13 juin 2008

Les plaisirs coupables

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photographie: Olivier Martin Delange

Non, il ne s’agit pas de parler de la gourmandise comme celle de ce papillon en train de se sustenter, peut-être avec délectation, un peu d’anthropomorphisme m’est encore possible.
Une morale chasse l’autre et la liste des pêchés capitaux est modifiée régulièrement.
On pourrait lister les crimes contre l’environnement, les pêchés capitaux du consommateur ou les blasphèmes que la nouvelle langue de bois écologiquement correcte abhorre.
En dépit de l’importance irréfutable des enjeux contemporains, il serait désespérant de tomber dans le moralisme à l’ancienne et qu’une nouvelle chape de plomb remplace l’autre, l’écologie à la place du christianisme par exemple…

Pourtant, il y a des plaisirs coupables… plaisirs que j’ai même choisi de ne pas renouveler en une sorte de carême perpétuel.

En fait il y en a 2 essentiellement : la lumière et la route.

J’ai toujours adoré les road-movies. Sur la route, en rase campagne, quand on enchaîne les kilomètres sur une longue distance au point de ne plus savoir précisément où est ce qu’on se trouve, ça me procure un sentiment des plus grisants. C’est comme un hymne à la liberté.
J’ai toujours fais mes plus longs trajets en tant que passager, puisque je ne conduits pas, et souvent avec mon père. J’ai une confiance aveugle en sa conduite, quand bien même énergique et rapide, et je ne me lasse pas de regarder défiler les heures et les paysages, surtout lorsque je suis sur la route assez longtemps pour voir la lumière du soleil décroître et entrer dans la nuit. Je me souviens en particulier trois voyages, voici le premier, le plus naïf :
Le premier, mon premier long trajet, lorsque j’avais 5 ans. Ma mère était enceinte de 8 mois, et nous partions de mon village natal du Sundgau pour partir vivre à Arras, à 600 Km de là. Cette nuit là fut un déchirement pour nous tous. Quitter la maison familiale, mes grands-parents avec qui je vivais depuis ma naissance, le village, ma langue et ma culture : ça faisait beaucoup. La scène fut des plus théâtrales. Je me souviens avec une acuité incroyable, comme si c’était arrivé hier, de la chambre où je passais la soirée. J’étais dans la chambre à la tapisserie de rosier, au fond à droite. Je gribouillais sur un cahier de coloriage. A défaut d’avoir du papier blanc à disposition pour me libérer de la contrainte des formes pré dessinées, j’ai ensuite opté pour les pages blanches de fin de chapitre du roman policier que ma mère lisait à ce moment là. Ma grand-mère est entrée dans la pièce avec le visage le plus intense qu’il m’ait été donné de lui voir pour m’annoncer qu’il était l’heure : il était minuit exactement. En cette nuit du mois d’août 1986 « Manale » et ses parents devait partir.
Je ne crois pas avoir jamais autant pleuré, sauf peut-être le jour de ma première rentrée des classes un an plus tôt, lorsque dès la première journée je me suis fait virer de l’école tant j’ai été abominable, frappant et cassant tout ce et ceux qui se trouvait dans la pièce...
Lorsque je suis rentrée dans notre vielle voiture bleue claire, je me suis retourné pour regarder la maison disparaître. Je n’avais pas encore eu l’occasion de veiller aussi tard, et je me suis bien rattraper depuis. Mais ce qui m’a alors épaté, c’était le ciel : d’un noir d’ancre, avec une myriade d’étoile d’une blancheur aveuglante. J’avoue que je me suis endormie assez vite ne me réveillant que deux fois : une fois pour faire une pause dans un endroit invraisemblable. Nous étions éloigné de tout, à ce moment là la nuit était noire de jais et nous étions sur une sorte d’aqueduc. Plus tard, il faisait jour, je me suis réveillé alors que nous étions déjà dans le Nord. La première chose que j’ai vue était la vitrine d’une clinique vétérinaire. Je me suis alors senti rassuré : nous avions alors un chien, Pinky, il ne m’aimais pas beaucoup mais je me sentais rassuré de savoir qu’aussi loin de chez moi on prenait soin là aussi de ses animaux.
C’était mon premier trajet reliant Altkirch à Arras via Paris. Le premier d’une très longue série qui m’a initié à la route. Il y a eu des trajets mémorables, un accident une fois, un carambolage dont on a réchappé sans qu’encore aujourd’hui aucun de nous ne sache comment, et des kilomètres sans fin. Le dernier trajet effectué sur cette route, pour déménager en Allemagne cette fois, fut probablement le pire. Malgré toutes ces expériences négatives, les longs trajets marquent les césures biographiques et ont une portée symbolique assez forte pour m’entraîner dans une doucereuse nostalgie.

Maintenant, à chaque tour de roue je pense au CO2, NOx, SO2, PM etc…dont je suis complice… du coup je prend le TGV…entre le nucléaire et le changement climatique j’ai fait mon choix.

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