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20 juillet 2008

Jetons les tondeuses !

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photographie : Olivier Martin Delange

C’est parfois si simple de concevoir la protection de certains écosystèmes ou de certaine espèce qu’il paraît encore plus invraisemblable que ces espèces se raréfie. Exemple symbolique s’il en est : la biodiversité commune, celle sensée être omniprésente des plantes prairiales en France. Que sont les coquelicots devenus, les bleuets, les chardons ou encore les cohortes d’insectes qui animent les pelouses.
Le goût immodéré pour des espaces morts, pelouse mono espèce bien rase, bas-côté rasé à blanc pour ne pas contrasté avec l’asphalte qui imperméabilise le sol etc…
Entre les pollutions diffuses (eaux usées des caniveaux, phytosanitaires issus du champs d’à côté ou du jardin du voisin, espèces invasives concurrentes ou étouffantes et espaces détruit, perdues, imperméabilisés etc…) sont autant de facteur d’érosion de la biodiversité commune/ordinaire. Et n’oublions pas l’ennemi jurée de leur capacité de résistance : la tondeuse.
Bon nombre de ces plantes sont des annuels, c'est-à-dire qu’elle ne pousse et fleurissent qu’une année. Pour qu’une nouvelle plante apparaisse l’année suivante il faut que la précédente ait eu le temps de germiner… Or, à passer la tondeuse, les jardiniers du dimanche et les communes rendent impossible la reproduction de ces plantes. Alors pour une fois n’enfonçons pas les portes ouvertes des recommandations évidentes (laisser une partie du jardin en friche, ne pas passer la tondeuse en saison et laisser les végétations spontanées au lieu de la pauvreté absolue du gazon…)

Des expérimentations à plus grandes échelles ou originales sont menées par les départements.
Par exemple le fauchage tardif des routes est expérimenté dans l'Indre pour préserver la biodiversité. Le fauchage tardif consiste à laisser pousser la végétation sur les bas-côtés des routes afin de permettre le développement de la faune et de la flore qui y élisent domicile.
Ces bords de route recouvrent 5.000 km de routes départementales au bord desquelles la nature est également présente.
Le fauchage tardif ou gestion différenciée n'est pas une absence de fauchage mais un ajustement des interventions d'entretien en fonction de la croissance des plantes et des impératifs de sécurité (virages, sorties de chemins, carrefours). Ces interventions prennent en compte l'accomplissement du cycle des plantes et la vie des animaux.
Concrètement, le fauchage tardif consiste à laisser pousser la végétation sur les bas-côtés des routes pendant les périodes printanières et estivales afin de favoriser le développement de la faune et de la flore abritées dans ces hautes herbes. Outre ses fonctions pratiques de zone d’arrêt, de recueil et de circulation des eaux, les bas-côtés sont aussi des espaces vivants où se côtoient de nombreuses espèces animales et végétales.

Si l’intention est là, le potentiel important, la mise en application reste trop limitée :
Dans un premier temps, l’expérimentation porte sur 6 tronçons du réseau routier du Département de l'Indre, soit 52 km. Ces tronçons feront l’objet pendant 5 ans d’un suivi scientifique qui consistera à suivre l’évolution de la flore. Pour des raisons de sécurité, un fauchage sur une bande de 1,20 m est maintenu sur ces routes départementales, ainsi que le fauchage aux abords des carrefours et des virages, ajoute le Conseil Général.
A l'instar de l'Indre, le Conseil général de la Mayenne avait déjà mis en place depuis 1994 le fauchage tardif pour permettre la préservation d’espèces végétales protégées, localisées sur des sites inventoriés en ZNIEFF (Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique). En 2006, 34 bords de routes départementales et 4 zones du halage étaient en fauchage tardif soit 107 km. 537 espèces végétales (44.5 % des espèces végétales recensées), 32 espèces de papillons de jour (43 %), 16 espèces de libellules (33 %), 3 espèces de lézards (75 %) ou 11 espèces de mammifères (17 %) ont été notamment dénombrées en Mayenne.
En octobre 2007, une expérimentation de fauchage tardif a également eu lieu dans le Département du Cher. Dix sites qui ne présentaient aucun risque en terme de sécurité routière ont été sélectionnés dans le Département.

Perspectives de développement
À l'issue du Grenelle Environnement, plusieurs propositions ont été actées en faveur de la recherche sur la biodiversité dont la création d'une trame verte et d'une trame bleue chargée de mettre en relation les zones de protection sur le territoire français.
Parmi les propositions, on trouve celle de mener une réflexion sur le droit du sol et le droit d'urbanisme pour que la biodiversité soit intégrée dans les plans locaux d'urbanisme (PLU) et les schémas de cohérence territoriale (SCOT).
Une des propositions consiste à laisser des bandes enherbées systématiquement installées le long des rivières et des axes fluviaux pour en faire des corridors écologiques.

Si ce programme pouvait voir le jour et être relayé par les particuliers et les agriculteurs pour démultiplier ce réseau écologiques, en ce servant des lisières de leurs terrains a minima, alors enfin les populations végétales et animales européennes retrouveraient leur unité, leur diversité et leur pérennité.

Commentaires

j'adore tout particulièrement le terme de corridor écologique ...
:-)
merci pour ce superbe article Loïc. Je m'apprête à partir sur l'île d'Oléron où je vais chaque été, et où la faune et la flore sont encore un peu préservées. Je ramènerai sûrement de beaux reportages.

Ecrit par : catherine | 29 juillet 2008

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