04 septembre 2008
Le décrochage (art contemporain)

caricature issue d'une édition de Paris Match, été 2008
Pourquoi est ce que j’accorde autant d’importance à l’esthétique de la nature ? Parce que le public et l’art on entamé un divorce irrévocable…
Au commencement :
Nous pouvons considérer que l’art et la nature deviennent des lieux de préservation de l’expérience esthétique traditionnelle. Tous deux tiennent bon face à l’industrie esthétisée. En effet, à la différence de l’industrie dont l’esthétique est un outil mercantile supplémentaire, l’art, mais plus particulièrement encore la nature, restent les ultimes bastions du désintéressement. Ce point commun masque toutefois des différences importantes entre les expériences esthétiques de la nature et celles appropriées à l’art. Par facilité, on aurait tendance à montrer la nature comme une oeuvre d’art afin d’y appliquer les mêmes principes de conservation par exemple. C’est ainsi que nous expliquons la multiplication des musées et des écomusées, dans lesquels le public vient se promener à la rencontre d’une expérience esthétique comme dans une galerie d’art, plutôt qu’à la recherche de connaissances sur la nature. C’est évidemment un bon moyen pédagogique pour sensibiliser le public à une éthique environnementale, mais à condition de concilier les attentes esthétiques du public et le projet pédagogique qui préside à l’institution du musée. Ainsi se développent les photographies, recueils et livres qui mettent en avant les beautés de la nature. Le travail très médiatique de Yann Arthus-bertrand par exemple joue sur cette appétence du grand public.
En suivant l’histoire de l’art contemporain, nous pouvons décrire l’avènement d’une esthétique de la présentation au sein même des pratiques artistiques qui s’effacent devant leur objet. Nous pouvons aussi mettre en relief la diffusion de l’intérêt esthétique dans tous les champs sociaux pour finalement offrir la possibilité d’une expérience esthétique de la présentation de la nature. Mais ce seul mouvement reste cantonné à une filiation historique qui n’intègre pas directement tout ce que nous avons vu de l’importance de la science dans ce processus, ni de ce qu’il convient d’appeler la prise de conscience écologique. La synthèse de ces éléments se trouve peut-être bien dans le développement de la volonté de protection du patrimoine naturel, creuset à la croisée des volontés artistiques passées et des connaissances scientifiques actuelles.
Divorce et anecdote
Seulement voilà, de fil en aiguille, de laxisme de galeriste, provocation d’artiste à intellectualisation et même pédantisation du monde de l’art on aboutit à un art actuel inaccessible, incompréhensible et inique aux yeux du grand public. Personne ne peut ignorer ce point et si le gout pour l’esthétique s’est démocratisé, celui pour l’art plastique actuel s’est ghettoïsé à une frange précise de la population mondiale regroupant les professionnels du secteur et la population la plus fortunée ou intellectuelle. C’est un vrai problème, ça pourrait même être l’objet d’un enjeu de développement durable pour le secteur !
A titre d’exemple, je ne suis pas non plus exempt d’inculture caractérisée. En 2000, au très tendance CAPC de Bordeaux alors que je visitais les lieux je me suis fait incendié par un des gardiens parce que je marchais sur un œuvre… Je n’avais pas compris que le dallage en ardoise au centre du couloir, très décoratif au demeurant, était une œuvre d’art…
Ne pouvant plus compter sur l’art pour trouver un écho à notre besoin d’universalité par le beau (si on veut bien me passer cette formulation pompeuse) il ne reste que la nature… dont le vernis est redoré, il faut bien le dire, par la crise écologique et l’apparente fragilité soudaine de la nature.
Sur le modèle d’une blague bien connue, on pourrait dire : vous connaissez la différence entre une œuvre d’art et la nature ? La nature ne se prend pas pour une œuvre d’art, elle…

photographie : Olivier Martin Delange
22:20 Publié dans esthétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esthétique, nature, art, philosophie, divorce, crise, mort de l'art

























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