17 novembre 2008
L’accumulation pour principe
Photographie : Olivier Martin Delange
Les champigons participent à la décomposition de biomasse pour boucler des cycles biogéochimiques des matières qui nous composent.
A Grimsby en Angleterre, la maison de Merv Jones, 73 ans, a été nettoyée par le personnel de la ville. Les ouvriers ont déblayé pas moins d'une centaine de tonnes de déchets du domicile du vieux monsieur.
Ce dernier avait rempli toutes les pièces de sa maison avec des détritus et des monceaux d'objets récupérés et accumulés du sol au plafond durant des décennies. Dans l'incroyable quantité de choses retrouvées chez M. Jones, on peut notamment citer six squelettes de chiens, de vieilles carabines, des munitions, des bidons de produits chimiques et des épées, perdus au milieu d'un nombre incalculable d'objets plus communs tels que des poupées, des équipements électriques, des jouets, des livres...
Cette anecdote n’est pas un fait isolé mais le symbole du poids de nos comportements. En France comme ailleurs la quantité de déchets rejetés chaque année augmente continuellement. Ces déchets sont souvent de plus en plus complexes et potentiellement nocifs, comme les téléphones portables ou les déchets dangereux diffus (produit chimique d’entretien, de bricolage etc.). Les déchets, une des problématiques du Grenelle, sont aussi un facteur majeur de nos impacts environnementaux et le symbole de l’inefficacité de notre relation à la biosphère.
La production de déchets municipaux par habitant en France
En kg/hab
Source : IFEN
Contrairement à ce qui peut être dit souvent, nous ne sommes pas la seule espèce à générer des déchets. Par exemple les fourmis des bois ont bien une « décharge » à la sortie de leur montagne-fourmilière où elles déposent les détritus divers de leurs services de déblaiement et les cadavres. Toutes les espèces rejettent des détritus organiques du seul fait de leurs digestions…
Mais la seule espèce à produire autant de déchet en quantité et en diversité de nature, c’est nous ! Voilà peut être même le propre de l’homme ?
Cet état de fait pose deux problèmes de fond, au moins :
1. les capacités épuratoires et le flux de matière… le principe de base d’un écosystème qui fonctionne est que, au moins pour la plus grande partie, la matière rejetée soit réintégrée au flux de matière. L’exemple le plus connu est le carbone. Base du vivant, le carbone se retrouve dans l’atmosphère sous forme de C02 principalement, et dans la biomasse sous diverses formes. A la mort d’une masse organique, le carbone peut être libéré dans l’atmosphère sous forme de méthane (CH4) ou de dioxyde de carbone (CO2) ou consommé par la biomasse (microbes, charognards etc.) mais ce carbone continue à circuler dans les flux de matière entre biomasse et matière non organique. Le problème est qu’une partie importante de nos déchets sort de ces flux et la matière première peut commencer à manquer dans certains environnements (phosphore par exemple), où d’autres matières sont en concentration toxique, elles aussi issues de nos déchets (cyanure par exemple). Si nous ne bouclons pas la boucle des cycles biogéochimiques les bouleversements des environnements que cela peut entrainer à longs termes seront terribles.
2. mais quand bien même nous bouclerions la boucle, quand bien même nous mettrions en place une capacité de recyclage suffisamment importante pour absorber nos montagnes de déchets, un autre problème demeure. On dit « une montagne » de déchet, et on n’exagère pas, parce que l’humanité est devenue une force tectonique ! Imaginez ce que deviennent après notre passages, nos forages et exploitations minières les jolies stratifications géologiques qui retracent le temps ? Que deviennent les terrains, carrières et lœss homogènes ? labourés, fertilisés, chargés de décharges etc… nous changeons la nature des sols, leur PH, leur population (édafaune dont microbes etc…) nous retournons la terre à grande échelle et déplaçons des quantités de matières telles que nos transformations sont plus rapides que la tectonique des plaques… Le travail lentement effectué par les fleuves qui charrient le limon, les vents qui déposent des lœss etc… sont entravés par nos barrages, concurrencés par le BTP etc… et nous laisserons une trace indélébile… alors que d’habitude les foraminifères (petits êtres marins à coquille calcaire) déposent au fond de l’océan une couche uniforme qui se comprime pour former du calcaire ou du marbre, pendant que nous faisions notre révolution industrielle nous débutions une nouvelle couche géologique non plus de calcaire pure mais de micro pastilles de plastique qui s’accumulent sur le plancher océanique…
La dernière grande extinction a pu être datée et identifiée grâce à une fine couche géologique noirâtre de suie consécutive au cataclysme d’un astéroïde de bonne taille ayant percuté la Terre dans l’actuel golfe du Mexique, notre propre extinction de masse sera identifiée par les archéologues du futur grâce à une couche géologique de plastique. De quelle épaisseur aurons-nous le temps de la faire ?
20:26 Publié dans écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : déchets, recyclage, cycle biogéochimique, nature, environnement, philosophie, développement durable

























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