26 octobre 2008
Comment naissent les chiffres ?

Photographie : Olivier Martin Delange
Que les chiffres pullules et assomment le public dans une confusion béate à chaque fois qu’un problème émerge et que les politiques doivent prendre une décision n’est pas nouveau. La guerre des chiffres fait rage. Pensons par exemple au débat de la dernière élection présidentielle en France lorsque les deux candidats s’envoyaient des chiffres sur le nucléaire au visage, alors que les chiffres cités par l’un comme l’autre étaient erronés ! Si on cite des chiffres c’est qu’on est sérieux, expert et donc digne de confiance… c’est un peu facile lorsque le public en face a rarement une idée des ordres de grandeurs (les centaines de milliards sortis du bois pour voler au secours des banques ces dernières semaines en nous évoquent rien) ni de la façon dont ces chiffres sont produits.
Sont-ils fiables ? Et bien il faut être honnête, pas toujours… et ça dépends principalement de celui qui les a énoncés en premier. Règle de base pour trouver le chiffre le plus juste : trouver celui qui l’a calculé ! Trop souvent on trouve dans la presse des grands chiffres (prenons n’importe quoi comme la durée de vie moyenne d’un véhicule) vu par un journaliste dans le document d’une ONG en 2008 par exemple il note « durée de vie moyenne en 2008 », alors que le chiffre a été édité en 2008 par une association de constructeurs automobile mais il correspond à un rapport de 2004, qui lui-même donnait un chiffre de 2001, qui était une estimation faite en 1999… Ce n’est pas des blagues, des transfuges de chiffres mal compris ou mal lu pullulent dans tous les rapports ! Soyez vigilants.
Le statut des chiffres diffère aussi. Ils peuvent être des data, des données, ce qui paraît le plus fiable, des résultats d’analyse de data, des estimations, rétropollations prévisions, projections, ou carrément « au doigt mouillé ». Et ne vous y tromper pas, les chiffres au doigt mouillé sont très courant, ils font intervenir l’expérience de l’expert, des observations ponctuelles et une bonne dose de préjugés… Par exemple décomposer les consommations d’électricité d’un immeuble par poste (chauffage, éclairage, ascenseurs etc…) est extrêmement difficile. Ce calcul se fera sur des règles de trois et des taux préétablis, même si ces règles sont sérieuses ont abouti à une marge d’erreur élevée, disons 10%. Ce calcul fait sur un seul immeuble peut ensuite être établi à échelle plus large, sur un parc national par type d’immeuble par exemple. Là, les hypothèses et taux de conversion se multiplient et on arrive à une marge d’erreur finale... colossale.
Parfois même, si l’étude est financée par exemple avec des enjeux importants, le cabinet d’étude chargé de réaliser sont rapport ne peut pas ne pas produire de chiffre et si des données sont manquantes pour un pays ou un pan de l’étude, il en sera réduit à prendre des hypothèses douteuses et énoncera des résultats louches…
Tout cela sans compter les risques d’erreurs involontaires et les bourdes en tout genre surtout quand on connaît les taux d’utilisation de stagiaire encore en apprentissage, les rythmes de travail et le manque de contrôles et de relectures. Et une fois que les chiffres sont passés dans la presse ou dans la culture commune : c’est trop tard.
Exemple célèbre : les épinards.
La secrétaire d'un chercheur américain qui avait entrepris dans les années 1890 d'autopsier une feuille d'épinard a commis une erreur qui a changée notre perception des épinards. Contrairement à une légende tenace, l'épinard n'est pas la meilleure source de fer alimentaire. Cette légende est née de la faute de frappe d'une secrétaire. En transcrivant la teneur en fer des épinards expérimentée par son maitre, elle tapa 40 mg/100g au lieu de 4mg/100g et induisit le monde entier en erreur. Cette erreur, qui multiplia par dix le taux de fer alimentaire contenu dans la plante, est passé inaperçue pendant des dizaines d'années. Ceci a incité les créateurs de "Popeye le marin" à utiliser les épinards comme nourriture, pour donner une force phénoménale à ce héros de la bande dessinée. La viande et les légumes secs sont meilleurs que les épinards, trop souvent mal préparés et de ce fait peu appréciés des enfants.
Dans ce contexte, on comprend que le GIEC ait été aussi timoré au fil des années avant d’écrire noir sur blanc qu’il y avait bien un processus de changement climatique engagé et que son origine est à attribuer aux activités anthropiques. Hélas, des groupes moins rigoureux et méticuleux en ont profité pour défendre l’idée irresponsable et dangereuse qu’il n’en était rien. Méfions nous des réflexions à l’emporte pièce, de la partialité et surtout, surtout, avant de prendre un chiffre pour argent comptant, prenons soin de vérifier les hypothèses et les modes de calcul qui ont permis de le construire.
21:04 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : expert, écologie, nature, chiffres, statistiques, cabinet d'étude
24 octobre 2008
Une revue philo et ecolo, enfin !

A force de voir nos noms respectifs au fil de nos activités, nous devions bien finir par nous croiser. Baptiste Lanaspeze, éditeur, est un ancien directeur de collection aux éditions Autrement. Philosophe, il s’intéresse à la pensée écologiste depuis une résidence d’un an à Bard College (NY, USA) en 2002. Courageux, il lance simultanément une revue-projet multimédia haut de gamme en qualité intellectuelle et graphique sur le net : WildprojectEt une collection de livres spécialisés. Nos collaborations futures sont inévitables !
WILDPROJECT est un projet éditorial multimédia consacré à la diffusion et au développement de la pensée écologiste.
Éthique environnementale ou écologie profonde : ces courants de pensée, porteurs de sens, sont encore mal connus, et parfois même suspects. Pour mieux les aborder, il fallait un outil à la fois fiable et accessible, qui permette de positionner les débats.
En février 2009, lancement des deux premiers titres de la collection “Domaine sauvage”, rassemblant les livres fondateurs de la pensée écologiste.
RACHEL CARSON, Printemps silencieuxLe livre qui a lancé le mouvement écologiste au début des années 1960, enfin disponible en français.
Préface d’Al Gore.
ARNE NÆSS, Vers l’écologie profondeLe philosophe norvégien, fondateur de la deep ecology, revient sur l’ensemble de sa vie d’homme et de penseur.
le communiqué de presse
23:24 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : wildproject, esthétique, écologie, philosophie, environnement, deep ecology, nature
23 octobre 2008
programme en cours
Dans la mesure où le travail de conception qui entoure l'écologie et le développement durable est avant tout collectif, voici les programmes.
J'aurai le plaisir de prendre la parole au séminaire naturalité :
Colloque Biodiversité, Naturalité, Humanité - Pour inspirer la gestion des forêts
Chambéry, 27 au 31 octobre 2008
Le WWF France, Réserves Naturelles de France (RNF), le Cemagref, le Réseau Ecologique Forestier Rhônes-Alpes (REFORA) et le comité Man and Biosphere France (MAB France) organisent, du 27 au 31 octobre 2008 à Chambéry, le colloque Biodiversité, Naturalité, Humanité - Pour inspirer la gestion des forêts.
Ce colloque fait suite à celui de 2004 sur les "Bois morts et cavités - Une clef pour des forêts vivantes " en étendant son champ d'intérêt à la problématique plus globale de la naturalité en tant que paramètre intégrateur pour l'évaluation du fonctionnement des écosystèmes forestiers, la qualification des pratiques de gestion qui y sont développées et la définition des relations entre les sociétés humaines et ces derniers.

De plus, j'ai coorganisé un séminaire à l'IHPST Paris 1 Panthéon Sorbonne qui rassemble l'ensemble des points de vue sur le paysage. Intitutlé "philosophie des sciences du paysage" vous pouvez cliquer sur l'image pour ouvrir le programme.

PRESENTATION
Selon la formule consacrée, le paysage est la portion de l’espace qui s’offre à la vue. Derrière cette apparente simplicité se trouve une réalité bien plus complexe. La question du paysage se pose en des termes qui relèvent d’une multitude de disciplines scientifiques, techniques et artistiques. C’est en partie de cette pluralité des approches que le séminaire entend rendre compte. L’objectif est de proposer un cadre de réflexion autour de la question du paysage, d’analyser les différences et les similitudes entre les connaissances théoriques et méthodologiques issues d’un large éventail de perspectives et d’en mesurer les influences mutuelles (par exemple : influence de l’écologie sur l’urbanisme). Les séances thématiques du séminaire devraient permettre de cerner les enjeux philosophiques et épistémologiques liées à la problématique du paysage entendue selon les acceptions des différentes disciplines concernées. Ainsi, le « Philosophie » de l'intitulé est générique : il s'agit tout autant d'épistémologie que de méthodologie. De même, le terme de « science du paysage » recouvre un large champ d'activité (écologie, climatologie, géographie, urbanisme, architecture, etc.) dont le séminaire entend se faire l'écho.
23:10 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosphie, environnement, écologie, programme, séminaire, sorbonne, wwf
21 octobre 2008
Retenir l’Océan
photographie : Olivier Martin Delange
S’il est une Puissance face à laquelle nous ne pouvons strictement rien lorsqu’elle s’éveille, c’est Téthys. Elle rappelle douloureusement à l’ordre de temps à autre, comme lors du Tsunami de 2003, Gaïa y ayant joint sa toute puissance le résultat n’en fut que plus funeste.
Quand elle a chaud, la déesse originelle des eaux a besoin de place et nul ne peut lui faire barrage. C’est un des points clés du changement climatique : les eaux montent, pas tellement à cause de l’augmentation de la masse des océans avec la fonte des glaces du Groenland ou de l’Antarctique, mais surtout parce que les masses d’eau se contractent ou se dilatent selon la température. Imperceptible sur un petit volume, ce phénomène prend une ampleur mondiale avec le changement climatique. Les estimations sont pessimistes et le niveau de la mer pourrait augmenter d'un mètre d'ici 2100, selon l’Institut climatique allemand de Potsdam (PIK) sur la base des dernières données, alors que le scénario le plus pessimiste du GIEC prévoyait une hausse de 0,59 mètre il y a un an.
En plus de la dilatation due à la température, les glaciers de l’Antarctique et du Groenland contiennent actuellement assez de glace pour faire augmenter le niveau des mers de 50 mètres s’ils venaient à fondre totalement.
La dernière glaciation (Würm, de -115 000 ans BP à – 10 000 ans) le niveau des mers étaient 120m plus bas qu’aujourd’hui (l’Angleterre faisait alors partie du continent), et pour cette amplitude phénoménale, la différence de température moyenne par rapport à aujourd’hui n’était QUE de 4°…

source IFREMER
avec une fourchette haute à +6° dans les scénarios du GIEC on imagine les dégâts…

source : wyserLutter contre l'océan c'est un peu comme réaliser un éphémère mandala. Je m'y suis essayé l’autre week-end sur une plage du Finistère Sud avec une tranché pour retenir la marée. Elle a inéluctablement manquée son but :

22:09 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, changement climatique, réchauffement, monté des eaux, submersion, océan, thétys
18 octobre 2008
L’esprit pionnier
Photogaphie : Olivier Martin Delange
Pris dans la folie du Développement Durable qui m’occupe de A à Z (boulot, vie associative, études, vie personnelle) avec une sorte de sentiment de « mission » je me suis souvenu des propos des générations précédentes. Mes grands-mères disaient préférer avoir été jeunes pendant la guerre plutôt qu’aujourd’hui parce qu’elles avaient eu une Cause à défendre (quelle qu’elle soit d’ailleurs…), la génération ayant jouit de leur jeunesse dans les années 60/70 a porté haut les idéaux et la liberté. Finalement le désenchantement des années 80 (punk) et des années 90 qui ont vu la fin de l’Histoire en quelque sorte (chute du bloc de l’Est) ont été les moins bien lotis. Mais nous, la génération du XXIe siècle, nous sommes celle du changement. L’émergence du développement durable, comme modèle de civilisation, en dehors des clivages et des écueils de la politique, de la religion ou de l’idéologie peut être aussi déterminante que la révolution industrielle, la Renaissance, la chute de l’Empire Romain ou la révolution néolithique ! Ça paraît emphatique, et pourtant, si vous y réfléchissez vraiment… on en est là ! La fin du monde et le renouveau, boucler les cycles biogéochimiques, mondialiser tout en relocalisant… les perspectives donnent le vertige.
En ces temps pionniers, il ne faut pas tant considérer les incertitudes, la confusion et la diversité des expérimentations, préludes nécessaires, mais l’Esprit du Temps. On retrouve un esprit pionnier et un sentiment de la communauté qui avaient disparus. Simple exemple : le petit monde parisien du développement durable.
J’ai toujours eu un instinct de meute et une loyauté qui dépasse mes changements incessants de cadre, je reste fidèle à la mission ! Et au fil des années le noyau dur des acteurs à mon sens majeurs du développement durable se renforce et s’enrichit. D’ailleurs, ce que je trouve fantastique autour de cette mission collective, c’est qu’elle rapproche instinctivement ses défenseurs. Il n’est pas rare qu’un éditeur, artiste, responsable en entreprise ou chercheur me contacte spontanément sur tel ou tel sujet et d’une première collaboration émerge un partenariat de long terme, systématiquement.
Les artistes Olivier bien sûr, Olivier L., Claire B., Lydie, Clément, Florent… les responsables Blaise, Alice, Cécilia… les institutionnels Thierry, Guillaume-Olivier, Lauranne… les philosophes et scientifiques Dominique, Pascal, Nathalie, Agathe ou Caroline… les éditeurs Charles, Baptistes ou Raphael… les militants Jaques-O, Sébastien, Laure… les jeunes loups Thomas, Sébastien, Edouard… et les camarades que je n’ai pas encore rencontré et qui pourtant nourrissent avec moi de régulières correspondances via le net…
Et voilà que le DD est une aventure humaine, plus que tout. Des camarades animés d’une force qui les dépasse autant que moi, mais qui nous tient debout, mobilisés et convaincus, ensembles.
Naïveté feinte ou utopisme assumé ? Peu m’importe… on avance.
22:35 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : innovation, précurseurs, avant garde, écologie, développement durable, esprit d'équipe, collectivité
16 octobre 2008
Le sentiment du vers
photographie : Olivier Martin Delange
Ça faisait longtemps que je ne prenais plus le métro quotidiennement, et encore moins aux heures de pointe… avec le changement d’emploi je suis à 9,4 km de chez moi et j’arpente les couloirs du sous sol parisien de bon matin, au milieu du troupeau.
En toutes ces années je ne me suis jamais fais à l’ambiance du métro. La première fois que j’ai eu à affronter ce monde sous-terrain, j’ai eu le sentiment d’être un rat dans les égouts, et j’exagère à peine. La RATP fait des efforts louables et nous n’avons pas à nous plaindre du service assuré, ce moyen de transport reste le plus pratique et l’un des moins polluants, mais il n’en demeure pas moins que question ambiance c’est sinistre !
Ces jours-ci j’ai plutôt la sensation d’être une termite parmi mes pâles semblables qui jamais ne voient la lumière du jour et besogne dans l’ombre, suivant en rang serré de ténébreux tunnels tortueux. Ce qui m’impressionne le plus alors, c’est la foule. Une espèce de masse de corps humains animée d’un même mouvement et qui comme un vers blanc ondule dans son trou…
Cette dimension « foule » compacte m’inquiète. Je sais bien combien il est politiquement incorrect et mal vu de poser le problème noir sur blanc mais bon sang il faut se rendre à l’évidence : 6,5milliards d’humains * teq CO2 au niveau Européen par exemple, c’est mathématiquement invivable. Ainsi, lorsque je lis dans des revues écolo un article contre le planning familial ou la limitation des naissances et la page d’après un article sur les niveaux de pollutions générés par la surpopulation je me demande si le rédacteur en chef a réfléchi deux secondes… à moins que ce ne soit une façon subtile de promouvoir une surpopulation au niveau de vie d’un pays en développement des années 30 ??? ce qui ne me donne pas plus envie…
Quoiqu’il en soit on en reste toujours au même constat : même si la prise de conscience individuelle sur la crise écologique mondiale commence à porter ses fruits, la responsabilité collective n’existe toujours pas comme le montre les politiques natalistes de certains pays ou la mode de faire des enfants dans certains milieux en France.
En faisant un enfant unique à échelle mondiale pendant deux générations, on règle la majeure partie du problème… certes des problèmes économiques majeurs émergeraient alors (retraites etc…) mais qu’est comparé aux questions écologiques qui touchent à la survie ?
Mais non, poser la question de la démographie ça ne se dit pas sans se faire taxer de malthusien ou d’eugéniste…
Alors comme le hanneton, insecte que j’affectionne beaucoup ayant des souvenirs de nuit d’été où des nuages entiers de hannetons volaient frénétiquement en tous sens autour des lampadaires, l’humanité se développe. La phase obscure dure longtemps, mais après avoir chrysalidé, le spécimen adulte révèle un potentiel bien plus raffiné. Vivement qu’on atteigne collectivement une telle étape !
22:30 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démographie, surpopulation, vers blanc, malthusien, eugénisme, développement durable, écologie
10 octobre 2008
La voie (est étroite)

photographie : MPG
Période tendue depuis quelques décennies sur les écosystèmes, période extrême pour la biodiversité, période délicate en politique internationale (même si ce n’est pas nouveau) et période cruciale sur les marchés… décidément, ce n’est pas le meilleur des mondes possibles en ce moment. Et pourtant ! Même si la voie est étroite elle reste possible.
J’avoue que je n’ai pas vérifié l’état des indices boursiers d’Investissement Socialement Responsable (ISR) ces derniers jours et les performances de banques spécialisées comme le crédit coopératif mais d’un point de vue logique, la performance des investissements et des entreprises axées sur les principes du développement durable doit être meilleure que celles aujourd’hui décriées.
Prenons par exemple les sub-primes… du point de vue social, j’ose espérer que les fonds d’ISR ont exclu ce type d’investissement… Prenons le poids économique montant de l’énergie et du pétrole à l’unité dans les dépenses des entreprises… celles qui ont réduit leur consommation ou développé des énergies renouvelables doivent subir dans une moindre mesure les aléas du cours du baril…
En somme, j’aimerai voir dans la crise financière actuelle une confirmation de l’intérêt du déploiement de plus de déontologie et de développement durable dans les entreprises. Je défends cette position non pas par principe éthique, mais avant tout parce que pragmatiquement ces principes sont un gage d’efficacité, de réduction des risques et de stabilité pour les entreprises. Cette position en sus de la réduction des impacts environnementaux assure donc une meilleure stabilité de l’emploi, et des performances économiques.
Suite aux grands scandales financiers de 2001 (Enron par ex), la réaction collective fut d’introduire plus de responsabilité de la part des entreprises, non seulement en termes comptables, mais aussi en termes d’information extra financière comme avec la loi NRE en France. Ce fut le levier du déploiement des fonctions de développement durable dans les entreprises, qui aujourd’hui ne le regrettent pas, loin s’en faut. Depuis, ce sujet est devenu un enjeu stratégique pour les marques et un levier d’amélioration de l’efficacité des entreprises.
Alors saisissons l’opportunité offerte par la crise financière pour améliorer cette réduction des risques induite par les démarches de développement durable ! Hasard de calendrier, le premier volet législatif du Grenelle Environnement est justement en débat à l’Assemblée… avec parmi les mesures proposées celles d’étendre les obligations de reporting extra financier aux entreprises de plus de 250 salariés, au lieu des seules entreprises côtés…
Profitons aussi de cette période de remise en cause pour améliorer la transparence des démarches de développement durable, en posant sur la table les questions difficiles.
Par exemple, le fait d’évoquer constamment les progrès effectués, certes réjouissants, sur la réduction des impacts climatiques ou de quantité de matière employée (emballage) maintiennent l’illusion que l’objectif « impact 0 » est atteignable. J’aimerai bien, mais c’est pour le moment un mensonge. Juste un exemple : les emballages, s’il peuvent et doivent être limités, ils ne peuvent pas disparaître, d’une part en raison de leur fonction même, mais aussi et surtout pour la sécurité des produits en ce qui concerne l’alimentaire et enfin pour le simple fait qu’il faut bien noter quelque part les informations légales obligatoires sur le produit ! Qui osera poser la question sur la table ?
Autres difficultés politiquement incorrectes : les normes sociales (genre le travail des enfants) si elles sont fondamentales dans nos cultures et faciles à mettre en œuvre, comment et de quel droit aller brutalement priver de travail des jeunes de 12 ou 13 ans dont le salaire est une condition de survie sine qua non pour leur famille dans les pays du Sud ? Comment adapter nos référentiels aux réalités des pays d’autres cultures ?
Il reste bien des questions, mais je garde espoir que les difficultés économiques en cours et à venir seront l’occasion d’avancer vers un développement durable et la confrontation aux questions de fonds plutôt qu’un recul agressif mais la compétitivité primaire pour « sauver » la situation à cours termes.
00:33 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie responsable, isr, écologie, développement durable, crise financière
07 octobre 2008
La valeur de la biodiversité

photo : Olivier Martin Delange
Le débat fait rage dans les milieux écolo sur la question de la valeur économique de la biodiversité, certains l’estiment immorale, d’autres moins idéologiquement difficile à déterminer de manière suffisamment juste pour être utilisée, d’autres se réfèrent au succès d’autres secteurs de l’environnement pour lesquels un prix été fixé.
Ce problème ne trouvera pas sa solution en quelques notes dans un blog mais quelques éléments permettent de nourrir la réflexion. A l’heure où les ruches prennent leurs quartiers d’hivers, et en espérant qu’elles seront en meilleure forme la saison prochaine, on peut dors et déjà faire le bilan économique du déclin des abeilles. Si la biodiversité n’a pas de prix, au moins son activité en a un ! Le déclin des abeilles produit ses premiers effets économiques.
Les populations d'abeilles domestiques déclinent partout dans le monde. Les Américains ont baptisé ce phénomène le Syndrome d'effondrement des colonies (Colony Collapse Disorder, ou CCD). Il s'agit de la disparition brutale de la quasi-totalité d'une colonie. On ne retrouve dans la ruche que la reine et les individus les plus jeunes. Quant aux cadavres des individus adultes, ils ne sont pas retrouvés dans la ruche, ni même à proximité. Dans plusieurs pays européens, des situations similaires ont été rapportées. Globalement, on constate une surmortalité annuelle supérieure à 30 % dans tous les pays où la mortalité des abeilles est suivie. Ce rythme ne pourra pas être supporté longtemps.
Impacts économiques directes
Aux Etats-Unis, un apiculteur sur deux ne vit pas du commerce de miel, mais de la vente aux grandes exploitations de fruits et légumes d’un service de pollinisation. Par exemple, un apiculteur de Pennsylvanie commencera la saison sur les plantations d'oranges de Floride, puis il reviendra en Pennsylvanie poser ses ruches dans les plantations de pommes, puis chez les producteurs de myrtilles du Maine, puis en Californie dans les grandes plantations d'amandes... A chaque fois, il loue aux producteurs les services de pollinisation de ses abeilles. La question économique ne se limite donc pas à la production de miel, mais se répercute directement sur les coûts de production des fruits et légumes. Ce coût est moins visible dans les exploitions européennes.
Il y a un vrai risque. La Californie, par exemple, produit 80 % des amandes consommées dans le monde. Aujourd'hui, il faut la moitié des 2,4 millions de colonies d'abeilles américaines pour polliniser ces plantations d'amandiers. La réduction des populations d'abeilles se fait sentir : auparavant, les apiculteurs louaient la colonie d'abeilles entre 45 et 65 dollars (32 à 46 euros). Cette année, le prix payé par les producteurs d'amandes se situe autour de 170 dollars (120 euros) par colonie. Globalement, le coût de la pollinisation a augmenté pour tous les types de producteurs. Et, pour la première fois, des producteurs de concombres de Caroline du Nord ont réduit leur production jusqu'à 50 % simplement parce qu'ils n'ont pas trouvé suffisamment de colonies disponibles pour assurer la pollinisation.
Effondrement de tous les pollinisateurs
Aux Etats-Unis, il y avait trois principales espèces de bourdons (qui, comme les abeilles domestiques, comptent parmi les insectes pollinisateurs) : l'une est éteinte et les deux autres sont menacées. En Europe, une étude récente a montré que les insectes pollinisateurs sauvages sont aussi en déclin, ce qui provoque celui de plusieurs plantes sauvages qui en dépendent. Le problème touche donc à la pollinisation elle-même avec toutes les conséquences pour les écosystèmes, la production alimentaire et les prix que nous pourrons imaginer…
Les causes exactes restent inconnues, et il s’agit très probablement de l’addition de facteurs de fragilisation parmi lesquels les pesticides, les ondes électromagnétiques émises par les antennes-relais ou encore les cultures génétiquement modifiées... on retrouve aussi chez beaucoup d'abeilles touchées par le CCD une sorte de virus grippal nommé Israeli Accute Paralysis Virus (IAPV). Mais toute la question est de savoir pourquoi il devient mortel dans certaines colonies et pas dans d'autres.
Là aussi d’insolubles questions économiques se posent, et il s’agit identifier les pollueurs pour appliquer le principe pollueur-payeur et réduire les causes… Si la régulation économique se montre un outil d’action efficace, autant s’en servir !
23:37 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnement, nature, service écosystémique, économie, biodiversité, abeilles
























