10 octobre 2008
La voie (est étroite)

photographie : MPG
Période tendue depuis quelques décennies sur les écosystèmes, période extrême pour la biodiversité, période délicate en politique internationale (même si ce n’est pas nouveau) et période cruciale sur les marchés… décidément, ce n’est pas le meilleur des mondes possibles en ce moment. Et pourtant ! Même si la voie est étroite elle reste possible.
J’avoue que je n’ai pas vérifié l’état des indices boursiers d’Investissement Socialement Responsable (ISR) ces derniers jours et les performances de banques spécialisées comme le crédit coopératif mais d’un point de vue logique, la performance des investissements et des entreprises axées sur les principes du développement durable doit être meilleure que celles aujourd’hui décriées.
Prenons par exemple les sub-primes… du point de vue social, j’ose espérer que les fonds d’ISR ont exclu ce type d’investissement… Prenons le poids économique montant de l’énergie et du pétrole à l’unité dans les dépenses des entreprises… celles qui ont réduit leur consommation ou développé des énergies renouvelables doivent subir dans une moindre mesure les aléas du cours du baril…
En somme, j’aimerai voir dans la crise financière actuelle une confirmation de l’intérêt du déploiement de plus de déontologie et de développement durable dans les entreprises. Je défends cette position non pas par principe éthique, mais avant tout parce que pragmatiquement ces principes sont un gage d’efficacité, de réduction des risques et de stabilité pour les entreprises. Cette position en sus de la réduction des impacts environnementaux assure donc une meilleure stabilité de l’emploi, et des performances économiques.
Suite aux grands scandales financiers de 2001 (Enron par ex), la réaction collective fut d’introduire plus de responsabilité de la part des entreprises, non seulement en termes comptables, mais aussi en termes d’information extra financière comme avec la loi NRE en France. Ce fut le levier du déploiement des fonctions de développement durable dans les entreprises, qui aujourd’hui ne le regrettent pas, loin s’en faut. Depuis, ce sujet est devenu un enjeu stratégique pour les marques et un levier d’amélioration de l’efficacité des entreprises.
Alors saisissons l’opportunité offerte par la crise financière pour améliorer cette réduction des risques induite par les démarches de développement durable ! Hasard de calendrier, le premier volet législatif du Grenelle Environnement est justement en débat à l’Assemblée… avec parmi les mesures proposées celles d’étendre les obligations de reporting extra financier aux entreprises de plus de 250 salariés, au lieu des seules entreprises côtés…
Profitons aussi de cette période de remise en cause pour améliorer la transparence des démarches de développement durable, en posant sur la table les questions difficiles.
Par exemple, le fait d’évoquer constamment les progrès effectués, certes réjouissants, sur la réduction des impacts climatiques ou de quantité de matière employée (emballage) maintiennent l’illusion que l’objectif « impact 0 » est atteignable. J’aimerai bien, mais c’est pour le moment un mensonge. Juste un exemple : les emballages, s’il peuvent et doivent être limités, ils ne peuvent pas disparaître, d’une part en raison de leur fonction même, mais aussi et surtout pour la sécurité des produits en ce qui concerne l’alimentaire et enfin pour le simple fait qu’il faut bien noter quelque part les informations légales obligatoires sur le produit ! Qui osera poser la question sur la table ?
Autres difficultés politiquement incorrectes : les normes sociales (genre le travail des enfants) si elles sont fondamentales dans nos cultures et faciles à mettre en œuvre, comment et de quel droit aller brutalement priver de travail des jeunes de 12 ou 13 ans dont le salaire est une condition de survie sine qua non pour leur famille dans les pays du Sud ? Comment adapter nos référentiels aux réalités des pays d’autres cultures ?
Il reste bien des questions, mais je garde espoir que les difficultés économiques en cours et à venir seront l’occasion d’avancer vers un développement durable et la confrontation aux questions de fonds plutôt qu’un recul agressif mais la compétitivité primaire pour « sauver » la situation à cours termes.
00:33 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie responsable, isr, écologie, développement durable, crise financière
11 juillet 2007
Le nerf de la guerre
Quel étrange sentiment lorsqu’en ce dernier lundi pluvieux j’ai passé la pause déjeuner en compagnie de ma conseillère clientèle de ma bien chère banque…

J’ai une sainte horreur des financiers et des économistes. C’est viscéral, et pourtant la succession de mes emplois avait pour seule continuité le fait que je travaille sous l’angle de la prospective économique, que ce soit dans des institutions financières, de gestion, d’investissement, ou de conseil stratégique ! Les économistes ont une vision trop réduite de la réalité, purement quantitative et statisticienne. Je crois que c’est pour pallier à cette étroitesse de vue inhérente à leur formation qu’ils m’embauchent…
Heureusement à chaque fois il s’agit de considérer l’outil financier comme un moyen au service d’une fin plus noble (écologique en l’occurrence). Mais les banques, elles, n’affichent pas ce genre de finalité… au contraire, celle dont je suis client finance même le monstrueux projet de Sakhaline II …
Pavé de mes « bonnes » intentions habituelles je suis pour une fois en position de force puisqu’il s’agit de mettre en place plusieurs projets d’épargne, et donc d’offrir la possibilité à l’enseigne bancaire choisie de faire des bénéfices sur le dos de mes économies.
Alors la jeune conseillère, très gentille par ailleurs, se lance dans la présentation des nombreux avantages financiers de ses produits, semble avoir réponse à tout en terme de taux de rémunération, de disponibilité de l’épargne et de défiscalisation et autre merveilles concédées à qui à les moyens d’épargner… (sur ces injustices criantes voir mon autre blog).
Mais moi tout ce que je veux savoir c’est ce que la banque fait de cette épargne ! Quelle ne fut pas la surprise de la jeune femme qui me faisait face ! Elle m’a même avoué que j’étais le premier client qu’elle rencontrait qui posait cette question, question qui me paraît pourtant essentielle ! L’occasion était trop belle : je l’ai initié à l’ISR au fur et à mesure que je lui expliquait mes choix de fonds d’épargne avec comme critère l’utilisation de cette manne.
L’ISR (Investissement Socialement Responsable) s’est développé à partir des fonds d’investissements américains tenus par des religieux. Ils ne voulaient pas investir dans la pornographie, les jeux vidéos ou autres activités incompatibles avec leurs convictions. Selon la même logique, c’est principalement sur des critères de développement durable que se fixe les tenanciers de l’ISR.
Il y a deux façons (compatibles) de procéder dans cette prise en compte des données extra-financières des entreprises. Soit par la méthode de « best in class » qui consiste à noter les entreprises selon des critères financiers classiques et extra-financiers (gouvernance, droits sociaux et impact environnemental) soit par la méthode dite « d’exclusion » qui consiste à exclure de son portefeuille les entreprises de tels ou tels secteurs ou ayant telle ou telle pratique.
Aujourd’hui, ce mode de gestion, défendu notamment par des agences de notation (voir Vigéo) et qui ont leurs médias (Novethic, au hasard !) est utilisé par les plus importants fonds du monde (Calpers, le Fonds pétrole norvégien, et le FRR pour la France par exemple etc…).
Les petits épargnants particuliers peuvent eux aussi participer au mouvement et c’est ce que j’ai tenté de faire. J’ai bien entendu commencé par un Livret de Développement Durable (ancien CODEVI étendu) qui doit servir aux banques à financer des prêts pour l’amélioration environnementale du bâtiment par exemple, en plus des attributions habituelles du Codevi pour les PME. Une partie de ces fonds (trop peu) est rapatrié dans le giron de la Très Sainte Mère Caisse des Dépôts, drôle d’institution financière qui gère un certain nombre de fonds d’épargne populaire au service de l’intérêt collectif. Du coup, j’opte aussi pour un livret A, mieux rapatrié encore auprès de la Très Sainte Mère et qui sert traditionnellement à financer le logement social (et quelques « nouveaux emplois » en perspective, probablement à vocation écolo).
Evidemment, je ne suis pas contre l’idée de bénéficier de fonds aux performances économiques élevées… Ceux que j’ai choisi jusque là respectent la règle d’or de l’épargne : avoir un taux de rémunération supérieur à l’inflation, sans quoi il serait stupide de mettre de l’argent de côté ! Hélas pour les fonds plus performants, il s’agit souvent de fonds qui financent des activités assez douteuses pour être rémunératrices et être délaissées par les autres investisseurs… j’en ai choisi un assez scandaleux mais conforme à mes idées qu’on taxe de malthusianisme: un fonds rémunéré à 6%, mais qui finance les entreprises de l’armement… le planning familial, l’éducation des femmes et les industries de l’armement sont autant de façon de lutter contre l’inflation démographique, et donc aussi bien le réchauffement climatique que l’érosion de la biodiversité… les cyniques apprécierons. Toujours pour respecter mon critère environnemental, au détriment d’une humanité nombreuse, j’ai vérifié, ce fonds n’investit pas dans des entreprises du secteur nucléaire.
Suite à une discussion à ce sujet avec mon père dimanche dernier, horrible de cynisme assis aux bords d’une piscine dans une jolie maison de privilégié, celle d’un de mes 8 oncles (qui lui travaille dans le nucléaire par contre) mon père s’est lancé dans quelques réflexions bien senties à mi chemin entre Marx et Proudhon en considérant que les énergies alternatives ne se développent pas parce que le capital est du côté des entreprises des hydrocarbures… C’est là que j’ai compris le pouvoir potentiel de l’ISR ! Déplacer le Capital des industries polluantes délaissées par les fonds éthiques, et constituer un Capital plus important pour l’écologie… c’est gagner la guerre économique pour le développement durable !!!!
21:25 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, économie, ISR, Capital, banque, environnement






















