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24 septembre 2007

Les couloirs du pouvoir

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Photographie : Olivier Martin Delange

J’ai eu l’occasion d’assister à un colloque au Sénat sur le développement durable aujourd’hui dans le cadre de mon emploi. J’ai été assez surpris par le hiatus entre la tonalité de ce type de manifestation et les colloques scientifiques auxquels j’ai pu si souvent assister et parfois prendre part.
Les discours étaient beaucoup plus politiques que je ne m’y attendais. Si la programmation, les intervenants et les lieux étaient égaux en prestige à ceux de la Sorbonne, l’ENS ou autres écoles dont j’ai pris l’habitude au fil des années. Les discours, eux, étaient sensiblement différents.
J’avoue que c’est un choc de constater que des questions de strictes convictions déforment parfois sensiblement la compréhension des descriptions scientifiques ! Ce n’est pas un mystère après tout, mais issu d’une formation toujours en quête de rigueur et d’exactitude je suis gêné lorsque les convictions personnelles altèrent le sens de faits scientifiques. J’avais déjà pu comprendre que le développement durable est une affaire d’individu, mais je n’avais pas réalisé à quel point.
Déjà, les problèmes globaux auxquels nous devons faire face, à savoir le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité, ont des origines extrêmement diffuses dont la maîtrise relève des individus.
Ensuite, les choix et les orientations des politiques de développement durable, que ce soit en entreprise, pour les collectivité locales ou à échelle plus importante, relèvent de décision politiques, prises en dernière instance à échelle individuelle par les responsables.
Mais en plus, chose que jusqu’ici j’avais naïvement feint de ne pas comprendre, la compréhension, que dis-je, l’interprétation des éléments scientifiques disponibles pour étayer les prises de décisions est elle aussi relative à l’individu ! Ainsi, et je ne ferai pas référence à ce que j’ai pu entendre aujourd’hui, il arrive qu’en raison de la complexité terrible des questions d’environnement qui prennent place dans des chaînes de causalités et des boucles de rétroactions difficiles à concevoir, l’écologie scientifique soit peu comprise et intégrée à une représentation qui ne relève plus de la science mais de la conviction ou de l’idéologie.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire je ne critique pas négativement cet état de fait. Pour reprendre Spinoza, il ne faut pas penser la politique à partir de l’homme tel qu’il devrait être mais tel qu’il est. Le pragmatisme nécessaire à un développement durable doit en faire de même.

Ainsi, je considère plutôt comme une opportunité l’expression individuelle dont relèvent les politiques de développement durable.
Déjà parce que les choix ne seront jamais ceux de la froide raison. On sait, depuis les tragédies du XXe siècle à quoi mène la stricte application de la rationalité, et face à l’importance des enjeux écologiques, la froide raison mènerait au pire des totalitarismes.
Ensuite, les femmes et les hommes qui s’engagent dans l’action ou les professions correspondantes ne le font jamais par simple opportunisme, c’est impossible du fait même de la dimension éthique de ces activités. Bien sûr cela n’empêche nullement le carriérisme, parfois nécessaire à l’émulation pour le meilleur ; ou le pragmatisme et les arbitrages difficiles, concessions à l’économie ou à des revendications particulières. Mais ces aléas sont le chemin vers l’équilibre. Enfin il y a les excès de conviction, dont les précipitations entraînent parfois à de malheureuses erreurs de jugement.

Définitivement humaine, les actions de développement durable ont donc les possibles travers de leur qualité ! Mais relevant d’un dynamisme individuel, et non d’un simple système malgré la forte inertie que les actions cherchent à mouvoir, les acteurs du développement durable peuvent être influencés ou conseillés dans le bon sens.

La démarche est chaotique, complexe, multiples, mais selon le principe du sens de l’histoire pour les sciences humaines ou de l’homéostasie pour l’écologie, on peut s’avancer un peu sur la prospective et estimer que le combat avancera dans le bon sens, même si l’animation des débats montrent de fortes dissensions dans les rangs !

Ma seule inquiétude est alors le facteur temps… le temps joue contre nous… Chronos nous prendra t il de cours ?

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