« La hiérarchie parmi les bactéries | Page d'accueil | Tribune : responsabilité et humour »
14 novembre 2008
Tribune : l’art a-t-il le droit ?
photographie : alternatif art
Des cochons aux symboles Louis Vuitton qui faisaient partie d’une exposition de la foire d’art contemporain de Shanghai appelé « la ferme de l’art » ont été soustraits à la vu du public. Avec 8 autres cochons tatoués, créés par Wim Delvoye, artiste conceptuel belge de 43 ans, les cochons faisaient partie d’une série d’œuvres autour du tatouage.
L’artiste a tatoué les animaux quand ils étaient encore de jeunes porcelets et a suivi les dessins avec leur croissance alors qu’ils étaient élevés dans une ferme à l’extérieur de Pékin. Certains ont ensuite été tués et fourrés pour un coût total de 130 000 €. Wim Delvoye assure que les cochons ont été traités avec humanité et qu’ils ont été endormis avant d’être tatoués. Les collectionneurs peuvent les acheter vivants ou se contenter de leurs peaux tatouées.
Que ces cochons aient bénéficié de conditions de vie de qualité on veut bien le croire. Après tout, ils rapportent bien plus au kilo que leurs infortunés congénères élevés enfermés dans des porcheries monstrueuses, toutes de métal et de confinement. Mais il n’en demeure pas moins que cette pratique consiste à modifier le corps d’un animal domestique pour des motifs esthétiques et que cette pratique est interdite dans la plupart des pays européens. Il est interdit de teindre son chien, de couper une queue ici ou de tailler des oreilles là. Le respect de l’intégrité physique des animaux est un principe récent certes, mais qui va dans le sens général vers une meilleure prise en compte des autres espèces.
Pourquoi l’art pourrait se dédouaner du droit ? Déjà l’utilisation des logos et marques est un peu « limite » en regards des questions de copyright, mais pire, certains artistes usent du prétexte de l’art pour mener des expériences inédites, comme Eduardo Kac et son « art » transgénique. De là à imaginer que l’art devienne le laboratoire des Dr Frankenstein en herbe pour échapper aux lois de bioéthique ou celles relatives à la protection de l'environnement et des espèces il n’y a qu’un pas…
Alors non, l’art n’a pas le droit de prétendre pouvoir faire ce qui n’est pas accepté ailleurs sous prétexte que c’est de l’art ! Il ne s’agit pas d’étendre la chape de plomb du politiquement correct jusqu’au dernier retranchement de liberté d’expression, mais simplement d’admettre que lorsque consensuellement on parvient à des principes communs, on se doit de les respecter. Après tout, la créativité nait de la contrainte ?
PS : Wim Delvoye a récemment vendu un tatouage sur le dos d’un homme suisse représentant la Vierge Marie avec un crâne pour un montant record de 150 000€. L’arrangement prévoit qu’à la mort de l’homme, l’acheteur pourra récupérer la peau tatouée.
20:06 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : louis vuitton, wim delvoye, art, esthétique, cochon, shanghai, tatouage























Ecrire un commentaire