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30 août 2008

La mort heureuse : pour une vision matérialiste


podcast

INRI, La Tordue

Quelle belle antinomie ! Et pourtant c’est l’horreur qui fait sens, condition sine quoi non de l’existence : la mort, l’effroyable.

Pourtant, si on se place dans une perspective matérialiste pour construire sa vision du monde c’est loin d’être si abominable et cette perspective devient, si ce n’est supportable, du moins admissible dans la représentation du monde.

La vision religieuse permet d’évincer le problème de la mort, puisqu’on ne meurt pas dans la mesure où l’individu n’est pas perdu. Drôle de manière de résoudre le problème. Les solutions les plus simples étant toujours les meilleures j’en vois deux autres beaucoup plus marrantes et strictement matérialistes qui permettent elles aussi d’éluder la question de la mort… Pour qui veux toutefois se confronter à l’idée de la mort elle-même c’est philosophiquement autrement plus difficile…

1er proposition : à défaut d’une âme immortelle, au moins la matière qui compose nos organismes ou les organismes que nous sommes (selon le point de vue) ne disparaît pas. C’est la base même de tout écosystème ! Chaque individu n’est qu’une organisation transitoire d’une certaine quantité de matière. Lorsque cette organisation s’effondre, la matière est à nouveau disponible pour intégrer une autre organisation. C’est ainsi que les molécules qui nous constituent, dont les atomes sont issus de soleils morts il y a longtemps, peuvent être ensuite disséminées dans la biosphère et se retrouver au fil du temps dans l’eau, le sol et l’air, ici dans une bactérie ou une plante, là un insecte, puis au gré des réseaux trophiques dans tous les ordres du vivant, à tout niveau de la chaine alimentaire. Si la mort d’un organisme en marque la disparition, c’est plutôt la fusion, ou le retour de ses composantes dans la biosphère. On frise la mystique bouddhiste de l’âtmâ et du Brahmâ…

2em proposition : si on se réfère à une vision génétique, voire phylogénétique, mais tout aussi classique, alors la vie perdure sans discontinuer depuis trois milliards d’années sans que la mort ait pu étendre son empire. Pensons par exemple aux travaux sur l’histoire des populations humaines que la génétique permet de construire. Les deux indicateurs les plus simples à suivre puisqu’ils se transmettent d’individu à individu : l’ADN mitochondrial et le chromosome Y. En tant que garçon j’ai de la chance : j’ai les deux ! Pour l’ADN mitochondrial les mâles sont une impasse puisqu’ils ne le transmettent pas, mais les filiations matrilinéaires permettent de le suivre dans le temps. Les mutations progressives permettent d’en retracer l’histoire. Il en est de même pour le chromosome Y qui pour sa part marque des filiations patrilinéaires. Contrairement au reste du patrimoine génétique qui à chaque fois est mélangé, ces deux indicateurs sont très stables d’une génération à l’autre. Ainsi, en dépit des inéluctables mutations au moins dans certaines de mes cellules, chacune des cellules de mon corps renferme des mitochondries identiques à celles de ma mère et ma grand-mère, arrière grand-mère etc… Ces organites survivent ainsi depuis qu’elles sont entrées dans une cellule de l’océan primitif il y a environ deux milliards d’années. Elles permettent même de reconstituer l’histoire humaine et de remonter à l’Eve mitochondriale dont nous descendons tous, de même que l’histoire du chromosome Y permet de remonter à Adam, le mâle dont nous descendons tous, les autres lignées matrilinéaires ou patrilinéaires s’étant éteintes… De là à considérer le désir d’enfant comme un symptôme du complexe d’immortalité il n’y a qu’un pas. Au moins un symptôme dont je ne suis pas atteint…

Si contre toute probabilité il y a autre chose, et pourquoi pas après tout, l’univers est de part en part traversé d’improbabilité, alors je me réfèrerai à notre professeur de morale de licence ! Ce personnage atypique, héritier de la chaire de Jankélévitch en Sorbonne (encore un spécialiste de la mort) n’était pas pris au sérieux par ses étudiants, moi y compris. Son mode d’enseignement, axé sur l’humour, était trop inhabituel pour un public aussi conventionnel sortie des grandes classes préparatoires de France ou bien des étudiants inscrits au séminaire de Paris en même temps pour devenir prêtre. Chaque cours se terminait par une blague…
L’une d’elle a retenu mon attention. « Réfléchissez une minute », nous a-t-il dit. « Imaginez une minute que la mythologie chrétienne de Saint Augustin dise vrai, et qu’il y ait un enfer et un paradis au sein des quels les morts se répartissent selon les critères énoncés. Dans ce cas je vous préviens, le paradis doit être d’un ennui mortel ! Les gens intéressants sont indubitables tous en enfer. Où croyez vous qu’ils ont pu caser Socrates, Diogène, Horace, Machiavel, Montaigne, Rousseau, Schopenhauer, Nietzsche ou Freud ? Ainsi, je vous conseille de commettre quelques horreurs dans votre existence, au cas où…

Pour finir avec humour, une publicité qui me fait toujours hurler de rire :

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