilité implique justement qu’on ai la possibilité d’agir contrairement aux lois… mais là on parle des actes, pas des représentations encore une fois… l’humour n’est pas faire l’action (comme les cochons critiqués dans l’article précédents le sont) mais une représentation, on reste dans le virtuel.
Ça vaut bien un dernier argument : croire que l’absence de représentation d’acte ou d’idées politiquement incorrect empêche leur émergence c’est avoir peu de foi en l’imagination humaine… encore une fois c’est minimiser les quelques qualités humaines indéniables.
Alors dites des horreurs ! C’est libérateur…
15:41 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, développement durable, environnement, philosophie, écologie, aristote, sartre
14 novembre 2008
Tribune : l’art a-t-il le droit ?
photographie : alternatif art
Des cochons aux symboles Louis Vuitton qui faisaient partie d’une exposition de la foire d’art contemporain de Shanghai appelé « la ferme de l’art » ont été soustraits à la vu du public. Avec 8 autres cochons tatoués, créés par Wim Delvoye, artiste conceptuel belge de 43 ans, les cochons faisaient partie d’une série d’œuvres autour du tatouage.
L’artiste a tatoué les animaux quand ils étaient encore de jeunes porcelets et a suivi les dessins avec leur croissance alors qu’ils étaient élevés dans une ferme à l’extérieur de Pékin. Certains ont ensuite été tués et fourrés pour un coût total de 130 000 €. Wim Delvoye assure que les cochons ont été traités avec humanité et qu’ils ont été endormis avant d’être tatoués. Les collectionneurs peuvent les acheter vivants ou se contenter de leurs peaux tatouées.
Que ces cochons aient bénéficié de conditions de vie de qualité on veut bien le croire. Après tout, ils rapportent bien plus au kilo que leurs infortunés congénères élevés enfermés dans des porcheries monstrueuses, toutes de métal et de confinement. Mais il n’en demeure pas moins que cette pratique consiste à modifier le corps d’un animal domestique pour des motifs esthétiques et que cette pratique est interdite dans la plupart des pays européens. Il est interdit de teindre son chien, de couper une queue ici ou de tailler des oreilles là. Le respect de l’intégrité physique des animaux est un principe récent certes, mais qui va dans le sens général vers une meilleure prise en compte des autres espèces.
Pourquoi l’art pourrait se dédouaner du droit ? Déjà l’utilisation des logos et marques est un peu « limite » en regards des questions de copyright, mais pire, certains artistes usent du prétexte de l’art pour mener des expériences inédites, comme Eduardo Kac et son « art » transgénique. De là à imaginer que l’art devienne le laboratoire des Dr Frankenstein en herbe pour échapper aux lois de bioéthique ou celles relatives à la protection de l'environnement et des espèces il n’y a qu’un pas…
Alors non, l’art n’a pas le droit de prétendre pouvoir faire ce qui n’est pas accepté ailleurs sous prétexte que c’est de l’art ! Il ne s’agit pas d’étendre la chape de plomb du politiquement correct jusqu’au dernier retranchement de liberté d’expression, mais simplement d’admettre que lorsque consensuellement on parvient à des principes communs, on se doit de les respecter. Après tout, la créativité nait de la contrainte ?
PS : Wim Delvoye a récemment vendu un tatouage sur le dos d’un homme suisse représentant la Vierge Marie avec un crâne pour un montant record de 150 000€. L’arrangement prévoit qu’à la mort de l’homme, l’acheteur pourra récupérer la peau tatouée.
20:06 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : louis vuitton, wim delvoye, art, esthétique, cochon, shanghai, tatouage
13 novembre 2008
La hiérarchie parmi les bactéries
photographie : Olivier Martin Delange
Les travaux d’une équipe conjointe Institut Pasteur/CNRS/INSERM ont découvert que la régulation de la flore intestinale serait en partie gouvernée par un mécanisme immunitaire. Et lui-même serait initié par… un certain type de bactéries. (voir le communiquer de presse : ICI)
Les bactéries (et levures) qui vivent en symbiose dans nos intestins assurent une grande partie de notre digestion, ainsi qu'un rôle de protection en formant un « manteau bactérien » autour de l'intestin, le préservant ainsi des agressions d'agents pathogènes. Mais, lorsque leur développement n'est plus régulé, elles peuvent proliférer, et devenir ainsi pathogènes à leur tour.
Grâce à une réaction biologique en chaîne, certaines de ces bactéries permettraient à notre système immunitaire de contrôler la prolifération de toutes les espèces de bactéries qui forment le zoo de notre ventre ! Cette action est essentielle. Elle évite en effet que les constituants de la flore intestinale ne deviennent pathogènes, provoquant alors des maladies intestinales. Maladies infectieuses comme les diarrhées par exemple, maladies inflammatoires comme la maladie de Crohn et d'autres affections inflammatoires chroniques, aux conséquences souvent très invalidantes
Dans une publication parue dans Nature, Gerard Eberl et son groupe, décryptent, étape par étape, un mécanisme par lequel est maintenu cet équilibre entre la flore commensale intestinale et le système immunitaire. Les chercheurs mettent plus précisément en évidence comment certaines bactéries déclenchent une réponse immunitaire en chaîne.
Partout où portent notre regard et nos prospections scientifiques, tout est système, et système autorégulé. Tout… sauf nous. Avant que les limites de la biosphère ne marquent un coup d’arrêt à notre expansion virale il serait temps de se raccorder avec cette règle universelle de la mesure et de la conformation aux besoins/capacités de notre environnement.
22:23 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, développement durable, environnement, humanité, bactérie, intestin, régulation
12 novembre 2008
Sauve qui peut ! Prévoyantes Maldives…
photographie : Olivier Martin Delange
Les Maldives sont constituées de 1.192 petites îles coralliennes dans l’océan Indien. Le point le plus élevé des Maldives est à 2,3 m d'altitude et près de 80% des terres de l'archipel sont situées à moins d'un mètre au-dessus du niveau de la mer. La sensibilité du pays à la montée du niveau des océans est donc extrême !
Mohamed Anni Nasheed, tout fraichement élu président des Maldives, a précisé dans le Guardian de lundi que son gouvernement allait commencer à épargner une partie des recettes générées par le tourisme en vue du déplacement de la population du pays si celui-ci venait à être englouti.
"On ne veut pas quitter les Maldives, mais on ne veut pas devenir des réfugiés climatiques vivant dans des tentes pendant des dizaines d'années" comme s’est expliqué Mohamed Anni Nasheed.
Il a indiqué avoir déjà abordé le sujet avec plusieurs pays et les a trouvés "réceptifs". L'Inde et le Sri Lanka constituent la première destination, en raison de cultures et de climats comparables avec ceux des Maldives. L'Australie est également une option.
Les micro-états du Pacifique sont également menacés de disparition et ce sont des dizaines de milliers d’humains et des centaines d’autres espèces animales et végétales qui vont perdre leur habitat, et que dire du Bengladesh ? Les oiseaux auront-ils encore du sable sous leurs pattes ? Les millions de bengalis sans le sous seront-ils également accueillis par la surpeuplée Inde voisine ?
Malgré la gravité de ces risques et les menaces qui pèsent sur des cultures et des identités nationales qui disparaitront, je ne vois pas ou très peu de travaux sur les risques pour les écosystèmes liés à cette montée des eaux importante. Comment réagiront les mangroves ? Cruciales pour les espèces marines comme terrestre, pour la protection contre les tsunamis et hauts lieux de biodiversité, les mangroves sont déjà réduites à leur par congrue. Comment réagiraient-elles avec 1, 2, 3 mètres d’eau de plus ? Comment les espèces liées peu ou prou aux plages seront-elles affectées si les eaux atteignent les rochers et ne laissent pas le temps aux bancs de sable de suivre le rythme, si on peu dire ? Ces questions restent en suspens…
21:11 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnement, écologie, montée des océans, maldives, nature, mangrove
























