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30 septembre 2007
l'imaginaire végétal : un nouvel age

Photgraphie : Olivier Martin Delange
synthèse :
La conception du modèle végétal en écologie et sa diffusion dans l’expérience esthétique à partir de l’étude du paysage provoquent un changement profond de la perception de la nature d’une part, et de l’expérience esthétique du végétal d’autre part. Le processus le plus caractéristique de ce que nous pouvons qualifier de changement de paradigme est l’objectivation de l’expérience esthétique à l’aune des connaissances scientifiques. Ce processus ne fait pas tabula rasa des traditions culturelles qui le sous-tendent et au contraire, l’imaginaire, malgré ses limites, participent également à ce nouveau modèle végétal.
L’imaginaire dans le modèle végétal écologique permet de percevoir ce que ce modèle a de particulier, non pas des représentations culturelles, non pas seulement les caractéristiques physiques perceptibles des plantes et des paysages, mais les liens et les dynamiques naturelles qui les unissent et qui structurent la nature. Ces caractéristiques ne peuvent être appréhendées autrement.
Enfin, l’imaginaire permet de relier ces éléments avec les formes classiques de l’expérience esthétique : des éléments de la relation subjective mais communicable, tels que l’Histoire ou les données biographiques. Toutefois l’intersubjectivité de ces données ne relève plus de l’explicitation mais d’un lien physique, nous pourrions dire écologique, par les plantes que nous consommons, l’air que nous respirons et l’Histoire qui influe sur la biosphère.
02:19 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nature, environnement, végétal, jardin, plante, imaginaire, art
26 septembre 2007
Les petites choses

Photographie : Olivier Martin Delange
Les petites choses, qui sont à la base du travail d’Olivier, sont aussi une incommensurable réserve d’émerveillement. Je n’avais jamais remarqué que les voraces pucerons noirs avaient la peau bleutée, et ce n’est pas une retouche informatique !
Kant n’avait-il pas raison lorsque déjà à la fin du XVIIIe siècle il assurait que la nature ne lassera jamais l’esthète parce que les expériences esthétiques qu’elle permet sont innombrables et très différentes les unes des autres ? Le philosophe oppose à cette richesse la triste limitation de l’histoire de l’art et de l’expérience esthétique promue par les artistes.
Plus encore, les petites choses, en dépit de leur aspect modeste, mais par effet de masse, représentent l’essentiel de la biosphère.
J’aime savoir que nous dépendons d’innombrables êtres invisibles qui nous peuplent comme si nous étions nous-même un écosystème : les 4 kilos de bactéries de nos intestins qui assurent la digestion, les bactéries et les acariens dermophages qui assurent la bonne santé de notre peau et même les prédateurs de ces animalcules qui en empêchent le pullulement.
Alors « l’homme mesure de toute chose » est un aphorisme définitivement désuet. La vision de la nature que construit l’écologie s’en éloigne dans la mesure où cette analyse systémique n’a pas un point de vue privilégié mais de multiples points d’entrée et niveaux hiérarchiques de considération des micro-écosystèmes à la biosphère. C’est en ce sens une leçon d’orgueil, l’homme n’est plus au centre de la nature qu’il domine et maîtrise, il n’en est qu’une composante, et oh combien perturbatrice !
20:57 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : animalcules, petites choses, écologie, environnement, nature, intestin, peau
24 septembre 2007
Les couloirs du pouvoir

Photographie : Olivier Martin Delange
J’ai eu l’occasion d’assister à un colloque au Sénat sur le développement durable aujourd’hui dans le cadre de mon emploi. J’ai été assez surpris par le hiatus entre la tonalité de ce type de manifestation et les colloques scientifiques auxquels j’ai pu si souvent assister et parfois prendre part.
Les discours étaient beaucoup plus politiques que je ne m’y attendais. Si la programmation, les intervenants et les lieux étaient égaux en prestige à ceux de la Sorbonne, l’ENS ou autres écoles dont j’ai pris l’habitude au fil des années. Les discours, eux, étaient sensiblement différents.
J’avoue que c’est un choc de constater que des questions de strictes convictions déforment parfois sensiblement la compréhension des descriptions scientifiques ! Ce n’est pas un mystère après tout, mais issu d’une formation toujours en quête de rigueur et d’exactitude je suis gêné lorsque les convictions personnelles altèrent le sens de faits scientifiques. J’avais déjà pu comprendre que le développement durable est une affaire d’individu, mais je n’avais pas réalisé à quel point.
Déjà, les problèmes globaux auxquels nous devons faire face, à savoir le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité, ont des origines extrêmement diffuses dont la maîtrise relève des individus.
Ensuite, les choix et les orientations des politiques de développement durable, que ce soit en entreprise, pour les collectivité locales ou à échelle plus importante, relèvent de décision politiques, prises en dernière instance à échelle individuelle par les responsables.
Mais en plus, chose que jusqu’ici j’avais naïvement feint de ne pas comprendre, la compréhension, que dis-je, l’interprétation des éléments scientifiques disponibles pour étayer les prises de décisions est elle aussi relative à l’individu ! Ainsi, et je ne ferai pas référence à ce que j’ai pu entendre aujourd’hui, il arrive qu’en raison de la complexité terrible des questions d’environnement qui prennent place dans des chaînes de causalités et des boucles de rétroactions difficiles à concevoir, l’écologie scientifique soit peu comprise et intégrée à une représentation qui ne relève plus de la science mais de la conviction ou de l’idéologie.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire je ne critique pas négativement cet état de fait. Pour reprendre Spinoza, il ne faut pas penser la politique à partir de l’homme tel qu’il devrait être mais tel qu’il est. Le pragmatisme nécessaire à un développement durable doit en faire de même.
Ainsi, je considère plutôt comme une opportunité l’expression individuelle dont relèvent les politiques de développement durable.
Déjà parce que les choix ne seront jamais ceux de la froide raison. On sait, depuis les tragédies du XXe siècle à quoi mène la stricte application de la rationalité, et face à l’importance des enjeux écologiques, la froide raison mènerait au pire des totalitarismes.
Ensuite, les femmes et les hommes qui s’engagent dans l’action ou les professions correspondantes ne le font jamais par simple opportunisme, c’est impossible du fait même de la dimension éthique de ces activités. Bien sûr cela n’empêche nullement le carriérisme, parfois nécessaire à l’émulation pour le meilleur ; ou le pragmatisme et les arbitrages difficiles, concessions à l’économie ou à des revendications particulières. Mais ces aléas sont le chemin vers l’équilibre. Enfin il y a les excès de conviction, dont les précipitations entraînent parfois à de malheureuses erreurs de jugement.
Définitivement humaine, les actions de développement durable ont donc les possibles travers de leur qualité ! Mais relevant d’un dynamisme individuel, et non d’un simple système malgré la forte inertie que les actions cherchent à mouvoir, les acteurs du développement durable peuvent être influencés ou conseillés dans le bon sens.
La démarche est chaotique, complexe, multiples, mais selon le principe du sens de l’histoire pour les sciences humaines ou de l’homéostasie pour l’écologie, on peut s’avancer un peu sur la prospective et estimer que le combat avancera dans le bon sens, même si l’animation des débats montrent de fortes dissensions dans les rangs !
Ma seule inquiétude est alors le facteur temps… le temps joue contre nous… Chronos nous prendra t il de cours ?
19:36 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, développement durable, nature, politique, sénat, environnement, science
22 septembre 2007
Fin de saison

photographie : Olivier Martin Delange
Il ne reste guère plus que quelques ipomées tardives et mes folles amarantes pour égayer les fenêtres. Je crains que la capucine qui a fleuri ce matin soit la dernière de l’année. C’est toujours avec un pincement au cœur que nous rentrons les pots et les balconnières, subitement bien légères.
Resteront dehors quelques buissons et l’Echium Pinana. Ce sera sa troisième saison et je fonde beaucoup d’espoir sur sa titanesque floraison. Cadeau issu du jardin exotique de Roscoff, c’est une vipérine des Açores, plantes qui m’ont beaucoup impressionné l’été 2006. Elle devrait égayer Paris au printemps.
Pour l’heure, la torpeur gagne progressivement la végétation. C’est comme si je pouvais sentir l’hiver en approche. Les feuilles d’un rouge éclatant se pâment jusqu’au sol en un ultime flamboiement. Le vent se lève, un vent du Nord, et le froid s’exhale du sol comme un esprit infernal que le soleil faisait fuir et qui étend son royaume dès que la nuit s’effondre sur la ville, plus tôt chaque soir.
C’est aussi la période de nos récoltes, graines en tout genre de nos plantes annuelles que nous conserverons au sec jusqu’au printemps.
Même les poissons semblent sentir le changement de saison depuis leur aquarium à température constante. Les guppies et les platys ne font plus des alevins à la même fréquence que durant l’été, ce qui donne un peu de répit à cette activité d’ « élevage ».
Ces quelques mois de repos seront propices à l’imagination. Le temps de se documenter et de concevoir le jardin de mes grands parents pour la saison prochaine ! Ce sera la troisième année que je me charge d’introduire et de sélectionner les plantes qui peupleront le jardin familial. Cette année mes choix ne furent pas les mieux avisés, avec le temps pluvieux la plupart des plantes n’ont pas été prolifiques, mais qui sait, de belles surprises se préparent peut être pour le printemps…
L’hiver sera le temps de l’espoir.
21:10 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jardin, jardinage, poissons, environnement, paris, nature
16 septembre 2007
aux sources des images scientifiques

photo : Olivier Martin Delange
Les premières tentatives de représentation imagée de la nature peuvent être datées de l’époque médiévale. Il est remarquable que très peu d’espèces animales et végétales aient été nommées et identifiées avant les tentatives totalisantes des naturalistes du XIXe siècle, hormis celles auxquelles on attribuait des spécificités curatives, vivrières ou symboliques. Mais à partir du XVe siècle, on peut rencontrer les premiers essais de représentation de ce que l'on nommera « biodiversité » à la fin du XXe siècle. Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est sur des tapisseries que la diversité végétale est d’abord déployée. Il s’agit alors d’une pratique apologétique. En effet, la diversité des essences végétales atteste de l’immensité de la Création, ce qui est tout à la gloire de Dieu. Mais déjà, l’effort d’observation est remarquable. Celui-ci est motivé par la théologie (la glorification de l’Oeuvre Divine) et exprimé selon ses critères (la stricte observation de la nature sans aucune déformation, qui relèverait du mensonge ou du sacrilège). Ces œuvres nous semblent aujourd’hui relever d’une volonté esthétique, mais pour l’artisan elles étaient plutôt vécues comme un exercice de patience et une ascèse religieuse. Pensons ici à la période glorieuse des tapisseries des Flandres, des œuvres murales immenses, soignées et tissées savamment. Les plus connues d’entres-elles, la série des six tapisseries de la Dame à la licorne conservées au musée national du Moyen Age, sont un très bon exemple de figuration des êtres naturels. Malgré des techniques de représentation qui n’incluent pas encore la perfection mimétique de la théorie de la perspective, il est tout à fait surprenant de reconnaître toutes les plantes qui ornent ces œuvres. L’ingénieur du CNRS rattaché à la Bibliothèque Nationale de France qui s’est chargé de ce travail fastidieux, Marie-Thérèse Gousset, a identifié treize arbustes et cinquante-neuf plantes et fleurs sur les tapisseries en question . Le houx est tout particulièrement évident. Ces espèces ne sont pas nécessairement « connues » au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Elles sont simplement observées, puis en quelque sorte « recopiées » par le concepteur des tapisseries. En concordance avec une ascèse religieuse (ces tapisseries symbolisent les cinq sens et le renoncement aux plaisirs), ces œuvres introduisent à la tentative de recensement du vivant, dont la diversité flamboyante fait partie intégrante des « plaisirs ».

La Dame à la Licorne, tenture symbolisant la vue, Musée National du Moyen Age, Cluny, Paris, photo insecula.com.
À la même période que La Dame à la Licorne ces observations prennent la forme d’exposés argumentés, qui ont pour but de caractériser des espèces vivantes (ou mythologiques). En cette fin de XVe siècle, les bestiaires, qui mélangent encore les animaux fantastiques et les êtres réellement observables, se multiplient en Europe. Ainsi, le Buch der Natur est le premier livre scientifique imprimé comportant des représentations d’animaux. Adaptation allemande de l’encyclopédie de Thomas de Cantimpré (1186-1263), le Buch der Natur introduit ce texte dans la tradition germanique d’histoire naturelle qui aboutira à la publication du fameux Hortus Sanitatis de 1491. On trouve dans ces livres un style d’illustration assez sommaire, parfois même stylisé, mais ces œuvres, et celles qu’elles ont influencées, conduiront en droite ligne aux grandes entreprises de Buffon (1707-1788), Lamarck (1744-1829), et John Gould (1804-1881) par exemple. La tradition de l’illustration est ainsi amorcée. Déjà dans ces livres du haut Moyen-âge, nous pouvons remarquer la différence entre une représentation esthétique, aussi mimétique soit-elle, comme dans la Dame à la Licorne, et une démarche qui se veut cognitive, où les dessins sont réduits à leur plus simples aspects descriptifs, tout juste suffisants pour rassembler les éléments de la description sur un support visuel. Remarquons que dans les deux cas médiévaux de représentation d’objets naturels ici évoqués pour comprendre la fonction de l’illustration dans l’histoire des sciences qui en feront usage, les êtres vivants figurés sont des objets isolés de tout environnement. Ces images sont encore loin d’une utilisation scientifique, toutefois, elles ont le mérite de permettre l’identification, et même la spécification pour l’œil averti, des êtres vivants représentés. Ainsi nous pouvons les situer aux origines de la méthode de représentation des espèces vivantes. Les spectateurs ont acquis l’habitude de ces procédés esthétiques. Le langage formel qui se met ainsi en place sera réemployé dans les exposés scientifiques.
00:30 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : université d'été, WWF, science, conférence, philosophie, Fel, jardin
14 septembre 2007
point de vue...
Je me suis moi aussi laissé avoir par cette publicité excellente ! Parce que les problématiques environnementales exigent de nous que nous pensions différemment, elle est effectivement bien adaptée à son sujet !
Qui a devinez avant la fin ?
merci à Citizen Cat pour cette trouvaille !
20:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12 septembre 2007
invitation au voyage : le Huelgoat

Dans le parc régional d'Armorique, en Bretagne, le site du Huelgoat est exemplaire. Haut lieu touristique, il est arpenté chaque été par des milliers de visiteurs attirés par la beauté originale de cette forêt.
D’abord le Huelgoat est un site naturel remarquable d'un point de vue géologique en raison de ses « chaos ». C'est ainsi que l’on nomme l'ensemble des énormes blocs granitiques érodés, amoncelés et arrondis, de diverses couleurs du gris au rose, et qui encombrent l'étroite vallée d'une petite rivière torrentielle : le Fao, affluent de l'Aulne. La constitution de ce site surprenant est due à des roches éruptives solidifiées en profondeur, puis mises à jour et sculptées par une lente érosion . La légende propose une tout autre origine : une vengeance de Gargantua, qui, dans l'imagerie populaire, jette les pierres en question sur la ville de Huelgoat . Le trait mystérieux du site est encore plus profond puisqu'il se rapporte aussi aux légendes arthuriennes. Les chaos prennent place dans une forêt de 1000 hectares, vestige occidental de la fameuse forêt de Brocéliande, pendant du site de Paimpont, encore plus touristique, partie orientale de la forêt primaire bretonne. Par cette ancienneté, le Huelgoat ne manque pas non plus d'intérêts botaniques et écologiques malgré de profondes altérations qui en font une forêt secondaire au même titre que toutes les forêts françaises.

Olivier Martin Delange, Les chaos du Huelgoat, 2004.
Cette vallée des Monts d'Arrée présente aussi une occupation humaine continue et très ancienne. De nombreux mégalithes sont éparpillés sur son domaine qui comprend tous les grands types de monuments préhistoriques avec des menhirs, des dolmens et des tumulus, là encore propices à la légende puisque nous ne connaissons pas toujours l'utilité originelle de ces réalisations préceltiques. Cette occupation se poursuit avec un oppidum de la tribu gauloise des Ossismes, réutilisé par les envahisseurs romains, puis flanqué d'une motte féodale au XIe siècle qui en fait une place forte utilisée jusqu'au rattachement du duché de Bretagne à la France en 1532. La ville se développe alors autour de l'utilisation de ses ressources naturelles : une mine de plomb argentifère (jusqu'en 1934), le granit des chaos pour la construction et l'art funéraire, ou encore la forêt elle-même, pour les fours de la mine, la construction navale à Brest et la fabrication de sabots. L'effet conjugué de ces industries mène la population à prendre conscience de l'usure de ses ressources naturelles à la fin du XIXe siècle.
Dès lors, l'histoire du Huelgoat change radicalement et prend la forme d'une valorisation progressive de son patrimoine naturel. Ces années correspondent aux passages des premiers artistes qui feront connaître le site. Fatigué de Pont-Aven, dont Gauguin vient de partir, son ami Paul Sérusier (1864-1927) s'installe chaque été au Huelgoat de 1891 à 1894 . Il a trouvé dans cette forêt une nature sauvage presque vierge conforme à son imagination . Cette tradition picturale se perpétuera avec d'autres artistes tels que Maurice Denis (1870-1943), Rocher Georges (1927-1984), et surtout Paul Marzin qui y peint depuis 60 ans . Simultanément, des œuvres littéraires prennent pour sujet les mêmes monuments naturels comme le fit Charles Le Goffic (1863-1932) dans Croc d'argent, en 1922, où il fit le roman d'Huelgoat et de sa forêt , celle-là même qui vit mourir Victor Segalen (1878-1919), qui y repose, écrivain lui aussi inspiré par cette Bretagne pittoresque .
Progressivement, le paysage naturel du Huelgoat apparaît comme une ressource pour les habitants qui favorisent le développement du tourisme dès la venue de Paul Sérusier et de notables anglais à la même période. Sur la base de ce succès touristique, un mouvement populaire aboutira à la cessation des activités des carriers dans les chaos eux-mêmes dès 1895 grâce aux interventions de la municipalité, du Conseil Général et de la Société Archéologique du Finistère. La protection s'accroît en 1903 avec le rachat d'une partie importante de la forêt par la municipalité. C'est l'année de la première loi sur la protection du patrimoine naturel, essentiellement orientée vers le souci de sites à forte valeur esthétique . Parallèlement à la législation en faveur du patrimoine naturel, le site du Huelgoat voit sa protection renforcée par la constitution d'un grand domaine de l'Office National des Forêts, et enfin, la création du parc naturel régional d'Armorique qui protège le site depuis 1969. C'est d'ailleurs le second parc naturel régional institué en France.
Cette vocation de mise en valeur des éléments naturels s'est complétée par un important jardin qui regroupe l'arboretum du Poerop et le jardin de l'Argoat, ancien jardin de l'hôpital, entretenu aussi bien pour son effet psychologique que pour la culture de plantes médicinales. Le parc qui en résulte se donne aujourd'hui pour vocation la conservation d'essences rares du monde entier. Il regroupe plus de 3500 espèces d'arbres et d'arbustes depuis 1993.
00:15 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Bretagne, Huelgoat, nature, environnement, site naturel, forêt, chaos
05 septembre 2007
circulation d'idées

photographie : Olivier Martin Delange
Rôle important dans l’animation du débat contemporain : les idées doivent circuler d’un espace linguistique à l’autre. Un auteur pour lequel j’ai beaucoup d’estime, Malcolm Budd, n’est pas traduit en français. Pour vous donner envie de découvrir le travail de ce philosophe qui a réalisé une bonne synthèse du débat anglo-saxon sur l’esthétique de la nature voici quelques idées qu’il rapporte :
Malgré l’artificialisation de nos environnements, la nature, que le philosophe Malcolm Budd définit comme l’ensemble des dynamiques et des phénomènes spontanés, comme la déprise agricole, est « la nature » et il en fait l’objet même de sa théorie esthétique.
Ainsi, la seule observation, même éclairée des connaissances écologiques, ne saurait suffire à percevoir la nature.
Pour cela, un effort d’imagination est nécessaire, un effort de reconstitution imaginaire des processus biologiques qui sont à l’origine de l’objet perçu.
Ceux-ci peuvent aussi croiser des déterminismes exogènes comme l’Histoire, des facteurs culturels mais aussi individuels, porte ouverte à l’émotion.
“In either case, the fact that an observer will perceive only a small time-slice of an ecosystem, and even then only a small part of what is contained within that time-slice, presents a problem for the appreciation of the aesthetic value of that ecosystem, a problem that cannot be avoided by emphasis on the transformation of perception by knowledge, the ecologically informed observer perceiving events and states within an ecosystem as stages in circular movements of energy through different forms of life. For, in addition to the difficulty presented to an observer of encompassing the totality of an ecosystem in its spatial extent, the temporal duration of an ecosystem is likely to exceed, often greatly so, the time one might give to observing it, precluding the realistic possibility of one’s appreciating that value, no matter how much one’s perception of things or events in it might be informed by relevant ecological knowledge or how vividly one might imaginatively realize the biological processes that underlie and are responsible for the visual or other appearance of the system.”
« Dans tous les cas, le fait qu'un observateur percevra seulement une courte tranche-de-temps d'un écosystème, et même seulement une petite partie de ce que contient cette période, pose un problème pour l'appréciation de la valeur esthétique de cet écosystème, un problème qui ne peut pas être évité en mettant l’accent sur la transformation de la perception par la connaissance, étant donné que l'observateur écologiquement informé perçoit les événements et les états au sein d’un écosystème comme des étapes dans les mouvements circulaires de l'énergie au travers de différentes formes de vie. En effet, en plus de la difficulté à laquelle doit faire face un observateur pour englober la totalité d'un écosystème dans son ampleur spatiale, la durée temporelle d'un écosystème est susceptible d'excéder, souvent considérablement, le temps qu’il pourrait passer à l'observer, excluant ainsi la possibilité réaliste d’une appréciation de cette valeur, peu importe à quel point la perception des objets ou des événements pourrait être informée par des connaissances écologiques appropriées ou comment on pourrait réaliser imaginairement les processus biologiques qui sont à la base et sont responsables du visuel ou de tout autre aspect du système. »
Malcolm Budd, the aesthetic appreciation of nature, Oxford University Press, New York, 2002, p.105
23:25 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, nature, environnement, traduction, Malcolm Budd, esthétique
03 septembre 2007
Intervention à l’université d’été du WWF

photographie : Olivier Martin Delange
La thèse à peine terminée, j’ai le plaisir de pouvoir intervenir dans le cadre de l’université d’été du WWF le jeudi 13 septembre prochain.
Mon allocution portera sur « éco-design ou éco-conception ? Une éthique pour esthétique ».
Je remarque aussi avec une certaine fierté que dans la liste des intervenants les philosophes sont fortement représentés !
Ce n’est pas un simple hasard, mais parce que face à la nouveauté et l’importance des enjeux environnementaux, la philosophie est une discipline capable de concevoir des modèles de pensée et des concepts nouveaux, adaptés aux problématiques émergentes avec le recul nécessaire.
cliquez pour visualiser le programme :

23:52 Publié dans l'almanach | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : université, WWF, nature, philosophie, environnement, écologie, développement durable
02 septembre 2007
animalcules oubliés

Photographie : Olivier Martin Delange
L’une des méthodes mise en avant pour la protection de la biodiversité, et nous avons déjà eu l’occasion d’en parler ici, c’est celle des « espèces parapluies ». Du point de vue écologique, une espèce est dite « espèce parapluie » lorsque de celle-ci dépend un ensemble important d’organismes de telle sorte que protéger cette espèce revient à protéger l’ensemble de sont biotope. Ainsi la protection des charmants pandas assure celle de la forêt de bambou et de tous ses habitants, la protection d’un chêne millénaire concerne des myriades d’insectes, de lichens, mousses et champignons. Bien sûr je ne conteste pas cette méthode, qui facilite la sensibilisation du public avec des animaux attendrissants, du bébé phoque au pataud panda géant en passant par les titanesques baleines à fanons. Toutes ces espèces, généralement des mammifères, font échos à nos propres expressions et c’est avec un point de vue très anthropocentrique que nous y sommes sensibles. Nous pensons qu’il s’agit là d’une méthode insuffisante.
Qui se soucis de cette blafarde araignée pourtant si étrange ? Qui se soucis de la multitude d’êtres microscopiques qui constituent la richesse et la biodiversité de l’édafaune, c'est-à-dire les êtres vivants dans le sol, qui le font vivre, permettent aux plantes de pousser et donc à l’ensemble de la biosphère de continuer à exister ?
Et pourtant, nos méthodes agricoles, la diversité des essences agronomiques cultivées, les phytosanitaires répandus, le lessivage des sols, l’introduction d’espèces exogènes et les OGM sont autant de cause de changements majeurs de cette faune oubliée et là, nulle espèce parapluie ne suffit à les faire entrer sous le coup de mouvement populaire pour la protection de la nature.
Mettre en exergue cette multitude d’animalcules, comme avec la macrophotographie, permettra peut-être de sensibiliser tout un chacun aux êtres qui peuplent notre nature discrète et quotidienne, relique de nos forêts tempérées par exemple, et que nous négligeons tant !
18:19 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, environnement, naturel, animaux, jardin, protection, animalcules















