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26 août 2007

Fluctuatio animi II

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Photographie : Olivier Martin Delange

Je n’ai de cesse de m’extasier devant la propension de la vie à s’insinuer partout, même dans les coins les plus inattendus. Au bureau j’observe les mousses, au vert profond, presque lumineux, qui courent entre les dalles de la terrasse au sixième étage. Plantes pionnières, elles érodent la roche mère et constituent un petit substrat avant que les successions végétales, avec des plantes de plus en plus grandes et un substrat lentement constitué au prix de générations d’efforts ne permette enfin à l’écosystème climacique de nos régions de s’installer : la forêt mixte. Mais pour cela, il faudrait laisser faire les générations spontanées durant pas moins de 500 ans…
A plus petite échelle, mes expériences d’aquariophile me permettent de vérifier ce que nous savons des écosystèmes, et observer les phénomènes se développer dans ma propre chambre est assez fascinant ! Ainsi, je vois que la vie prend des chemins inattendus. Par exemple, je désespérais de réussir à faire se reproduire mes Aphyosémions, et après de multiples tentatives, j’ai finalement décidé de leur aménager un bac spécifique estimant que la présence des autres espèces interférait d’une manière ou d’une autre. Contre toute attente, quelques jours après cette isolation, j’ai eu le bonheur de voir apparaître 6 alevins Aphyosémions, mais pas dans le bac spécifique… dans le bac communautaire ! Les œufs ont éclos et cette fois les petits ont du survivre parce que les parents n’étaient pas là pour les dévorer !
Autre lignée épatante : mes guppys. Depuis près de deux ans et 6 générations plus loin. Je luttais contre le manque de diversité génétique. Les variétés d’élevage sont tellement « pures » que les alevins devenaient immanquablement exactement comme leur parent du même sexe à une ou deux variables près. J’avais envie de surprise, de nouveauté. J’ai introduit une ligné d’origine sauvage dans le groupe, persuadé que les variétés d’origine présentent une plus grande diversité génétique individuelle. Ça n’a pas loupé ! Bien sûr, les petits ressemblent un peu à leur parent du même sexe, mais dans une même fratrie, les couleurs, leur disposition, la forme des nageoires et leur taille sont très divers ! J’en suis à la troisième génération de ce mélange, et les femelles m’ont donné une portée de 60 alevins toutes les semaines depuis deux mois ! Alors d’ailleurs si quelqu’un recherche des jeunes poissons… mailez moi !
Parce que s’il est une loi écologique que je constate, c’est bien celle de Malthus selon laquelle une population sans limitation de l’environnement s’accroît de façon exponentielle. C’est le cas de mes guppys déjà, bien sûr, mais pire encore, et les aquariophiles le savent bien : les escargots !
Au début il y en a un. Juste un. Mignon, petit, qui se déplace lentement et broute les algues indésirables. Mais un jour, ils sont 5 ou 6, le premier devenu plus grand, et les autres tout petits. Et maintenant ils sont 50 ! Le premier est toujours là, avec une longue coquille effilée de 5 cm. Un joli coquillage torsadé brun clair avec un liseré plus sombre, ils nettoient bien l’aquarium ces gastéropodes, mais ils sont invasifs maintenant ! Cette loi de la prolifération fonctionne aussi sur la population humaine…
Pour conclure sur ces quelques illustrations de la fluctuation incessante de la vie, je citerai un de mes poèmes préférés dont le premier quatrain porte sur les œuvres de Rubens, à la fois follement baroques, suaves et à la limite de l’obscène :

Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ;

Charles Baudelaire, "les Phares", in les Fleurs du mal, 1857

25 août 2007

Gaïa



Bande Annonce de Un jour sur Terre, si cela ne fonctionne pas, vous pouvez la visionner ICI

Hier soir, cinéma, bande annonce. Quelques secondes auront suffi à me dévaster du sentiment du sublime, pour faire ici encore référence à Kant.
Je ne sais pas ce que donnera le film mais la bande annonce a réussi à me convaincre, et surtout, elle me procure le plaisir de confirmer mes intuitions sur le rapport esthétique à la nature.
L'incommensurable, même dans le microcosme (tient, j'avais oublie ce film là aussi), et son altérité radicale ne peuvent être comparés aux misérables productions humaines qui ressemblent de plus en plus à des tâches de salissures au beau milieu d'un canevas complexe et qui touche à l'absolu. Comprendre la trame de ce tissu patiemment tissé par l'histoire qu'est la biosphère, pour peu que cela nous permette d'y insérer convenablement nos activités, restituerait sa pureté à l'ensemble.
On pourrait filer la métaphore esthétique, et je me sentirais telle Arachné défiant Athéna. Mais dans ce tricot où les Parques sont en bout de fil, éthique, esthétique et science sont inextricablement liées comme trois brins du même fil ténu.

19 août 2007

La structure du débat de l’éthique environnementale

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Photographie : Olivier Martin Delange

Nous ne devons pas sous-estimer la gravité de ce qu’il convient de nommer la crise écologique. Elle concerne tout simplement la survie de l’espèce humaine qui altère son environnement au point de le rendre hostile à ses besoins. Posons l’état des faits. C’est un astrophysicien, Hubert Reeves, chantre de la vulgarisation scientifique, qui résume le problème comme suit : nous vivons la sixième extinction. En effet, la géologie nous montre que la Terre a déjà connu cinq fois une extinction massive des espèces vivantes et un changement radical des écosystèmes. La dernière extinction de ce type, qui a détruit environ cinquante pour cent des espèces, est celle qui a eu raison des dinosaures il y a 65 millions d’années. D’ici 2025, 30 pour cent des espèces auront disparus, et le rythme s’accélère. L’enjeu est donc la survie de l’espèce humaine, liée à un écosystème particulier. Mais il serait faux de croire que cette extinction massive remet en cause la vie sur Terre ; comme les cinq fois précédentes, elle ne concerne que l’espèce dominante et toutes celles qui dépendent des mêmes conditions environnementales.
C’est face à un tel bilan que les réponses techniques sont pressantes. Mais elles ne suffisent pas, et ce qu’il convient de reconsidérer, c’est l’ensemble de notre relation au monde physique. Le débat éthique relatif à l’écologie est extrêmement riche et surtout très complexe, autant du point de vue juridique, que du fait de la masse de connaissances scientifiques sollicitées. Nous n’entrerons pas dans le détail des variations de positions possibles pour la défense de l’environnement face à la menace que nous représentons pour la Terre comme pour nous-même. Nous allons toutefois expliquer le fonctionnement de ces éthiques tout d’abord en résumant comment et par qui elles sont énoncées. Ensuite, nous analyserons leurs préceptes qui sont relatifs à la place de l’homme dans la nature qu’ils présupposent : ils peuvent tout d’abord l’inclure dans un ordre naturel, ou bien l’en extirper et lui assigner une place de gestionnaire.

Le discours des écologistes concerne tous les domaines de connaissance et implique bien souvent les spécialistes qui sortent ainsi du seul cadre de la recherche scientifique pour s’aventurer dans un débat public d’ordre éthique.
François Dagognet séparait ces deux fonctions de l’écologie, l’aspect scientifique de l’aspect éthique, mais il nous semble que les implications des recherches scientifiques en la matière sont trop importantes et globales pour que la science écologique s’exclue de la réflexion éthique. Nous avons suivi la distinction entre l’écologue et l’écologiste de façon heuristique, pour distinguer deux natures de discours effectivement différentes, distinction d’autant plus nécessaire que la recherche scientifique a besoin de cette autonomie afin de conserver son autorité intellectuelle et pouvoir prétendre au Vrai. Toutefois, il faut bien remarquer que les recherches en écologie mettent en évidence une situation alarmante, face à laquelle le scientifique, le plus à même de comprendre cette situation et le mieux placer pour attirer l’attention, ne reste pas indifférent. Ainsi, le scientifique et l’écologiste se retrouvent dans la même personne. Hubert Reeves par exemple, est engagé dans le mouvement écologiste comme président de la ligue pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs. Ce rapprochement des deux discours s’explique également par la complexité et la nécessité d’un minimum de connaissance en écologie pour pouvoir prétendre fonder une éthique environnementale.
Ainsi, la séparation weberienne entre les rôles du savant et du politique n’est pas tenable en écologie et nous devrions bien plutôt nous référer à l’exemple de l’engagement proposé par un sociologue tel que Pierre Bourdieu. Il apparaît donc, et la description historique que nous avons présenté de l’intérêt porté à la nature le montre bien, que la science est elle aussi impliquée dans une histoire et que ses recherches et connaissances sont favorisées par des éléments qui lui sont étrangers comme l’esthétique ou le débat éthique. Ces trois discours participent d’un même enjeu : la compréhension et la défense face à la crise écologique. Dans cette optique de crise enfin, le spécialiste est même invité à animer le débat avec l’autorité que lui confère sa position d’expert. Par exemple, c’est la forme choisi pour la tenu des débats du Grenelle de l’Environnement en France en 2007, qui rassemble scientifiques, politiques, entreprises et militants.
Ainsi, l’écologie se présente plutôt comme une prospection qui s’applique aussi bien à la recherche scientifique, qu’à l’éthique ou l’esthétique pour reprendre une tripartition kantienne. En couvrant ainsi tous les champs de réflexion nous pouvons considérer que l’écologie construit progressivement une Weltanschauung. La recherche en question se caractérise par deux points essentiels. Le premier relève de la méthode d’appréhension du monde, quelle que soit la nature du discours. Cette méthode consiste à toujours envisager son objet en lien avec l’ensemble qui en permet l’existence. Ainsi, il s’agit de s’interroger sur les relations d’un objet avec d’autres plutôt que sur l’objet lui-même. Une telle appréhension ne correspond pas au modèle d’abstraction traditionnel qui consiste au contraire à isoler l’objet d’étude pour en définir une idée générale. La seconde particularité mise en avant par le système écologique consiste à dé-anthropocentrer nos théories. Nous ne prenons plus l’homme pour la mesure de toute chose et le jugement esthétique n’est pas exclusivement réservé à nos productions, l’étude de nos activités n’est pas réduite aux conséquences sur notre seule espèce et la sensibilité morale ne prend pas les seules relations humaines pour objet. Le point de vue que l’écologie vise à atteindre n’est pas strictement humain, mais recherche une objectivité plus grande encore.
La difficulté de l’écologie réside bien dans sa dimension globale. Il s’agit d’une science globale, qui porte sur des ensembles et non des éléments considérés isolément. De plus, la crise que cette science met en évidence a des implications sur tous les secteurs d’activités et de réflexion. En ce sens aussi, nous ne pouvons pas considérer strictement séparément les divers types de discours suscités par l’écologie, qui tous impliquent de repenser la relation de l’homme au monde physique.

Pour ce faire, deux grandes positions sont envisagées. Dans un premier cas de figure, il s’agit de considérer que l’homme est un animal comme les autres, auquel cas nous devons définir sa place, en déduire son rôle et enfin en tirer les conséquences pour une écologie éthique.
Dans cette optique nous considérons l’homme en tant qu’être biologique inextricablement lié à son environnement. Dans cette perspective globalisante, les écologues peuvent parler du vaisseau spatial Terre puisqu’il s’agit en fait d’un ensemble uni et clos dans l’univers, dans lequel l’homme est confiné. L’écologie prend bien pour objet notre maisonnée, l’oikos, qui étymologiquement se rapporte à tous les êtres unis dans une maison (et non à la maison elle-même). A partir de cette considération naturaliste, l’homme ne se distingue pas des autres animaux. C’est effectivement le cas dans la mesure où les spécificités humaines le sont au même titre que chaque espèce a ses spécificités qui la distingue des autres, mais que par ailleurs, elle a les traits communs à la vie, à son règne, à son genre et enfin à sa famille. Pour reprendre la taxinomie zoologique, l’homme est effectivement inclus dans ce classement sous le règne animal, dans le genre vertébré, l’ordre des mammifères et la famille des primates.
En ce cas, l’homme ne sort pas de la nature et doit donc se conformer à ses règles comme le note Pascal Acot dans sa thèse en résumant cette position naturaliste ainsi : « l’idéologie des écologistes se caractérisera par un véritable retour au sacré, dans la nostalgie d’une alliance mythique dont nous avons vu que les origines remontent à la Renaissance, et qu’autorise une quasi identification de l’ordre biologique à l’ordre social. » Dès lors que l’on met en avant la dimension biologique de l’homme, sa condition implique une organisation civile qui applique les règles identifiées dans la nature. L’avantage de cette position est de récuser tout anthropocentrisme et de prendre en considération les autres espèces comme des alter ego inclus dans un même ensemble. En ce cas, il semble aisé de fonder une éthique de défense de l’environnement et de la diversité biologique.
Pourtant, cette position est intenable pour deux raisons. La première tient au retour technologique qu’une application stricte de ce principe exigerait. « Ce qui est contestable, c’est d’imaginer, comme la mode s’en répand, que la correction du désordre consiste à retrouver un ordre antérieur malheureusement aboli, qu’on croit « plus naturel » ou « plus humain », de la relation de l’homme à la nature. Toute solution, de simple retour ou de paisible régression relève non pas de l’utopie, en la matière indispensable, mais du mythe, en la matière, fallacieux. » En effet, comment accepter une régression de nos moyens techniques d’amélioration des conditions de vie et surtout de notre médecine, toutes deux parfaitement anti-naturelles puisqu’elles permettent la survie de nombre d’entre nous qui sans cela auraient péris dans le système de la sélection naturelle. Dans un ordre naturel ce serait inadmissible puisque ce comportement permet la prolifération de tares génétiques autrefois peu répandues en raison des handicaps qu’elles impliquent et que notre technique nous permet de dépasser, comme une opération aussi simple et répandue que l’appendicectomie, sans laquelle une part non négligeable de l’humanité ne serait pas là, les bénéficiaires de l’opération et leur descendance.
Ensuite, la défense d’une telle position produirait l’effet inverse de celui escompté comme le remarque aussi Pascal Acot . Au lieu de légitimer la défense de l’environnement c’est bien plutôt le massacre qui se verrait justifié. En effet, si l’homme est un animal comme les autres, inclus dans le même ensemble, en ce cas il participe à la lutte de toutes les espèces contre toutes pour la survie, lutte à l’origine de l’évolution et de la sélection des espèces. Alors nous pourrions légitimement détruire les espaces et les espèces dont nous n’avons cure et si par malheur cette destruction va trop loin et nous inclue dans la disparition, c’est encore une fois un processus bien naturel contre lequel nous ne devons pas aller si telle est la loi de la nature !
Alors, fonder une éthique environnementale qui s’appuie seulement sur l’inclusion de l’homme dans un ordre naturel est absurde.

La seconde voie part de l’idée que l’homme est sorti de l’ordre naturel mais que cette position le rend responsable de ce dernier.
Une telle idée n’est pas sans rappeler la Genèse et la confortable position de l’homme qu’en a conclu l’Occident en développant une technique et une emprise aujourd’hui globale sur la nature, son jardin, sa possession. Dans une telle optique, il est pourtant possible de protéger, d’une part la société humaine comme un ordre différent de la nature et donc exempte de ses règles et, d’autre part, une nature dont nous usons mais qu’il nous faut gérer comme une ressource limitée. En d’autres termes, nous pouvons persévérer sur la voie de l’amélioration de nos conditions de vie, malgré leur coût écologique, tribu payé jusqu’ici essentiellement par les autres espèces.
Dans cette optique, il nous est aisé de concevoir la défense de l’environnement : il s’agira, pour une simple question de survie, de protéger toutes les conditions nécessaires à notre société, et elles sont nombreuses. Ce sera en premier lieu le climat et les ressources énergétiques, l’eau et tout ce dont nous nous servons pour notre nourriture, notre médecine et même notre confort. Toutefois, si nous ne sommes alors que les gestionnaires d’un espace entièrement dévolue à notre bon vouloir, alors il n’y a aucune raison pour que l’on conserve une diversité biologique sauvage et des écosystèmes en l’état. En effet, si seulement des raisons de recherches médicinales ou de conservation précautionneuse des espèces et des essences sont légitimées, cela peut prendre la forme de musée et de zoos, comme c’est déjà le cas. D’ailleurs, certaines espèces d’aras ou même de plantes n’existent plus que dans ces lieux comme témoignage d’une nature passée. La diversité n’est pas nécessaire à notre survie ni à nos sociétés, même si elle est plus judicieuse. Et que dire sous ce jour des espèces nuisibles, des parasites et des maladies humaines ! Après tout, les virus et bactéries constituent aussi de nombreuses espèces que nous éradiquons. Evidemment personne n’en contestera la nécessité, mais cela démontre bien qu’en se posant en gestionnaire responsable de la nature, elle n’est pas intégralement sauvée pour autant. Cette question s’est posée par exemple au sujet du virus de la variole, officiellement éradiqué de la planète depuis un dernier cas spontanée en 1977. Deux laboratoires, l’un russe, l’autre états-uniens, en conserve des souches. Les détruire reviendrait à détruire l’espèce, qui a pourtant causé des millions de morts humaines au cours de l’histoire. Il a été décidé de les conserver, et pas simplement sur la base d’arguments de prudence de santé publique en cas de réapparition du virus, des arguments d’éthique envers la biodiversité ont été avancés.
Mais cette position de gestionnaire, certes avantageuse, ne suffit pas à motiver la protection de l’ensemble de la biodiversité et implique une vaste connaissance du monde physique afin de le maîtriser au mieux en commettant le moins d’erreurs possibles. Ce niveau de connaissances et ces moyens techniques n’existent pas, comme le montre les tentatives actuelles de compréhension du changement climatique et de limitation des émissions de CO2 ou de capture du CO2.

Evidemment, la plupart des pensées écologistes comportent des éléments des deux positions en raison de l’aspect duel de l’homme : « l’homme biologique, objet de l’écologie humaine stricto sensu, échappe en partie, parce qu’il est également homme social, aux déterminations des facteurs de l’environnement. Inversement, l’homme social, parce qu’il appartient à une espèce biologique, échappe à toute analyse purement culturelle » . Mais aussi parce que si l’un permet de fonder une éthique environnementale pour des raisons téléonomiques (nos conditions de survie) la seconde, si elle n’est pas poussée jusqu’à son niveau absurde, permet de poser l’idée que la nature préexistante a autant de valeur que nous en tant qu’être biologique avec une argumentation axiologique.
Mais l’argumentation est délicate et ne peut soutenir la dualité que nous avons remarquée qu’au prix de difficiles efforts rhétoriques. L’un d’eux consiste à réfuter la valeur opératoire de la notion de nature, et de soutenir, voire de souhaiter, la mort de la nature. C’est bien l’effet escompté par les Considérations sur l’idée de nature de François Dagognet qui visent à montrer que la notion de nature ne peut que mener à un naturalisme stupide, c’est à dire la position qui mène à l’absurde que nous avons analysée. Afin de sortir de cette impasse François Dagognet préconise l’abandon pur et simple de la nature au profit de la conception d’une solution écologique strictement industrielle et optimiste dans la grande tradition positiviste de la foi en la Science et au progrès. Seulement, deux éléments nous gênent dans cette conception. Le premier concerne la défense de l’industrie et de sa capacité à s’autoréguler. Nous savons aujourd’hui que la solution technologique n’est pas suffisante pour sortir de la crise écologique, avec plus de six milliards d’individus et une capacité industrielle quasi équivalente. Le second est que si nous abandonnons toute idée de nature, plus rien ne s’oppose à la destruction des écosystèmes et leur remplacement par des espaces appauvris, mais maîtrisés par l’industrie.
Effectivement, la nature comme telle est morte. Nous avons vu qu’elle était tout entière influencée par nos activités et par l’Histoire. Les paysages montrent bien comment la nature est devenu un objet culturel. Mais il n’en demeure pas moins une distinction opératoire entre le monde de l’artifice, des productions humaines, et une organisation toute différente à laquelle nous introduit une esthétique verte avec l’idée d’une nature complexe, multiple, instable et fondée sur le hasard et la nécessité. Cette notion de nature n’est pas celle, normée et normante, que récuse le philosophe. Il s’agit non d’un ordre global préétabli mais plutôt du fait que la vie est capable de s’autogénérer et de se modifier constamment, hors de notre intervention. C’est ce qui reste de la nature, un phénomène dans lequel nous sommes encore inclus et non un monde physique qui de toute façon n’existe plus. Nous pensons que cette nature dionysiaque, plus apparentée à une force qu’à une forme, est encore une notion utile à l’écologie quand nous admettons avec le philosophe que la nature apollinienne ne peut que les desservir.

En tirant les conséquences de deux options pour penser une éthique environnementale nous ne parvenons qu’à énoncer des exigences faibles qui n’assurent pas la pérennité de la diversité des espèces à l’état sauvages et de leur habitat. Pourtant, l’esthétique verte nous permettait de mettre en valeur une richesse bien plus grande que celle que nous pouvons ici nous contraindre à sauver en jouant d’argument non utilitaristes, certes, mais qui permettrait également d’obtenir l’adhésion sociale nécessaire à la mise en place de solutions globales.

17 août 2007

Sous le signe du poisson

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Photographie : Olivier Martin Delange

Ce qui nous manque en réalité n’est pas ce qu’on n’a pas, mais de ne pas avoir tout ce qu’on a et tout simplement d’être. Je ne me suis jamais mieux senti que dans une forme de dépouillement, une simplicité retrouvée, qui ressource, et qui paradoxalement nous manque quand on est trop dans l’avoir.
Pas facile d’y réchapper dans notre civilisation de la consommation et des addictions. Je suis addict, comme beaucoup, à mon téléphone portable qui m’est tellement essentiel que mon ancien patron l’appelait ma prothèse, je suis totalement addict de l’Internet et des ordinateurs, je ne sais plus écrire sans un correcteur automatique et un dictionnaire de synonyme interactif, je ne sais plus communiquer sans email et me contenter de mes souvenirs au lieu de tracker sur le Net les infos réactualisées les plus précises possibles, je ne sais plus me déplacer sans un dense réseau de transport en commun, je me sens en sécurité si mes placards sont pleins à craquer et que mon logement est entouré d’une centaine de commerces avec une part non négligeable ouverts le dimanche ou 24h/24, je ne sais plus cuisiner sans micro-onde, conserver les aliments sans congélateur, faire fonctionner quoi que ce soit sans être directement raccordé à une centrale nucléaire par le biais d’une prise électrique et que sais-je encore… Pire, les grandes marques me rassurent alors que ces logos sont tous les symboles du système qui nous mènent à notre perte à tous, d’une façon aussi concrète que dramatique, aussi inodore, incolore, inconsistant et insipide que soit le CO2…
Et pourtant, ce n’est que dans la simplicité que j’ai l’impression de me retrouver, moi, la nature et les miens. Petit week end à la campagne, dans un minuscule village féodale surprenant. L’impression de faire un bon de 400 ans en arrière en deux heures et demi de train et 20km de voiture… Un village dominé par un château dont la famille résidente possède tout les environs, toutes les maisons et tous les terrains du site compris ! La guillotine n’a pas été si efficace que ça rétrospectivement… Dans cette ambiance féodale donc, dans un endroit où pas une construction ne donne l’impression d’avoir moins de 300 ans, nous avons également trouvé un cadre naturel préservé. Nous sommes allé chez mon père, au bord de l’Allier, et nous avons pratiqué une illustre activité traditionnelle qui pourtant met à mal ma sensibilité : la pèche.

La large rivière, juste avant de se jeter dans la Loire (ou que la Loire ne se jette dans l’Allier selon certains) a des courants assez rapides qui poussent le pêcheur à redoubler d’attention. Fait bien rare aujourd’hui, les berges semblent naturelles et mêmes des castors y font quelques aménagements (et les ragondins quelques destructions…). Les hérons cendrés se chamaillent avec les grandes aigrettes pour de sombres histoires de territoire de pêche, mais un couple de cygne tuberculé semble bien exproprier tout ce beau monde, un beau groupe de canard en formation de migration en V passait vers le sud, les hirondelles des cheminés filent à tout allure au-dessus des flots, attrapant les insectes aventureux, des demoiselles et des libellules venaient même se poser sur nos cannes et suivaient attentivement les appâts aux bouts dès que nous les faisions émerger bredouille !
Un moment de paix ! Déconnecté au sens propre et au sens figuré, moment assez rare en somme et qui confirme mes intuitions sur la relation avec la nature.
Je pense hélas que les poissons ont beaucoup moins appréciés l’après midi passée à les attraper… 73 d’entre eux en sont même morts, terminant leur existence en friture… l’exploit du jour fut la capture d’un barbeau de 18 cm. Ce n’est pas une prise extraordinaire mais j’étais assez content que nous y parvenions, évidemment, ce ne sont pas les brochets, carpes ou énormes silures qu’un pécheur plus aguerri comme mon père aurait pu sortir de l’eau (avec une autre méthode de pêche) mais Olivier et moi avons été bons élèves.
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Olivier, moi et papa
Photographie : Moniquana

15 août 2007

Presentation of Thesis

arrivant sur la fin du travail, je commence à traduire les présentations...

Green Aesthetics: Nature, from representation to presentation

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Photographie : Olivier Martin Delange, île Tristan, 2003

Loïc Fel, under the direction of Pascal Acot
Institute of History and Philosophy of Sciences and Technology
Paris-1-Pantheon-Sorbonne University

Presentation of Thesis

The impetus for my research was a desire to bring two fields as distinct as aesthetics and ecology together. This research was brought about and enriched through my professional experience as well as my studies.
During the period of a little over a year while I was involved with the ADEME’s programs (Government agency Of the Environment and the Control of Energy) for Franche-Comté’s general council, I wondered what motivated the participants (who were for the most part were involved with forestry or farming). The standards for most recycling projects or natural resources development are often to their disadvantage and it was quite difficult to make them understand the economic stakes in the long run or the ethical interest. Surprisingly, an argumentation based upon aesthetics inspired them to adhere to the program and by insisting upon enhancing the value of the sites the ADEME was able to reach this public.
Afterward, while working on ecological architecture, I discovered High Environmental Quality which became the subject of my master’s studies. That same year, and for a period of one year, my work at the National Institute of History of Art also allowed me to further explore the history of the aesthetic perception of nature.
It is for this reason that I specifically chose this topic for my Thesis. I sought to define a change of the aesthetic judgment of nature in relation to the development of scientific ecology.
It is remarkable that the way nature is portrayed, in the arts and the public awareness campaigns, changes tone. One no longer speaks only of beautiful landscapes and exceptional sites, but one introduces more and more the idea of an ecosystem, a fragile and ever-changing unit which forges and characterizes the territories. Nature is no longer judged by the same aesthetic criteria as that of works of art : by considering only physical aspects such as composition, color and form. It can now include scientific knowledge which modifies the experience of nature. I then analyzed, within the framework of this masters, the transformation of aesthetic judgment and its decompartmentalization. Indeed, instead of being the domain solely of art historians, artists and art lovers, aesthetic interest diversifies and touches other disciplines such as industry for the design, fashion for textiles, or ecology for nature.
With regard to the latter, aesthetic judgment is no longer based on representations, but on the observation of natural phenomena themselves, and influenced by knowledge culled from research in the fields of biology and ecology. In addition, its appreciation does not depend on objects considered individually (a tree, an precious stone, a garden or a typical landscape), but to phenomena considered together as a whole. It will perceive the Mississippi, not as a liquid surface with multiple reflections, but as the heart of a living hydraulic network; or even an oak will not be reduced any more by one who contemplates to simply the beauty of its form, but it will be also seen as a "species umbrella", symbol of the moderate European forest. This approach shed a different light on new art forms such as " happenings ", created environments, and the quasi-dissolution of the aesthetic sphere in that of every day life.
I then tried to explain, on the one hand the evolution of artistic activities, which lead to the possibility of attributing an aesthetic value to any object, and on the other hand the development of new theories of nature, such as the emergence of specific aesthetics which I refer to as "green aesthetics".
But this work brought to light several problems and the thesis that I am outlining proposes to address them.

Green aesthetics, partially forged within the framework of contemporary artistic movements such as Land Art for the perception of open spaces and Arte Povera for the valorization of a great diversity of materials, has another origin which I wish to expose. It is situated at the very center of scientific history and follows the movement from the construction of representations of nature to the will of its "presentation", i.e. of its explanation.
Very simply, it is a question of considering the physical characters and narratives conveyed by the sciences which change status during the course of their history. Thus, the first illustrated zoological book, Hortus Sanitatis of 1491, includes many descriptions and 392 drawings of animals, often imaginary, represented according to aesthetic rules of the time. What can one say of the illustrations of natural history and accounts of the first world travelers which have a romantic aesthetic that we can easily recognize as Alexander von Humboldt’s ? Up until this point in time, it was a question of representing nature, and this technique of representation takes root in the arts, masters of mimetic since the Renaissance. Thus the technique of perspective was implemented not only in the painting, but also in the anatomical charts of Leonardo da Vinci, increasing equally the precision and the scientific interest of the representations.
The illustration and the construction of scientific speech are as many invaluable examples of bonds privileged between aesthetics and sciences of nature. But their development detaches them from questions of aesthetics.

The illustrations progressively form part of the scientific demonstration gradually and thus answer other stakes. The representation in geography, for example, will be formalized according to a specific nomenclature for each discipline. The cartography is used for the argumentation of a geographer or a botanist, instead of only illustrating his subject. It is by charting Latin America that Humboldt dissociates romantic aesthetics which still characterize his travel logs. I will analyze this as a second step in the status of the image and aesthetic forms for the sciences, in which representations are invented which are their own.
This change seems symptomatic of a rupture with aesthetics. However, it provides new tools to the appreciate nature. Thus, taxonomy enriches the multiplicity of shapes of beings, and even by their colors. The discovery of the Venus’s Belt, marine animal in the shape of a translucent ribbon, inspires artists and poets. However, they are still only representations, which facilitates the transfer between the arts, which still represent something, and natural science, which accumulates representations of the objects of its research.
Moreover, if natural science then supports the meeting of many objects, the knowledge which it develops is excluded from the aesthetic appreciation. Indeed, the only philosophical precedent establishing a true theory of the aesthetic judgment of nature is in the Criticism of Faculty by Juger de Kant, where a formal and subjective aesthetic judgment is determined, not based on any knowledge, of beauty. Here, only notions of law and nature are implicated in the aesthetic judgment of the sublime. However, we can find here a breach to integrate the changes of representation of nature as scientific theories refine them or propose new ones. But we will not proceed in the manner of Allen Carlson, geographer and contemporary Canadian philosopher, representing aesthetics of the environment, which maintains a formal approach. To integrate scientific knowledge into aesthetics, the theorists of environmental aesthetics propose objective aesthetics. We consider this question quite differently.
This is because a radical change takes place with ecology. Indeed, it is no longer possible to represent the cycle of carbon, the circulation of energy or climatic change according to the codes of mimetic! Thus, it becomes impossible to remain strictly formal, and this time, it is up to the scientists to influence aesthetics. The ecologists do not seek in their research to represent these objects, but "to present them", i.e. to explain them. They observe natural phenomena or objects through grids which make it possible to think them, their ecosystem for example. Thus, by pure and simple imitation, representations of nature such as paintings of landscapes, the perception of a different natural dimension will be added : nature as a system will be added to aesthetics. This dynamic nature will be tested initially during walks organized by artists, then quite simply contemplated by the ecologist or the amateur.

The originality of ecology studied under this angle will be to bring to light, no longer perceptible objects, but a dynamic organization of natural ensembles. The ecologists lean on chemical calculations and formulas, which are unsuitable statements for an aesthetic experience. The impossibility of the immediate perception of concepts forged by ecology, such as the ecosystem or the biosphere, urges the aesthetic judgment to be directed to nature itself, without considering its representations. This contradiction is explained because the aesthetic experience of nature cannot relate to population census charts or chain diagrams of trophic networks. Without representation, it is only in relating this knowledge directly to observation that aesthetic judgment is possible.
It is precisely here that I will identify a new modality of the relationship between aesthetics and nature : elements already present in our perception only make sense to the enlightened amateur of ecological knowledge, just as the art lover identifies the formal plays thanks to a primary education, however basic it may be.
But a history of the emergence of a green aesthetic would mean nothing exposed as such. On the contrary, it would result in confusing two approaches which, without being excluded mutually, are not less distinct : the cognitive approach and the aesthetic approach. They can certainly relate to the same object, but always represent two clearly differentiated approaches. These two methods of relating to nature are thus to be considered together only within the framework of a modification of the very concept of "nature". This redefinition fits then in a global history, including the history as well as the techniques of mentalities. It is this ensemble which I seek to explain, starting from its theoretical manifestations, namely the sciences of nature and aesthetics.
I then connect the study of this change in the concept of "nature" to a change of paradigm in the sense that, implicitly, when the aesthetic judgment relates to representations, it relates to a static concept of nature, of course in multiple forms, but a nature which is only the sum of objects analyzed by 19th Century biology. However, with ecology, aesthetic judgment can integrate the idea of nature which is dynamic, varied and changing, which is not necessarily studied in the same manner.
The study of this major change must be focused on a specific problem so as not to be drowned in the diversity of possible objects. And this precision consists in an exclusive, but systematic, study of aesthetic forms produced by ecologists.

I plan to divide this study into two main sections which will clarify the emergence of this aesthetic.
Initially I would seek to show how the scientific representations are related to aesthetic concepts. It will be necessary for me to characterize, on the one hand, the representations of nature diffused since the 19th Century and, on the other hand, their use and their impact on aesthetics. I begin this study so early in the history of the sciences because the aesthetic forms which result from it coexist with the news which it is a question of distinguishing.
The comprehension of the proximity between the contents of knowledge diffused by sciences of nature and the aesthetic experience which re-utilizes them will allow me, then, to consider the originality of an aesthetic experience invested with ecological theories. I would approach it by exposing the modifications of the theory of nature brought about by ecology, the re-use of this knowledge in the aesthetic sphere which defines a green aesthetic, and then the stakes of the latter.

12 août 2007

Euréka !

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photographie : Olivier Martin Delange

Il est un endroit dans l’appartement, celui où j’ai notamment installé l’aquarium, qui est le coin le plus sombre de notre espace de vie.
Depuis six ans que j’ai rejoint Olivier dans ce logement, j’essaie désespérément d’y acclimater des plantes. Partout ailleurs dans notre foyer, les plantes s’épanouissent convenablement, mais pas là ! J’ai tout essayé, toutes les plantes les moins gourmandes en lumière. Si elle survivent, elle végètent et ne grandissent pas à mon plus grand désespoir. Alors j’y ai installé l’aquarium en me disant que la lumière qu’il dégage, et qui réussit à faire pousser les plantes de microcosme aquatique d’intérieur, pourrait être bénéfique aux plantes de ce sombre coin. Il n’en est rien, et ces dernières ne poussent pas mieux. Mais, oh grande surprise, hier est apparu… un champignon !!!!!
Je ne suis pas mycologue mais je pense qu’il s’agit d’une variété de Lépiote, et vue sa petite taille c’est très certainement une variété mortelle… mais qu’importe, l’apparition spontanée et inexpliquée de ce champignon dans mon appartement à la propreté par ailleurs irréprochable, m’a convaincue que ce côté obscur de mon territoire accueillera donc mes prochaines expériences : des champignons. J’ai repéré une jardinerie qui vend le nécessaire…

photo de l'intrus :
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10 août 2007

An -2 avant La Chute

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photographie : Olivier Martin Delange

Après des intuitions depuis les années 1960 sur les risques liés à la libération du CO2 stocké sous terre depuis le carbonifère (les énergies fossiles),
Après les démonstrations des liens entre le niveau de CO2 atmosphérique et les températures de la planète,
Après la démonstration d’un changement climatique en cours,
Après la démonstration du lien entre les émissions de CO2 des activités humaines et le réchauffement climatique,
Voici que s’annonce le début de La Chute.
Nous savons que le point de non retour est dépassé. Il ne s’agit plus d’empêcher le changement climatique, il s’agit seulement de le limiter, autant que possible. Tous les indicateurs sont dans le rouge, et pourtant, l’action drastique mondiale nécessaire ne se profile toujours pas… et pour le moment nous sommes toujours dans la tendance la plus pessimiste des scénarios possibles du réchauffement global. Avec + 6 à 8° d’ici 2100 la géographie du monde aura sensiblement changée !

Article Le Monde :

Le réchauffement climatique devrait se faire sentir à partir de 2009
LEMONDE.FR avec AFP | 10.08.07 | 13h28

Des chercheurs britanniques ont annoncé, vendredi 10 août, dans la revue Science, que le réchauffement climatique se fera sérieusement sentir à partir de 2009. Cette date a pu être obtenue grâce à des simulations d'un programme informatique qu'ils ont eux-mêmes développé, estimant les modèles existants peu satisfaisants.

Les chercheurs du bureau météorologique britannique ont intégré dans ce programme les températures et circulations de courants dans les océans, ainsi que des phénomènes météorologiques comme La Niña, annonciatrice de cyclones dans l'Atlantique et de moussons plus fortes que d'ordinaire en Asie, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines. Ils ont éprouvé la validité de ce modèle en le testant sur les années 1982-2001, et constaté que leurs résultats étaient bien plus proches des températures effectivement constatées durant cette période que celles des modèles précédents.

Leur simulation sur l'avenir proche (2005-2014) leur a permis de constater que jusqu'à présent, les effets du réchauffement ont été compensés par des phénomènes naturels, comme le refroidissement dans une partie du Pacifique et la résistance au réchauffement de l'océan Arctique. Mais à partir de 2009, les températures devraient atteindre des records, aucun phénomène ne pouvant compenser la hausse des températures provoquée par les gaz à effet de serre.

09 août 2007

Les services écosystémiques : repenser la nature

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photographie : Olivier Martin Delange

Que serait nos récoltes si nous devions polliniser nous-mêmes, fleur après fleur, nos pommiers, nos poirier, nos
multitudes de plantes qui servent de base à notre nourriture, directement ou indirectement en nourrissant nos troupeaux ? Pensez au prix de la vanille, justifié par le lent travail de pollinisation fait à la main dans la plupart de ses zones de culture où elle n’a pas de pollinisateur naturel… Le vent lui-même étant un pollinisateur et un facteur de dissémination, les phénomènes qui le déterminent pourraient eux aussi bénéficier d’une estimation financière…
Ces services rendus par les écosystèmes aux activités humaines et non inclus dans leurs estimations économiques sont nommés « services écosystémiques ». C’est un domaine de recherche assez récent, et j’ai eu récemment encore l’occasion d’écouter Denis Couvet, professeur au MNHN et école polytechnique sur le sujet.
Ce qui m’intéresse le plus dans ces analyses, ce n’est pas tant l’estimation économique qui peut en découler, avec ce que ça peut impliquer pour les marchés, la fiscalité ou autres considérations opérationnelles, primordiales certes, mais pas fondamentales. On pourrait s’extasier aussi de ce que ces analyses impliques pour la théorie économiques, avec l’inclusion de capital extra financier dans les modèles macro-économiques et la critique de toutes les grandes théories économiques que ces non équivalences impliquent, en plus de la revalorisation des notions telles que l’analyse en coût global étendu, voire distendu, et la notion de consentement à payer.
Non, ce qui me sidère, c’est ce que l’analyse des services écosystémiques implique pour la notion de nature et de notre rapport à celle-ci. Cette façon totalement téléologique d’envisager les écosystèmes, d’un point de vue totalement anthropocentrique, c’est l’aboutissement de la rationalité judéo-chrétienne ! Mais en même temps, c’est bien là une piste efficace pour la défense de la nature. Reste à analyser de quelle nature on parle, lorsqu’on la considère à partir de son utilité et de sa valeur économique. Conceptuellement, c’est le libéralisme qui phagocyte l’écologie !
Pour pousser jusqu’à l’absurde l’analyse économique des services écosystémiques, si on postule la biodiversité comme une de ses valeurs (réservoir de molécules à application mercantiles et pharmaceutiques possibles, en plus de la sauvegarde et de la viabilité des écosystèmes qu’elle assure) on pourrait en toute logique attribuer un indice à chaque être vivant en regard de sa rareté. Ainsi, les ours pyrénéens, n’étant que 14, valent 100 000 fois plus qu’une brebis issue d’une race ovine comprenant 140 000 individus. Alors que vaut une vie humaine (6.5 milliards d’exemplaires) face aux derniers Lynx d’Espagne ? Que vaut la vie d’un blond par rapport à un brun ???? J’exagère sciemment et me permet quelques saut logiques, mais le risque de dérive extrémiste est permanent, l’identifier c’est déjà s’en protéger.
Pourtant j’aime à croire que cette piste peut être développée et que la notion de service écosystémique peut être étendue à des notions plus qualitatives, aptes à considérer la biodiversité pour elle-même… mon sujet de post-doc. ?

PS : les floraison se succèdent sur les corniches entourant l’appartement, j’ai donc placé de nouvelles images dans la galerie correspondante : ipomée, amarante et autres surprises…
NB : ces images, de moindre qualité, ne sont pas le fait d’OMD mais réalisé à la va vite avec mon téléphone…

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07 août 2007

Matérialisme esthétique,

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Photographie : Olivier Martin Delange

Contrairement aux œuvres d’art, toujours intellectualisées et faites de « main d’homme », l’expérience de la nature relève du pur esthétisme et même du matérialisme esthétique. C’est ce que permet par exemple d’expliciter cette photographie de mon ami Olivier Martin Delange.
En se libérant des conventions classiques de la macrophotographie et en adoptant un sensualisme attentif à la présentation de la nature telle qu’on peut l’expérimenter, sans profondeur de champ et en focalisant sur des petites surfaces décentrées, Olivier met en avant la nature de la nature, si je puis dire : une organisation fugace de la matière, comme cette fragile fleur de pavot, qui sera fanée quelques heures à peine après s’être épanouie.
Ce matérialisme esthétique permet d’une part de relier expression artistique contemporaine et écologie, puisqu’elle nous fait percevoir la nature dans sa réalité physique : matérielle, soumise aux aléas de ses constituants et de son environnement, et du côté de l’expérience esthétique le matérialisme renoue avec le sensualisme, celui de l’incarnation, de ses formes fluides et temporaires, de ses couleurs éclatantes et saturées, loin de la froide abstraction qui a prévalue tout le long du siècle dernier, et dont l’esthétique dématérialisée a participé au mythe de la technoscience triomphante dont le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité sont les conséquences directes.
Quel apaisement que de reprendre plaisir à s’asseoir dans un champ et toucher, goûter, sentir, les plantes annuelles, leurs fleurs et l’herbe grasse. Concrète, suave, faisant appel à tous les sens, l’esthétique matérialiste de la nature participe de la prise de conscience de notre environnement, et donc d’un développement durable.
D’ailleurs, comment comparer la sensation de l’herbe épaisse sous ses pieds nus par un doux soir d’été avec le froid carrelage d’une galerie d’art ?

04 août 2007

Interactions positives

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Photographie : Olivier Martin Delange

Aux petites échelles de nos appartements même en pleine zone urbaine, il est possible de favoriser la biodiversité de multiples manières, sans pour autant renoncer à des ambitions de jardinage classique.
Pour exemple ces jours-ci j’avais collecté deux chenilles vertes sur mon Echium pinana. Je me doutais bien d’une attaque de cette nature face aux trous caractéristiques qui ponctuaient les feuilles les plus basses, mais jusque là les chenilles étaient trop petites pour que je les remarque sans chercher avec méticulosité. Finalement ayant atteint une taille de déjà plusieurs centimètres je ne pouvais plus faire comme si je ne les avais pas vu ! Je leur ait donc fait subir le traitement par lequel passent toutes les chenilles que je trouve sur mes bords de fenêtre : l’isolement dans un petit vivarium. C’est un compromis, je les nourri à partir de la plante sur laquelle je les ait trouvé, mais ainsi au lieu de les laisser trouer toutes les feuilles au risque d’abîmer la plante, je sélectionne quelques feuilles, que je leur donne morceau par morceau, chaque soir, et je vaporise tôt le matin le vivarium (une petite boite de plastic avec des trous au-dessus) pour imiter la rosée. Ainsi, l’élevage de ces deux chenilles ne m’aura coûter que deux feuilles ! Et ma Vipérine géante a gardée toute sa beauté, et quasiment toute son intégrité.
Cette méthode d’élevage a été un grand succès l’an dernier lorsque presque chaque matin je pouvais libérer les papillons qui venaient de sortir de leur chrysalide. Mais c’était alors des piérides du chou, qui se régalaient de feuilles de mes capucines.
Sur une plante urticante et coriace comme ma vipérine, je me demandais bien quel papillon allait en émerger…
J’avoue que je ne suis pas très informé en lépidoptère et je suis bien incapable d’identifier les deux charmants papillons de nuit que j’ai pu libérer hier matin. Mais en dépit de la simplicité de leur robe et de la forme en copeaux de bois qu’ils prennent avec leurs ailes repliés, je les ai trouvé particulièrement jolis, ponctués de petits points métalliques et très brillants dans la lumière dont on aurai juré qu’il s’agissait de petit rond de feuille d’or.
Autre exemple, des larves de hannetons peuples mes balconnières, mes plantes ne s’en trouvent pas si mal et grâce au sacrifice de quelques racines j’ai la chance de voir, parfois, apparaître un de ces gros insectes marron aux antennes si amusantes.

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Il parait si simple de favoriser la vie, même là où on ne l’attendrait pas. Et pourtant, malgré les modèles de jardinage, d’agriculture ou de sylviculture durable, on en est aux OGM…

Quelle population d’insectes diversifiée pourrait peupler Paris si chaque fenêtre était le lieu de quelques plantes et un peu de terre sans engrais ni insecticide ? Quelle quantité de miel pourrions-nous produire par exemple ? Quel volume d’air assainit ? Les solutions les plus simples sont parfois d’une efficacité inattendue.
A quand le « verdissement » de cette triste et minérale Tour Eiffel ?

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