28 septembre 2008

Levier d’avenir

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photographie : Olivier Martin Delange

La nature est plus coriace qu’on peut le penser. Pour peu qu’un incendie ravage des hectares devenus de noires collines couvertes de suies, qu’un sol pollué et empoisonné tue les espèces qui le peuplaient ou bien encore que le changement climatique écrase de chaleur une zone dont les espèces autochtones sont inadaptées, la vie n’est pas perdue. Globalement rien n’est définitif. Seules les espèces perdues sont irrémédiablement perdues, mais les espaces de vie voient toujours la vie revenir. C’est la capacité de la nature dite « résilience écologique ».

La résilience écologique désigne la capacité d'un écosystème, d'un habitat, d'une population ou d'une espèce à retrouver un fonctionnement et un développement normal après avoir subi une perturbation importante. Le seuil au-delà duquel cette capacité est perdue est bien plus bas qu’on ne le pensait. Et c’est une très bonne nouvelle ! Ainsi, en accompagnant favorablement ces phénomènes, les forêts détruites peuvent se reconstituer, les espèces en voie de disparation peuvent être sauvées et les sols empoisonnés assainis.

Toutefois, deux facteurs limitent quelque peu cette merveilleuse capacité de come back de la nature :
- ça prend du temps, et l’humanité n’est pas réputée pour sa patience.
- la qualité de l’écosystème nouveau ou de l’espèce reconstituée n’est pas identique à celle de l’état précédent ni en termes de diversité (spécifique ou intra-spécifique) ni en termes de performance écosytémique (une forêt primaire reste irremplaçable).


Une bonne gestion de l’espace, un accompagnement de migration d’habitat vers le Nord et de la patience permettrait de « sauver les meubles « pendant que se met en place un nouvel équilibre climatique. Le levier d’avenir est au cœur même des facultés de la nature : la résilience.

23 septembre 2008

Earth Overshoot Day

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Photographie : Olivier Martin Delange

Chaque année, le Global Footprint Network calcule l'empreinte écologique de
l'humanité - la pression exercée sur les cultures, les forêts, les
ressources halieutiques, etc - et la compare avec la capacité des
écosystèmes à régénérer ces ressources et à absorber les déchets produits.
Ils en infère le Earth Overshoot Day correspondant au jour de l'année où
les activités humaines ont consommé tout ce que la Terre peut produire en
un an. Cette année c'est aujourd'hui.

Précédents Earth Overshoot Day :
le 31 décembre 1986, pour la première fois de l'histoire, l'humanité avait
consommé en un an la totalité de ce que la Terre avait produit dans
l'année.
1996 : nous utilisions déjà 15% de plus de ce que la Terre pouvait produire
annuellement: le jour d'épuisement tombait en novembre.
6 octobre 2007, soit, l'équivalent d'un mois en 10 ans, suivi d'un "bon" en
2008.

Ainsi, les arbres sont abattus plus rapidement que d'autres ne repoussent
et les poissons pêchés plus vite qu'ils ne peuvent se reproduire.
Sous l'effet de la déforestation, 13 millions d'hectares disparaissent
chaque année.
Selon la liste rouge des espèces animales et végétales menacées publiée par
l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), plus d'un
tiers des 41.000 espèces mises sous surveillance sont menacées
d'extinction.

15 septembre 2008

Le vent en poupe

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Photographie : Olivier Martin Delange

L’éolien ou le solaire ? L’éolien et le solaire ? Evidemment les deux sont à développer. Les deux sont utilisée par les graminées par exemple : le solaire pour la croissance, l’éolien pour la dissémination. Quel plus beau spectacle que les longues tiges des graminées dansant dans le vent jouant sur toute la palette des ocres, bruns et jaunes dans les reflets de lumière ?
Ces deux filières « phares » des énergies renouvelables sont au coude à coude, avec la géothermie, la petite hydraulique (barrage, marée, etc…) et la production d’énergie à partir des déchets (incinération ou méthanisation).

La question éolienne est particulièrement symptomatique des questions soulevées par une démarche de développement durable. Si cette énergie est renouvelable et peut se substituer aux ressources fossiles elle permet en ce sens des réductions d’émission de CO2, mais cette substitution ne dispense pas d’un travail de contrôle et même de réduction des consommations d’énergie.
Comme le solaire, l’un des principaux freins au développement de la filière concerne la disponibilité de l’énergie produite : nos consommations sont continues, la production d’électricité par éolienne ne l’est pas…
Autre sujet relatif à l’éco conception : la production des éoliennes et leur installation ne sont pas neutres d’un point de vue environnemental, si le gain global est positif, il ne faut pas nier que les matières premières utilisées, leur transformation et le transport de l’éolienne ont un impact de même que sa connexion à un réseau électrique.
Second frein au développement de la filière, même s’il est en passe de se résorber : les capacités industrielles de production d’éolienne ont du mal à suivre la demande, les amateurs doivent donc parfois s’armer de patience.

Surprise du rejet :
Comble de l’ironie, comme souvent en fait, les premiers détracteurs des éoliennes sont les mêmes que ses défenseurs initiaux : les écolos… (Cherchez l’erreur). Deux raisons principales : la protection du paysage (je crois qu’on perd le sens des priorités dans ce cas !) et la biodiversité. En effet, contre toute attente, les éoliennes ne sont pas sans danger. Les écarts de pression à leur proximité sont fatals aux chauves-souris… Toutefois, en programmant les éoliennes pour ne pas fonctionner avant une certaine vitesse minimale (au-delà de la quelle les chiroptères la repèrent et ne s’approchent pas) ou en ne les faisant pas fonctionner aux heures d’activité des mammifères volant le problème peut être résolu.
L’effet de mode qui entoure les énergies renouvelables semblent suffire pour le moment à surmonter ces premiers obstacles, cette étape passée, on peut espérer que les technologies seront rodées et parfaitement opérationnelles.

Résumé des points clés pour le développement des énergies renouvelables à considérer :Disponibilité de l’énergie
Capacité de production
Capacité de déploiement de la technologie
Eco conception
Rejet au motif paysager
Rejet au motif biodiversité
Coût de développement
Prix
Effet de mode

Développement pour particuliers :
La grande différence entre ces énergies renouvelables (éolien et solaire) est la possibilité de production décentralisée. Les particuliers où les entreprises peuvent produire leur propre énergie. Le designer français Philippe Starck a présenté un prototype d'une éolienne de petite dimension, "abordable et démocratique", destinée à M. Tout-le-Monde et qui peut être installée dans un jardin, voire sur une terrasse. "Cette éolienne individuelle, abordable et démocratique", comme la définit lui-même le designer, a été conçue en collaboration avec le groupe italien Pramac, un fabricant de groupes électrogènes traditionnels, récemment réorienté sur les énergies renouvelables.
Ressemblant à un fouet de cuisine, épuré en polycarbonate avec moteur intégré, l'objet est remarquable par sa simplicité.
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photo : éolienne Stark


"En fonction de sa taille - il y en a six-, elle traite entre 10 à 60% des besoins énergétiques individuels. Et elle vaut entre 300 et 400 euros", a précisé Philippe Starck au Figaro.
Le designer, qui a suscité un grand intérêt à Milan avec sa dernière invention, travaille également sur de nombreux autres projets au sein du "département de haute technologie pour la démocratisation de l'énergie", qu'il a créé il y a quelques mois avec l'italien Pramac: des bateaux totalement solaires à la voiture électrique en passant par des panneaux photovoltaïques transparents.

14 septembre 2008

Migrations

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Google Earth (GE) devient un outil aussi utile et efficace que Word ou Excel. Je commence à voir comment m’en servir pour un Plan de Déplacement d’Entreprise par exemple.
Autre application de GE, utilisée dans un cadre scolaire par exemple à l’académie de Montpellier à parti des données du MNHN : suivre les migrations. Non seulement c’est la bonne période, mais surtout, profitons en parce que le changement climatique en cours, entre autres causes anthropiques, mets à mal les habitudes de migrations de la plupart des espèces Européennes.
Il en est justement ainsi des cigognes blanches. Si le fichier à télécharger ICI permet de suivre les migrations effectuées en 2000 par des individus de Suisse, d’Alsace et d’Allemagne, il serait très difficile d’actualiser ces données pour la simple et bonne raison que la plupart des cigognes ne migrent plus. L’exemple n’est pas le meilleur parce que nous avons « appris » aux échassiers à ne plus migrer. Un nombre très important d’entres-eux finissaient dans les casseroles des pays d’hivernage… Mais cette sédentarisation ne fut possible que parce que la nourriture était présente en hivers en Europe, nouveauté de ce siècle.
D’autres exemples sont encore bien plus éloquents comme la fauvette à tête noire. La Fauvette à tête noire d'Europe centrale a changé de route de migration hivernale en allant en Grande-Bretagne, où elle trouve des nichoirs alimentés en abondance, plutôt que de traverser les Alpes vers l'Europe du Sud et l'Afrique du Nord. Cette route étant moins longue et moins difficile, les Fauvettes rentrant d’Angleterre sont en meilleure forme et rentrent plus tôt, elle bénéficie ainsi des meilleures opportunités pour nicher et obtiennent de meilleures nichées. De ce fait les descendantes des hivernantes en Angleterre sont plus nombreuses, au détriment des autres. Dans la mesure où les habitudes de migration se transmettent d’une génération à l’autre, en quelques années c’est l’espèce entière qui change de rythme de vie.

La corneille en Scandinavie ne migre plus que rarement, et l’on suppose que l'avantage de la migration est devenu plus aléatoire que celui de la sédentarisation car ces oiseaux trouvent de la nourriture en abondance dans les dépôts d'ordures. Certains colibris roux, aux États-Unis, montrent une tendance à migrer d'ouest en est durant l'hiver plutôt que de migrer vers l'Amérique Centrale. Ce phénomène a toujours eu lieu, mais en raison des perspectives alimentaires fournies par les humains, ceux-ci survivent mieux et transmettent leur route de migration à leur progéniture. De plus on observe que la migration de certains étourneaux de l'hémisphère nord s'est même inversée, ces oiseaux trouvant des ressources alimentaires ou des gîtes dans les villes plus au nord.

Dans la mesure où la tradition de la migration se perd et que j’aime être garant des traditions je migre ! Je change d’entreprise, une fois de plus, mais puisque le temps est à la sédentarisation je compte bien suivre l’exemple de mes chères cigognes et entamer une activité de long termes avec mes nouveaux camarades.

07 septembre 2008

Tromper la chance : la nature est une tricheuse

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Photographie : Olivier Martin Delange

Face à la Fortune la Nature a su déployer des parades si efficaces qu’elle fait figure de maîtresse incontestée de la Chance. Les stratégies sont loin d’être simples, la sournoiserie de la vie pour perdurée est aussi subtile que discrète, seul moyen d’être suffisamment coriace face au principe d’entropie qui aurait du avoir raison du vivant depuis bien longtemps…

Dans son Essai sur les Fondements de nos Connaissances, Cournot part de l’hypothèse selon laquelle il existerait, au sein des phénomènes naturels, plusieurs séries causales indépendantes : c’est de leur croisement que naîtrait la chance. L’idée qu’un événement résulte d’une combinaison signifie que ce n’est qu’un possible parmi d’autres, tiré d’une combinatoire produit par un jeu de hasard. Cournot raisonne en supposant que chaque séquence causale dans la Nature est assimilable à un coup de dés indépendant des autres.

En appliquant ainsi la théorie des probabilités, il est évident que si on multiplie les tentatives on augmente ses chances. Lorsqu’un événement a une chance sur deux de se produire, au bout de 100 essais l’événement arrivera environ 50 fois. La diversité du vivant, sa résistance, et la capacité de résilience des écosystèmes ne sont dû ni au hasard, ni à la chance, mais à la faculté de la Nature de tromper la chance en augmentant les essais par effet de masse.

Bien sûr les systèmes auxquels on se réfère sont bien plus complexes qu’un simple pile ou face et le numéro gagnant est différent à chaque fois. On pourrait illustrer l’étendue de la stratégie de la nature en disant que c’est exactement comme si elle jouait à un loto dont le numéro gagnant comporte 10 puissance 10 chiffres et à chaque tirage elle joue des centaines de milliards de numéros en même temps, augmentant ainsi d’autant ses chances !

Comment procède-t-elle ?

Saisir sa chance
L’exemple de l’évolution l’explique bien. Les mutations sont dues à des événements fortuits, tels que des erreurs de copie lors de la reproduction cellulaire ou bien une altération du patrimoine génétique à cause d’un virus, une substance chimique, un rayonnement UV ou gamma. De ces mutations aléatoires, souvent pathogènes, il arrive qu’une nouvelle propriété émerge, donnant selon les circonstances un avantage à l’individu qui la porte. Par exemple les yeux bleus pouvaient être un avantage pour les groupes qui vivaient dans les hautes latitudes… Du hasard initial d’apparition de la mutation, à sa diffusion, la nature a su saisir sa chance…

Explorer le champ des possibles
En laissant soin au hasard d’intervenir dans la créativité de l’évolution, la nature a entamé une véritable exploration du champ des possibles, la sélection naturelle venant séparer le grain de l’ivraie, notion changeante selon les aléas du climat et des conditions locales. Ainsi, les grandes périodes de créativité ont vue apparaître des animaux des plus étranges. La faune d'Édiacara (1 400 spécimens fossiles du précambrien) est exemplaire à ce titre. Édiacara est un site au sud de l'Australie où des fossiles très particuliers ont été trouvés en 1946 et étudiés dans les années 1950 par Martin Glaessner. Glaessner a d'abord pensé qu'il s'agissait de formes primitives d'animaux tels que des vers ou des coraux. Si certains de ces fossiles, comme Kimberella, Bomakellia, et Xenusion, ou même certains petits coquillages, peuvent être rattachés à des formes de vie du Cambrien, beaucoup d'autres, par exemple en forme de goutte, de disque, de fronde ou de domino, n'ont pas de relations connues avec une faune postérieure. Actuellement le classement de ces espèces est sujet à controverse.
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Halucigenia, faune d'Ediacara

Maîtriser les risques
Mais laisser assez de marge à la créativité et au hasard comporte le risque de voir une série statistique défavorable s’enchainer jusqu’à la destruction en un funeste enchaînement de malchance. Ce combat de déesse, entre l’aveugle Fortuna et la hiératique Gaïa est inéquitable, la Terre ayant su juguler le hasard.
En effet, dans la mesure où la nature laisse le hasard intervenir uniquement aux niveaux les plus micro de son système (le gêne, l’individu), une circonstance malheureuse a moins de chance d’avoir des conséquences d’ampleur et laisse les éléments d’autorégulation du système écologique minimiser les risques. Les travaux de Lynn Margulis ou de James Lovelock le montrent bien.


De la chance au destin, question de lecture

C’est en vertu du hasard du croisement d’un rayon cosmique d’un côté et de l’instabilité de composés chimiques, qu’ont surgit les premiers acides aminés. La vie résulte de séries causales indépendantes et son apparition est issue de la conjonction du "hasard et de la nécessité", comme le dirait Jacques Monod.
Si on admet la théorie du hasard, la formation de la Terre semble résulter d’une combinaison assez inouïe d’événements. La chance d’obtenir une planète avec une exposition au soleil suffisante, mais pas trop forte, avec une gravité suffisante, et une température moyenne idéale était très mince. Ajoutons à cela la présence de l’eau sous la forme liquide, une proportion correcte entre les terres émergées et l’eau, une atmosphère favorable et la Terre ressemble plus à un miracle qu’à un phénomène naturel. La Terre a eu la chance extraordinaire de disposer d’une lune qui stabilise, par effet des marées, son axe de rotation, stabilité favorable au vivant. L’exploration du système solaire par des sondes spatiales a confirmé la singularité remarquable de la Terre. Nous n’avons trouvé que des systèmes morts, très diversifiés.

L'ensemble des espèces aujourd’hui vivantes sont issues d'un organisme originel unique datant d'environ 3,6 à 4,1 milliards d'années. Nommé LUCA (Last Universal Common Ancestor) cet être était monocellulaire et vivait dans l’océan qui a vu la vie émerger. Le vivant se compose de trois branches dont il serait l’origine : les archées, les eubactéries et les eucaryotes (regroupant les animaux, les champignons, les plantes et les protistes). Le problème de la phylogénie à la racine du vivant consiste maintenant à savoir si les eucaryotes et les archées descendent de l'une des deux cellules filles de LUCA, et les eubactéries de l'autre, ou si c'est une autre combinaison. Succession de coup de chance ? Evidemment LUCA n’était pas seul dans l’océan, et des millions, probablement des milliards d’autres êtres vivants du même type l’accompagnaient. Mais le temps passant, les grandes extinctions aidant, LUCA est la seule dont la descendance a survécue (hormis les virus, bien sûr…). Une telle succession d’événements rapportée sur des échelles de temps géologiques font apparaître l’histoire de LUCA comme un destin incroyable, plutôt que comme un coup de chance isolé.

Mais là, nous parlons de lecture a posteriori de l’histoire naturelle, pour LUCA comme l’apparition du vivant. Ce serait une erreur d’y voir un destin, c’est plutôt l’aveu de notre ignorance ou une vision simpliste qui nous évite de penser à la complexité extrême des ces phénomènes. En effet, rétroactivement, les conditions du vivant peuvent être interprétées comme un hasard formidable. Oui, pour le vivant tel que nous le connaissons, celui qui s’est développé dans les conditions qu’il a rencontré ! L’exobiologie, science qui cherche à concevoir ce que serait la vie dans d’autres conditions ou sur d’autres planètes le montre bien : si les conditions sur Terre avaient été différentes, ce n’est pas pour autant que la vie ne serait pas apparue, elle aurait juste été différente.


La loterie humaine : nouvelles règles

Du Chaos a émergé Gaïa nous dit Hésiode, avec sa maîtrise de la Chance, la Nature sait intégrer et valoriser le Chaos. Mais ce bel équilibre est remis en cause par les technologies et les pratiques de l’humanité. Ça ne date pas d’hier ! Les pratiques d’élevage ont abouti à la création d’espèces nouvelles telles que les cochons à partir des sangliers, les moutons à partir des mouflons etc… et que dire des plantes ! Tous les agrumes sont issus d’une poignée d’espèces naturelles. Nos tentatives de maîtrise du vivant, comme les OGM ou l’élevage, consistent à suppléer le hasard dans la nature, et à favoriser certaines mutations plutôt que d’autres.
A l’inverse, et on l’évoque avec précaution, parce que cette idée risque de conduire à l’eugénisme, le patrimoine génétique de l’humanité n’est plus régulé par le principe de sélection, qu’elle soit naturelle (évolution) ou humaine (eugénisme). Si de cette manière nous donnons plus de chance au hasard de s’exprimer au sein de notre propre espèce, nous ne suppléons pas la nature dans ses régulations habituelles.
La chance a sourie sous le joug de la Nature, les nouvelles règles édictées par l’humanité maintiendront elles l’équilibre de la Chance entre créativité et chaos ?

04 septembre 2008

Le décrochage (art contemporain)

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caricature issue d'une édition de Paris Match, été 2008

Pourquoi est ce que j’accorde autant d’importance à l’esthétique de la nature ? Parce que le public et l’art on entamé un divorce irrévocable…

Au commencement :

Nous pouvons considérer que l’art et la nature deviennent des lieux de préservation de l’expérience esthétique traditionnelle. Tous deux tiennent bon face à l’industrie esthétisée. En effet, à la différence de l’industrie dont l’esthétique est un outil mercantile supplémentaire, l’art, mais plus particulièrement encore la nature, restent les ultimes bastions du désintéressement. Ce point commun masque toutefois des différences importantes entre les expériences esthétiques de la nature et celles appropriées à l’art. Par facilité, on aurait tendance à montrer la nature comme une oeuvre d’art afin d’y appliquer les mêmes principes de conservation par exemple. C’est ainsi que nous expliquons la multiplication des musées et des écomusées, dans lesquels le public vient se promener à la rencontre d’une expérience esthétique comme dans une galerie d’art, plutôt qu’à la recherche de connaissances sur la nature. C’est évidemment un bon moyen pédagogique pour sensibiliser le public à une éthique environnementale, mais à condition de concilier les attentes esthétiques du public et le projet pédagogique qui préside à l’institution du musée. Ainsi se développent les photographies, recueils et livres qui mettent en avant les beautés de la nature. Le travail très médiatique de Yann Arthus-bertrand par exemple joue sur cette appétence du grand public.
En suivant l’histoire de l’art contemporain, nous pouvons décrire l’avènement d’une esthétique de la présentation au sein même des pratiques artistiques qui s’effacent devant leur objet. Nous pouvons aussi mettre en relief la diffusion de l’intérêt esthétique dans tous les champs sociaux pour finalement offrir la possibilité d’une expérience esthétique de la présentation de la nature. Mais ce seul mouvement reste cantonné à une filiation historique qui n’intègre pas directement tout ce que nous avons vu de l’importance de la science dans ce processus, ni de ce qu’il convient d’appeler la prise de conscience écologique. La synthèse de ces éléments se trouve peut-être bien dans le développement de la volonté de protection du patrimoine naturel, creuset à la croisée des volontés artistiques passées et des connaissances scientifiques actuelles.

Divorce et anecdote
Seulement voilà, de fil en aiguille, de laxisme de galeriste, provocation d’artiste à intellectualisation et même pédantisation du monde de l’art on aboutit à un art actuel inaccessible, incompréhensible et inique aux yeux du grand public. Personne ne peut ignorer ce point et si le gout pour l’esthétique s’est démocratisé, celui pour l’art plastique actuel s’est ghettoïsé à une frange précise de la population mondiale regroupant les professionnels du secteur et la population la plus fortunée ou intellectuelle. C’est un vrai problème, ça pourrait même être l’objet d’un enjeu de développement durable pour le secteur !
A titre d’exemple, je ne suis pas non plus exempt d’inculture caractérisée. En 2000, au très tendance CAPC de Bordeaux alors que je visitais les lieux je me suis fait incendié par un des gardiens parce que je marchais sur un œuvre… Je n’avais pas compris que le dallage en ardoise au centre du couloir, très décoratif au demeurant, était une œuvre d’art…

Ne pouvant plus compter sur l’art pour trouver un écho à notre besoin d’universalité par le beau (si on veut bien me passer cette formulation pompeuse) il ne reste que la nature… dont le vernis est redoré, il faut bien le dire, par la crise écologique et l’apparente fragilité soudaine de la nature.
Sur le modèle d’une blague bien connue, on pourrait dire : vous connaissez la différence entre une œuvre d’art et la nature ? La nature ne se prend pas pour une œuvre d’art, elle…

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photographie : Olivier Martin Delange

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