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18 juin 2008

L’irréductibilité du beau

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photographie : Olivier Martin Delange

A passer ses journées dans les statistiques, o combien significatives parfois, on en oublierait presque que la nature ne peut pas être appréhendées de manière quantitative et que l’expérience directe reste le seul moyen de la connaître.
Les images les plus puissantes auxquelles je puisse penser seraient une harde d’onyx aux ombres gigantesques sur un erg sans fin, la suspension du temps que suscite les secondes planées par un poisson volant au-dessus de l’océan, ou encore le piqué véloce d’un faucon pèlerin fondant sur sa proie.
La fragilité de ces événements, la vulnérabilité de ses protagonistes et la magnificence de ces moments ne sauraient se réduire à une expression numérique. Les données hylétiques de l’expérience, la complexité irréductible des écosystèmes et le principe même du vivant autonome, changeant, et éphémère ne le permettent pas.

C’est toute la difficulté de la prise en compte de la biodiversité : comment concevoir un indicateur ou un critère unique, universel, qui permette de traiter le problème de la biodiversité de manière frontale, unilatérale et mondiale ? On le fait avec le CO2, alors pourquoi pas la biodiversité ? Et bien tout simplement parce que le vivant n’est pas réductible à un indicateur commun, il se définit par sa complexité changeante et son insaisissabilité. Si cette difficulté ne permet pas de mettre en place de manière pertinente des « bourses biodiversité » comme c’est le cas pour les échanges de quotas de CO2, cette irréductibilité du vivant permet également d’en minimiser la monétarisation, la spéculation et l’appropriation. Ce principe de garde fou est loin d’être suffisant, mais c’est un premier pas pour contraindre les autorités internationales à considérer la biodiversité dans toute sa complexité : enjeu mondial qui s’incarne dans des problématiques strictement locales aussi diverses qu’importantes et dont pas une ne peut être abandonnées, compensée par une autre.

Il faut aller plus loin encore comme nous invite à le penser l’exemple des girafes. La population totale de girafe semble viable. Mais le morcellement du territoire et l’éclatement des aires naturelles africaines en parcs séparés par des centaines de kilomètres ne permet pas à chaque groupe de girafe d’être viable à long terme (consanguinité, dérive génétique etc…). Or, en 2007, on se rend compte à partir de recherches génétiques que ces groupes ne constituent pas une espèce unique, mais plusieurs, et que donc, on a longtemps pensé à tort que les girafes n’étaient pas une espèce en voie de disparition puisque la population de certaines des espèces de girafe s’avère trop réduite pour assurer sereinement leur continuité… Encore une fois, une simple analyse quantitative ne suffit pas à estimer la nature.

En somme, pour appréhender le vivant, il s’agit d’abandonner la mathesis universalis qui veut quantifier et résumer en une équation le monde et se rendre à la sagesse populaire qui sait bien que chaque être vivant est radicalement unique, irremplaçable et même sacré.

Et heureusement !
Il faut donc aller par la vallée se calfeutrer au fond des forêts. Discret, indétectable, s’effaçant du monde, c’est là et là seulement qu’on peut voir. Les renards qui passent au couchant, les lapins entre les ronces, les écureuils qui se disputent et cabriolent sur les troncs, ou les grenouilles qui à la nuit tombée traversent les bois.

Les indicateurs quantitatifs ne sont que des outils, parlants et cadrans certes, mais des outils insuffisants s’ils sont considérés seuls. Ce n’est que conscient de ce biais introduit par la nature du vivant qu’il faut considérer les chiffres. Conscient de cela, nous pouvons nous reporter aux données du rapport de l’OCDE qui vient de paraître : Environmental Performance of Agriculture in OECD countries since 1990.

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