27 novembre 2008
Le sens de la délicatesse
Une histoire délicieuse trouvée sur yahoo news :
« Un papillon retrouvé blessé dans l'Etat de New York a pu se rapprocher de son lieu naturel de migration, le centre du Mexique, grâce à la générosité de bons samaritains qui lui ont confectionné des attelles et l'ont conduit vers le sud.
Jeannette Brandt avait découvert un papillon monarque à l'aile brisée lors d'une promenade en vélo et l'a ramené chez elle. Avec son conjoint Mike Parwana, elle l'a nourri à l'aide de poires en décomposition, d'eau et de miel. L'insecte a grossi mais son aile était toujours cassée.
En cherchant sur Internet, le couple a découvert une vidéo diffusée par une association dédiée aux papillons monarques expliquant comment fabriquer des attelles pour une aile de papillon cassée: un peu de colle, de minuscules bouts de carton et le tour est joué.
Mais le petit patient "était encore faible" et a eu besoin d'encore une semaine de convalescence avant de pouvoir voler, a expliqué Mme Parwana au quotidien "Post-Star".
Le couple a ensuite décidé d'aider le papillon à effectuer son grand voyage après une baisse des températures dans la région. Ils l'ont emmené chez Scotty's, un établissement fréquenté par des routiers, cherchant une bonne âme qui pourrait le prendre en stop vers le sud.
"Tous les camionneurs ont regardé leurs chaussures", a raconté Mme Parwana au journal. Mais finalement, un routier de l'Alabama, en route vers la Floride, a levé la main. Mardi, il a appelé le couple pour leur annoncer qu'il avait rendu le papillon à la liberté en Floride. »
J’avoue que je suis capable de ce genre de chose. Il m’est parfaitement impossible d’envisager de causer directement la mort d’un organisme pluricellulaire. Je confesse par contre humblement que les levures qui cuisent avec mon gâteau dans le four ou les bactéries que les antibiotiques assassinent m’indiffèrent totalement.
Mais une plante, un insecte, un poisson ou un petit mammifère sont inclus dans mon impératif catégorique de protection de la vie. Dernier exemple en date, comme dans beaucoup d’immeuble parisien, à fortiori près du métro et d’une gare, nous avons des souris au bureau… Ces minuscules rongeures agiles se font discret mais les services techniques ont installés des pièges, dont certains sous la forme de plaque de glue. Le service nettoyage les tuait ou les jetait tel que. Le process a changé : je récupère les animaux en questions.
Jusqu’ici ce n’est arrivé qu’une fois mais à n’en pas douter l’expérience se renouvellera. Je me suis enfermé dans les toilettes avec un souriceau collé latéralement à sa plaque de glue. Avec de l’eau tiède, de la patience et de la délicatesse j’ai pu le libérer, l’enfermer dans une petite boite et le conduire jusqu’au square le plus proche à quelques rues de là.
Evidemment, c’est stupide. Concernant le papillon monarques qui vivent en grand nombre ou un souriceau aux innombrables comparses l’effet environnemental du sauvetage d’animaux à la vie brève et fragile semble dérisoire, et anti citoyen concernant ma souris quand toute la ville cherche à s’en débarrasser.
Pourtant, comment et de quel droit puis-je laisser un membre de cette espèce commensale introduite en Gaule par les Romain souffrir inutilement ?
Ce sens éthique étendu est aujourd’hui marginal, mais l’Histoire nous a montré qu’en matière d’éthique la sensibilité d’aujourd’hui est la généralité de demain. Habermas montre bien comment le domaine de l’éthique s’étend des citoyens à tous les humains, puis aux animaux domestiques, aux bêtes sauvages et enfin aux environnements. (Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Cerf, Paris, 1992, p.199 et suivantes).
Gageons que demain, l’éthique de la Terre répandue dans tous nos habitus transformera suffisamment notre rapport au monde pour inverser la tendance de notre emprunte écologique.
22:25 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : environnement, éthique, nature, insecte, papillon, habermas, philosophie














Commentaires
bravo Loïc!
Je ne savais pas que l'on pouvait faire des attelles aux papillons: ça fait quelle taille un monarque?
Écrit par : sarah | 30 novembre 2008
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