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27 avril 2008
Epicure : écolo ou pollueur ?

photographie : Olivier Martin Delange
Après avoir hanté les forêts du coin tout le week-end, que ce soit à pied en marche forcée ou à vélo, retourner en ville est à nouveau une torture tant la laideur de ce milieu minéral agresse.
Après avoir joué avec la lumière sous la dentelle des feuilles fraîchement déployées des plus hauts arbres de la forêt, entre les chênes, les hêtres, les noisetiers, les bouleaux ou les marronniers, après avoir observer les joutes des lapins dans une clairières, les poussins de foulque macroule dans leur nid au milieu d’un étang ou la course folle des écureuils sur les troncs, la circulation automobile et la rectitudes des formes urbaines semblent bien fades.
Malgré les joies de la forêt retrouvée, ce n’est pas ma forêt, celle de l’Est, la grande forêt qui échelonne les massifs du Sud du jura au Nord de l’Alsace selon un « S » tortueux qui comprend de grandes étendues vallonnées ou montagneuses, des lynx, des grands tétra, et même, depuis peu, des loups. Dans les forêts de Meudon ou Clamart, au Sud de Paris, on ne peut pas oublier la capitale. Disposées au sommet des collines, chaque trouée dans la frondaison des arbres offre à la vue, non pas un ciel dégagé ou une forêt, mais ici la Défense, là la tour Eiffel, le Sacré-cœur au loin ou, ce qui de loin ressemble à un monolithe de granit noir : la tour Montparnasse.
Dans la forêt de l’entre-deux donc, suant sous le premier plein soleil de l’année, je me surprend à me contre-fiche d’avoir sali mes vêtements avec la chlorophylle ou les restes de boue qui composent le sentier, d’avoir l’air hirsute comme un dimanche au réveil difficile et au contraire de me plaire à simplement enchaîner les pas entre les arbres. On retrouve un peu de la liberté perdue à cheminer dans la nature.
On a internaliser les codes urbains au point de s’offusquer de sa propre sueur, de répugner à la matière organique et de se contraindre continuellement pour se conformer à une image toute droit issue du surmoi collectif. Foutaise que tout cela ! N’est-ce pas ainsi, avec une finesse de psychanalyste, que les publicitaires nous refourguerait n’importe quel accessoire inutile, coûteux et polluant ? N’est-ce pas à cause de ce surmoi dispendieux, orgueilleux et hédoniste que nous nous vautrons dans une orgie de dépenses et de richesses inutiles ? Entre lire Vogue et agriculture magazine mon choix est fait !
L’imposture ultime de cette culture, c’est de chercher sa légitimité dans la philosophie classique et de mettre en exergue l’épicurisme. Je crois bien que la totalité de ceux qui se servent de l’aphorisme d’Horace « Carpe diem » pour justifier la qualité intellectuelle de leurs attitudes inconstantes, irréfléchies, et pulsionnelles n’ont jamais lu un traître mot des textes de l’école de philosophie d’Epicure. Est-il le chantre d’un hédonisme à la mode depuis l’après-guerre ? Evidemment que non ! Prendre épicure pour un hédoniste effréné serait une erreur, il s’agit d’une philosophie mesurée, la plaisir se trouve dans la réserve, jamais dans l’excès. A-t-on encore plaisir dans l’accumulation si ce n’est celui de provisoirement avoir l’impression de satisfaire un manque ? La dépense à la consommation et le principe du luxe n’est il pas l’insatisfaction perpétuelle ? Tandis qu’à l’inverse, Epicure prône la retenue et la mesure, la privation provisoire même, afin de retrouver le plaisir à la chose, quelle qu’elle soit. Alors au vue des textes qui ont survécus à plus de 22 siècles d’incendies de bibliothèque et de voracité des rats et souris, non Epicure ne peut pas être cité pour légitimer les comportements compulsifs destructeurs des consommateurs acharnés. Au contraire, une mouvance autour de la notion de décroissance ou d’économie, au sens de la mesure, y trouverait une formidable inspiration.
Toutefois, le présupposé des philosophies classiques, qui stipule que le bonheur est le but ultime de toute vie ne reçoit pas mon assentiment. Il y a bien plus intéressant que le bonheur ! Et n’est ce pas justement sur la base de cet impératif du bonheur imposé par une civilisation qui traite le malheur et la tristesse comme des maladies sociales ou psychologiques que se fonde le modèle de consommation et d’économie (au sens pécuniaire ici) qui pose tant de problèmes environnementaux ?
Alors relire Epicure pour contrer les erreurs, certes, mais appliquons la notion de mesure à la lecture de l’épicurisme lui-même !
21:58 Publié dans éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, écologie, nature, environnement, forêt, consommation, économie
















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