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30 avril 2008
campagne de sensibilisation
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27 avril 2008
Epicure : écolo ou pollueur ?

photographie : Olivier Martin Delange
Après avoir hanté les forêts du coin tout le week-end, que ce soit à pied en marche forcée ou à vélo, retourner en ville est à nouveau une torture tant la laideur de ce milieu minéral agresse.
Après avoir joué avec la lumière sous la dentelle des feuilles fraîchement déployées des plus hauts arbres de la forêt, entre les chênes, les hêtres, les noisetiers, les bouleaux ou les marronniers, après avoir observer les joutes des lapins dans une clairières, les poussins de foulque macroule dans leur nid au milieu d’un étang ou la course folle des écureuils sur les troncs, la circulation automobile et la rectitudes des formes urbaines semblent bien fades.
Malgré les joies de la forêt retrouvée, ce n’est pas ma forêt, celle de l’Est, la grande forêt qui échelonne les massifs du Sud du jura au Nord de l’Alsace selon un « S » tortueux qui comprend de grandes étendues vallonnées ou montagneuses, des lynx, des grands tétra, et même, depuis peu, des loups. Dans les forêts de Meudon ou Clamart, au Sud de Paris, on ne peut pas oublier la capitale. Disposées au sommet des collines, chaque trouée dans la frondaison des arbres offre à la vue, non pas un ciel dégagé ou une forêt, mais ici la Défense, là la tour Eiffel, le Sacré-cœur au loin ou, ce qui de loin ressemble à un monolithe de granit noir : la tour Montparnasse.
Dans la forêt de l’entre-deux donc, suant sous le premier plein soleil de l’année, je me surprend à me contre-fiche d’avoir sali mes vêtements avec la chlorophylle ou les restes de boue qui composent le sentier, d’avoir l’air hirsute comme un dimanche au réveil difficile et au contraire de me plaire à simplement enchaîner les pas entre les arbres. On retrouve un peu de la liberté perdue à cheminer dans la nature.
On a internaliser les codes urbains au point de s’offusquer de sa propre sueur, de répugner à la matière organique et de se contraindre continuellement pour se conformer à une image toute droit issue du surmoi collectif. Foutaise que tout cela ! N’est-ce pas ainsi, avec une finesse de psychanalyste, que les publicitaires nous refourguerait n’importe quel accessoire inutile, coûteux et polluant ? N’est-ce pas à cause de ce surmoi dispendieux, orgueilleux et hédoniste que nous nous vautrons dans une orgie de dépenses et de richesses inutiles ? Entre lire Vogue et agriculture magazine mon choix est fait !
L’imposture ultime de cette culture, c’est de chercher sa légitimité dans la philosophie classique et de mettre en exergue l’épicurisme. Je crois bien que la totalité de ceux qui se servent de l’aphorisme d’Horace « Carpe diem » pour justifier la qualité intellectuelle de leurs attitudes inconstantes, irréfléchies, et pulsionnelles n’ont jamais lu un traître mot des textes de l’école de philosophie d’Epicure. Est-il le chantre d’un hédonisme à la mode depuis l’après-guerre ? Evidemment que non ! Prendre épicure pour un hédoniste effréné serait une erreur, il s’agit d’une philosophie mesurée, la plaisir se trouve dans la réserve, jamais dans l’excès. A-t-on encore plaisir dans l’accumulation si ce n’est celui de provisoirement avoir l’impression de satisfaire un manque ? La dépense à la consommation et le principe du luxe n’est il pas l’insatisfaction perpétuelle ? Tandis qu’à l’inverse, Epicure prône la retenue et la mesure, la privation provisoire même, afin de retrouver le plaisir à la chose, quelle qu’elle soit. Alors au vue des textes qui ont survécus à plus de 22 siècles d’incendies de bibliothèque et de voracité des rats et souris, non Epicure ne peut pas être cité pour légitimer les comportements compulsifs destructeurs des consommateurs acharnés. Au contraire, une mouvance autour de la notion de décroissance ou d’économie, au sens de la mesure, y trouverait une formidable inspiration.
Toutefois, le présupposé des philosophies classiques, qui stipule que le bonheur est le but ultime de toute vie ne reçoit pas mon assentiment. Il y a bien plus intéressant que le bonheur ! Et n’est ce pas justement sur la base de cet impératif du bonheur imposé par une civilisation qui traite le malheur et la tristesse comme des maladies sociales ou psychologiques que se fonde le modèle de consommation et d’économie (au sens pécuniaire ici) qui pose tant de problèmes environnementaux ?
Alors relire Epicure pour contrer les erreurs, certes, mais appliquons la notion de mesure à la lecture de l’épicurisme lui-même !
21:58 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, écologie, nature, environnement, forêt, consommation, économie
Les tant attendues
Les floraisons commencent. Cette année j’ai du mal à être patient et j’ai vraiment hâte de voir fleurir les espèces que j’ai choisi cette année. En attendant quelques classiques me permettent de patienter :

floristan alba

Composition sur bord de fenêtre avec clématites, renoncules, vipérine, pensée, myosotis et floristan alba.

Promesse de clématites :


21:50 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jardins, fenêtre, fleurs, printemps, floraison
19 avril 2008
DD au quotidien

photographie : Olivier Martin Delange
Ça bouge, beaucoup. Depuis un peu plus d’un an la presse et les politiques se font l’échos de la seule vraie question contemporaine : la crise environnementale.
Parfois avec plus ou moins de bonheur, d’exactitude ou de sincérité, mais progressivement le discours intègre un peu plus de rigueur scientifique d’une part et un peu plus de démocratie participative de l’autre malgré les tendances autoritaires de certaines factions politiques actuellement au pouvoir deci-delà, et les risques de dérives en ce sens incluse par l’écologie.
Ainsi je vous invite par exemple à participer à l’opération l’Observatoire des Papillons des Jardins pour sa troisième édition :

Le même site propose un mur de pixel sympathique auquel il faut que nous participions nous aussi :

MAIS, et je vais être grossier : putain de merde qu’est-ce qu’on est loin du compte ! Pas un jour sans que je butte sur une remarque ou un comportement totalement hédoniste et irresponsable de consommateur béat. Quand je fais mes courses, au resto, au boulot… Je suis loin d’être parfais moi aussi, il m’est arrivé de craquer pour une honteuse barquette de framboise venue tout droit d’Espagne, mais je tente de compenser cet écart ensuite et le bilan reste positif. Ne pas avoir de voiture change déjà pas mal la donne, faire un minimum attention aussi.
Pourtant, dans notre resto préféré, la carte propose encore des choses horribles, et lorsque le plat du jour comprend Panga ou Perche du Nil je ne me gêne pas pour faire un scandale au restaurateur (heureusement qu’il m’a à la bonne celui là !). Si j’évite souvent le pire dans les choix de mes convives je n’ai pas réussi à leur éviter le bœuf malgré mes discours sur les impacts CO2 et autres de sa production…
Heureusement les sentinelles se multiplient et certains sont bien plus rigoureux ou véhéments que moi. Faire ses courses avec ma sœur est devenu la terreur du reste de la famille qui n’est pourtant pas insensible aux questions environnementales. Elle censure les produits avant leur introduction dans le caddie et tient tête coûte que coûte… elle est capable de pousser le zèle aux caddies des autres consommateurs sur place.
Je me suis dit que la victoire était possible le jour où une jeune collègue dans mon ancien groupe a explosée face à une responsable d’un autre service qui sortait des toilettes en laissant la lumière allumée. Ce qui m’a épaté n’est pas tant la colère osée de ma jeune collègue mais l’air penaud et coupable de la responsable qui est retournée éteindre la lumière la tête basse !
Si vous voulez vous convertir au développement durable allez faire du shopping avec des amies renseignées sur le sujet, ça peut être un jeu très ludique d’introduire ce critère de choix supplémentaire en flânant de magazin en magazin (tout en retenant que consommé peu est déjà une attitude responsable).
16:22 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nature, écologie, DD, développement durable, environnement, achat responsable, consommateur
15 avril 2008
Illustre inconnu…

On m’a offert de nouveaux amis sans le nom de l’espèce… hélas je ne parviens pas à les identifier dans les ouvrages que j’ai sous la main… si quelqu’un connaît le nom de ce poisson transparent de deux centimètres…

18:59 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11 avril 2008
petit film...
On me signale cette parodie, je ne résiste pas à l'envie de la diffuser...
pour une version sous titrée en français voir le lien suivant : sur Terre TV
Les enjeux environnementeaux deviennent un thème phare de la création contemporaine et les arts renouent avec leur tradition militante. d'autres films à signaler bientôt...
L'affiche vaut elle aussi le détour :

20:20 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, environnement, consom'acteur, consommation responsable
05 avril 2008
Innovation pour végétaliser responsable

photographie : Olivier Martin Delange
Ami végétaliseurs, des pots ayants les caractéristiques des contenants en plastique mais qui sont biodégradables et qui nourrissent les pantes sont disponibles !
Spécialisé dans la transformation industrielle des matières végétales, un centre de recherche de Poitiers a créé un pot en végétal entièrement biodégradable et qui nourrit la plante. L’entreprise Valagro, plate-forme de recherche et développement a mis au point ce produit.
Une colle issue du végétal permet de fixer entre eux les grains de la farine obtenue en mélangeant blé, maïs et citron et des aditifs, venant du végétal, qui vont augmenter la biodégradabilité et favoriser la croissance de la plante. L'ensemble est ensuite porté à haute température puis moulé.
Les premiers pots de ce nouveau genre seront disponibles dans le commerce cet automne. Actuellement fabriqués aux Pays-Bas, seul pays européen à posséder le matériel de transformation nécessaire, les pots pourraient être prochainement transformés près de Poitiers, avec à la clé la création d'une centaine d'emplois.
Seuls bémols : en attendant ces pots sont donc transportés… et le procédé de fabrication réclame aussi une certaine quantité d’énergie… espérons qu’il s’agit d’énergie renouvelable…
Pour les amateur de débat complexe on peu se poser la question cornélienne sur l’usage de matériaux qui font concurrence à l’usage alimentaire… ça où continuer à utiliser des matériaux issus de la pétrochimie…

13:45 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écoconception, écoinnovation, écologie, responsable, environnement, jardin, nature
03 avril 2008
Végétalisez avec discernement

photographie : Olivier Martin Delange
Les bonnes idées ne s’estiment pas de manière isolée en écologie. A la différence des logiques linéaires, en
écologie il s’agit de s’inscrire dans une logique systémique. Aussi, plus encore que végétaliser, ce qui importe c’est comment on végétalise… Pour que nos plantations ne fassent pas plus de mal que de bien…
Petits rappels en 10 commandements pour ce début avril qui marque le pic des plantations…
1. pas de variété inadaptée au climat ou trop gourmande en eau : elle risque plus facilement de mourir ou réclame des soins particuliers, et donc l’usage de produits polluants…
2. pas de variété qui risquent de devenir une espèce invasive dans le milieu naturel. La plupart des espèces invasives en Europe ont été introduite dans l’écosystème par des particuliers qui les avait choisies pour des raisons d’agrément.
3. préférer des semences hors commerce, ou chez des spécialistes pour favoriser la biodiversité, même pour les variétés horticoles, la plupart des plantes vendues dans le commerce sont des clones, en attendant que ne risque d’apparaître des OGM... (préférer Kokopeli à Monsanto !)
4. évitez tout produit chimique… même lorsqu’ils affirment être biodégradable ou non polluant… sous certaine marque grand public se cache Monsanto
5. choisissez avec attention votre terreau ou votre terre… dans certain cas, des sols sont pillés pour alimenter nos pots et jardinères
6. laissez un peu de place pour la vie ! On ne dit plus « mauvaise herbe » mais « végétation spontanée »
7. préférez les « adjuvants naturels » comme les coccinelles à tout insecticide. En ne traitant pas chimiquement vous avez plus de chance de voir apparaître des espèces sympathiques, le sacrifice de quelques feuilles aux chenilles vous laissera une forme de paternité pour de chamants papillons par exemple
8. n’oubliez pas de triez vos « déchets » à la fin de la saison (recyclage, si possible à la maison, des matières végétales et éventuellement du terreau épuisé)
9. pas de limite quantitative à l’exploitation de l’espace disponible pour la végétation ! l’appel des végétaliseurs est entendu
faites un tour sur : 
10. offrez les graines issues de vos propres récoltes que vous ne sèmerez pas, ainsi vous diffuserez des souches plus résistantes et diversifiées…
01:55 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nature, jardin, jardinage, écologie, développement durable, plantation, printemps
02 avril 2008
Théorie critique de l’architecture chez Jürgen Habermas

photographie : Olivier Martin Delange
Dans le cadre de la réflexion générale de Jürgen Habermas sur la modernité et la formulation d’une théorie de l’agir collectif éthique, « l’agir communicationnel » , le philosophe allemand intègre l’architecture à un mouvement historique général. Il permet à cette occasion d’envisager des aspects de l’architecture peu abordés.
À l’occasion d’une exposition sur « l’architecture à Munich aux XIXe et XXe siècles » , Jürgen Habermas a exposé sa conception de l’histoire de l’architecture contemporaine et des défis qui l’attendent . À la lecture de ce texte, nous pouvons définir la conception de l’architecture moderne du philosophe et montrer une grande proximité entre la vision de l’avenir de l’architecture de l’auteur et les architectures environnementales contemporaines telles que la H.Q.E. (Haute Qualité Environnementale) en France, ou les expériences du Vorarlberg en Autriche par exemple.
Dans son exposé sur l’histoire de l’architecture, Habermas explique l’émergence des tendances actuelles en réaction à des problèmes posés à la construction mais encore irrésolus. Ces problèmes, qui structurent la création du bâti, sont tout d’abord inhérents à la modernité et comportent des implications esthétiques et politiques.
La modernité, concept à partir duquel Habermas pose ses problématiques philosophiques, joue le même rôle dans sa réflexion sur l’architecture. La modernité, issue de la révolution industrielle, les changements sociaux qu’elle implique, la culture de masse et les démocraties modernes, suscitent une architecture qui lui serait propre. Nous devons comprendre que cette modernité n’est pas la modernité historique, ni même celle définie par Baudelaire, la modernité au sens habermassien se caractérise d’un point de vue essentiellement social. Il s’agit de l’avènement d’une organisation sociale basée sur la spécialisation et la séparation des tâches au sein de l’ensemble que constitue la société. Avec une telle organisation, le modèle de la rationalité sera téléologique : organiser les rôles et les tâches d’une action collective en vue de la réalisation d’un but pratique, rationalité qui s’exprime particulièrement dans le domaine technique.
L’architecture qui correspond à cette notion de « modernité » est clairement identifiée au style international dans l’article d’Habermas. Un style qui correspond à la tradition rationaliste occidentale en ce que ses constructions sont pensées en terme de fonction. Ainsi, ces constructions modernes peuvent être dites « fonctionnalistes » en ce que « le fonctionnalisme est guidé par la conviction que les formes doivent exprimer les fonctions auxquelles le bâtiment est destiné » . Le style international s’attache à exprimer par la structure même du bâtiment, de façon formelle et esthétique, la fonction de celui-ci, c’est-à-dire l’utilisation en vue de laquelle il est construit. La soumission de l’esthétique et de la conception d’un immeuble en vue d’une fin, fonde une architecture qui entre en échos avec une tradition rationaliste correspondant à la modernité : le style international est reproductible et employé dans tout type de construction à grande échelle. L’utilisation des éléments préfabriqués lui confère un écho avec la culture de masse, elle aussi caractéristique de la modernité. Mais le fonctionnalisme est double. D’un point de vue extérieur, il correspond à des fins déterminées. Mais d’un point de vue interne, l’architecture se constitue comme un domaine culturel autonome, phénomène de spécialisation à rattacher aussi à la modernité qui a vu chaque domaine de connaissance et de compétence devenir autonome dans son apprentissage, son enseignement et son application. Toutefois la modernité ne trouve pas toutes les réponses à ses enjeux dans le style international. En effet, les constructions de ce style, en raison de leur fonctionnalisme et de leur autonomie, posent des problèmes pour la diversité des modes de vie. Encadrantes, ces architectures ne prennent pas en compte les diverses utilisations auxquelles les usagers et l’avenir les moduleraient. Aujourd’hui aussi, leur poids écologique est critiqué. Enfin, elles ne permettent pas la participation des utilisateurs aux choix architecturaux et urbanistiques.
Cette nouvelle situation de l’architecture au tournant des XIXe et XXe siècles sur le plan esthétique, doit faire face à l’éclectisme et l’hésitation entre une continuité de l’histoire ou une rupture en vue de créer un style qui soit propre à la modernité. Le style international n’est qu’une des réponses possibles. D’autres rapports de la modernité à l’histoire produisent différentes architectures. L’histoire de l’art avait déjà fixé des styles architecturaux différents et disponibles pour les nouvelles constructions, c’est ainsi que l’on a pu parler de néogothique ou de néoclassique. Le paysage urbain des nouvelles constructions et son éclectisme est problématisé par Habermas dans le cadre de ce qu’il nomme « la conscience historiste » qui consiste à appréhender l’histoire de façon idéale en définissant des schèmes et des styles en dehors d’un contexte historique déterminé et en les rendant donc idéalement simultanés et disponibles. En contrepartie, les considérations esthétiques semblent perdrent leur pertinence avec les nouveaux matériaux (verre, acier, béton) et les nouvelles techniques de constructions (préfabriqué) qui caractérisent la modernité. Parce que reproductibles et produites en masse, ces constructions échappent à l’empreinte stylistique de l’artisanat traditionnel. Les promoteurs et ingénieurs prennent contrôlent le marché au détriment d’une architecture vernaculaire d’une part, et des architectes eux-mêmes d’autre part. Les possibilités formelles qu’offrent les nouvelles techniques sont peu explorées par les architectes en raison de leur dimension hautement technique, qui permit l’irruption de l’ingénieur dans le champ de la construction. Parallèlement à cette rationalisation des fonctions, typique de la modernité, l’utilité entre en conflit avec le beau. En visant le fonctionnel, les considérations esthétiques passent à un second plan ou sont même remplacées par celles relatives à l’utile. On passe de l’esthétisation à l’optimisation. Ainsi Habermas écrit que « de la nécessité qui engendre les nouvelles sphères de vie, étrangères à toute création architecturale, on fait la vertu qui consisterait à libérer l’architecture utilitaire de toute prétention artistique » . Ce changement d’ambition de l’architecture moderne s’explique aussi par le fait que le système des relations sociales, entre les individus, ou avec les pouvoirs (religieux, étatiques…) passe d’un mode direct à un mode de médiation abstraite, difficile à exprimer formellement, comme on pouvait le faire sous l’ancien régime en plaçant, par exemple, l’église au centre du village, entourée par le cimetière et dont la statuaire et la structure exprimait le rassemblement d’une communauté, en l’occurrence devant Dieu. Dans une vision sociale non holiste mais individualiste, où les structures traditionnelles s’effacent devant des liens plus fugaces et plus abstraits, par des mécanismes de marché par exemple, il est bien plus délicat de les saisir et de les exprimer dans le cadre de l’architecture.
Alors, l’architecture moderne porte ses intentions sur des dimensions pratiques plutôt qu’esthétiques ; au lieu d’exprimer, elle va devenir performative et mettre en œuvre, ou tenter de le faire, des significations politiques dont Habermas fixe l’émergence aux années soixante-dix . Il identifie deux attitudes générales à cet égard : soit l’architecture ne prend pas de position politique réelle et se conçoit comme « cosmétique » (nous y rattacherions toute l’esthétique « historiste »), soit elle essaie de composer avec le système économique et administratif pour défendre un néo-modernisme qui viserait à corriger les effets pervers du système de la modernité. Il s’agit alors pour l’architecte, à partir de contraintes économiques et administratives, de produire un décor approprié à l’activité ; Habermas prend l’exemple d’un supermarché dont les façades rappellent les maisons médiévales. Dans une telle perspective l’architecture n’est qu’un exercice formel qui a à sa disposition l’histoire de l’art, une source de formes, avec lesquelles composer seulement un décor. Cette façon critique de présenter cette tendance est motivée par la signification que la philosophie de J. Habermas peut en faire ressortir : c’est en effet l’abandon de l’architecture à la sphère du « système », c’est-à-dire à l’ensemble des phénomènes économiques et sociaux qui ne demande pas la participation ou qui ne permet pas la maîtrise par les sujets (les usagers, les architectes etc…) mais qui suit simplement la fluctuation des marchés ou de phénomènes moins frappant. En ce qui concerne la seconde attitude de l’architecture contemporaine qu’Habermas décrit, il s’agit d’une appréciation critique de la croissance, notion économique qui sur le plan concret signifie une accumulation effrénée de production de biens et de leur consommation, au détriment de toute considération de qualité, cette notion étant strictement quantitative. C’est en ce sens que l’architecture « post-moderne » entre en opposition avec cette notion, non sans lui conférer la responsabilité des échecs du logement des années soixante ou du fonctionnalisme inadapté à la diversité des pratiques des utilisateurs et de leurs particularités.
La modernité structure les problématiques architecturales contemporaines tant sur le plan esthétique que politique, selon la façon dont elle se positionne par rapport au système. C’est là que la philosophie de Jürgen Habermas peut intervenir pour éclairer la situation avec les notions de monde-vécu et de système qu’il développe.
En se pliant à un exercice d’analyse de l’architecture à partir des concepts mis en place dans sa philosophie de l’agir, Jürgen Habermas met en évidence la dimension pratique de sa réflexion. Il nous permet aussi de comprendre dans quelle dimension théorique il nous faut envisager l’architecture environnementale.
Les architectures environnementales sont présentées par Habermas comme une des trois tendances de l’architecture post-moderne, architecture qui reprend de façon critique les schémas mis en place par le style international et la modernité en général. Donc parallèlement au « néo-historisme » , qui utilise les divers styles architecturaux pour leurs seuls effets esthétiques, et parallèlement à une « architecture scénique » qui vise à exprimer formellement les fonctions d’un bâtiment, ses liens avec le réseau d’habitat environnant et ses fonctions, se développe une architecture « alternative », ou « vitaliste » à partir de considérations écologiques et de conservation du patrimoine local (historique, technique, économique ou naturel). Elle s’identifie donc à une autre possibilité d’évolution pour l’architecture moderne, une architecture qui, à partir de traditions vernaculaires, reprend de façon critique la modernité ; c’est en ce sens qu’Habermas la nomme « l’autre tradition » . Pour ce qui est de la qualification « vitaliste » de cette tendance, elle est due à son intérêt pour le vivant dans le cadre de ses considérations écologiques mais aussi de son ancrage dans l’univers du quotidien, par le terroir et les modes de vie concrets des participants et des utilisateurs.
Alors une telle architecture se définira comme une construction qui prend en compte son environnement, à divers niveaux et sous différentes modalités (économiques et naturelles par exemple). Mais cette simple définition implique déjà deux éléments que souligne Habermas. Le premier est souvent identifié comme de « l’antimodernisme » . L’architecture environnementale semble en effet s’opposer à la modernité qui standardise les éléments du vécu et universalise les éléments du quotidien. En replongeant dans les particularismes des terroirs pour s’adapter à son site, une telle architecture est perçue comme un retour en arrière. En fait, Habermas nous permet de comprendre que cette attitude vise plutôt à simplifier, peut-être à outrance, la complexité inhérente à la modernité où chaque domaine de compétence (technique ou théorique) est autonome quand dans le monde vécu, celui du quotidien, tout est inextricablement co-présent. Cette architecture est alors « vitaliste » puisqu’elle appréhende de façon globale un tout, sans entrer dans la complexité de sa composition propre à la modernité, et essaie de l’appréhender de façon immédiate comme l’était les liens économiques et sociaux entre les individus d’un même « pays » au sens local du terme. Mais une telle ambition architecturale signifie aussi que cette tendance, pour être cohérente avec elle-même en s’appliquant sa propre règle, doit être une architecture sans architecte ! Elle évite ainsi la contradiction performative d’être conçu par un domaine autonome en opposition à l’autonomie de chaque domaine. C’est pourquoi Habermas l’a définie comme une « architecture sans architecte » , conçue et construite par les utilisateurs et les habitants du quartier ou de la commune en premier lieu, nécessairement assistés par ce groupe d’ingénieurs ou de promoteur, et pourquoi pas d’un architecte. C’est une méthode que nous pouvons retrouver dans de nombreux projets H.Q.E. en France. Il est dès lors aisé de relever toute l’ambiguïté de ce type d’architecture puisque, hors de l’intervention première des architectes, on peut se demander s’il s’agit encore d’une architecture à proprement parler. N’est-ce pas plutôt une pratique de la construction, en lieu et place d’une architecture ?
En effet, si les procédés de construction environnementale tels que H.Q.E. intègrent bien un souci éthique, dans lequel toute considération esthétique est seconde, alors il s’agira bien d’un procédé à valeur politique, et non une pratique de valeur et de culture symbolique mise en œuvre dans la conception traditionnelle de l’architecture. Or, lorsque Habermas évoque ces architectures « alternatives », peut-être même comme « alternatives » à l’architecture elle-même, il le fait en en soulignant uniquement le rôle éthique qu’elles jouent à ses yeux. Ce rôle est correctif puisqu’elles visent à résoudre ce qui, dans l’architecture moderne, posait problème, à savoir, selon Habermas : « la colonisation du monde vécu par les impératifs des systèmes d’action autonomes de l’économie et de l’administration » , ou, en d’autres termes, l’emprise des facteurs économiques et administratifs dans la prise de décision relative aux éléments constitutifs de notre quotidien immédiat et des éléments directement constitutifs de notre environnement, parmi lesquels nous pouvons placer le bâti, et donc l’architecture, l’urbanisme, l’organisation interne d’un bâtiment, ses réseaux d’énergie ou d’échange, et même jusqu’à son aspect formel et esthétique. L’architecture environnementale a donc pour fonction la récupération entière du pouvoir de décision par les acteurs eux-mêmes, afin qu’ils puissent déterminer directement dans quel type d’habitat (au sens le plus englobant possible) ils souhaitent vivre. Ceci doit corriger une auto-contradiction de la modernité. Cette dernière se voulait, par son extrême rationalité, fonctionnelle. Or, dans le monde vécu, celui des pratiques particulières du quotidien, des comportements traditionnels peuvent être motivés par une autre rationalité que celle qui a présidée à la conception du bâtiment. Nous comprenons bien que cela revient à théoriser une pluralité de rationalités et à constater par la même occasion que l’erreur de la modernité aurait été de croire que seule la rationalité téléologique était rationnelle. Cette approche théorique fait écho à l’élaboration par Habermas d’un autre modèle rationnel : la rationalité communicationnelle qu’il met en parallèle avec l’autre architecture : celle de la post-modernité dans laquelle il valorise clairement les projets environnementaux pour leur portée bien au-delà des limites de la construction.
00:37 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : architecture, philosophie, nature, environnement, écologie, art, esthétique















